‹ Ronsard en ItalieChapitre 4 sur 113 · DEUX CATEGORIES A DISTINGUER · texte numérisé non relu

DEUX CATEGORIES A DISTINGUER

ordinaires, que les heures de Notre-Dame, parce qu’elles estoient de Paris, non de Rome, leurs estoient suspectes, et les livres d’aucuns docteurs d’Allemaigne centre les heretiques, parce qu’en les combatans ils faisoient mantion de leurs erreurs. » 1

Cinquante ans plus tard, la rigueur de « Messieurs les gabeleurs » et des « Moines de Saint-Dominique », aux portes de Rome, ne faiblissait pas. Deux voyageurs se voyaient confisquer une collection de textes latins et classiques coupables de sortir des presses heretiques d’ Amsterdam. Un troisieme, venant de Toulon, avait grand’peur pour un tres vieux Decameron ; il parvint a le dissimuler dans sa poche 2.

Em depit de tous ces obstacles, Ronsard fut-il connu en Ralie ? Oui, grace surtout a des Italiens vivant ou ayant vecu en France, ou bien a des Francais sejournant de l’autre cote des Alpes.

Nous les repartitions en deux categories. Souvent leur passe, le-urs habitudes d ’esprit, leurs sentiments, leurs relations, nous invitent a dire : « Vraiment on peut le croire, ils furent de ceux qui porterent en Italie le nom de Ronsard 3 ». Mais l’hypothese a beau sembler des plus plausibles, on ne possede pas le texte precieux qui la transformerait en certitude. D’autres fois, au

1 Montaigne, Journal du voyage en Italie, p. 203, ed. D’Ancona.

2 Les Confessions de Jean-Jacoues Bouchard parisien, suivies de son voyage de Paris a Rome en, 1630, pp. 197, 225, 245.

3 Surtout si Ton pense, comme le dit M. Alfred Jeanroy (et la chose est tres vraisemblable), qu’a la fin du xvie siecle, « il n’etait pas d’etranger quittant Paris, de Frangais partant pour l’etranger qui n’emportat dans sa valise un de ces joli in-seize, imprimes en elegantes italiques, qui contenaient les derniers vers du gentilhomme vendomois.» ( Discours prononces au nom de l’Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres a l’inauguration du monument de Ronsard, a Tours, le 17 novembre 1924, Paris 1924.)

contraire, on est mieux arme; on sait ou, quand, voire meme aupres de qui faction de telle personne, Italienne ou Frangaise, s’exerga, en Italie, au profit de Ronsard.

Ce sont les cas de la premiere espece que nous presenterons d abord au lecteur.

Ronsard etait age de vingt-cinq ans, et deja il avait conscience de sa valeur. « Ouand tu m’appelleras le premier auteur lirique frangois et celui qui a guide les autres au chemin de si honneste labeur, lors tu me rendras ce que tu me dois », disait-il dans la premiere preface des Odes (i55o) \ Son orgueil ira croissant. Rien de plus naturel, si on tient compte de plusieurs rirconstances significatives choisies entre beaucoup d’autres. Des i552, d’excellents compositeurs mettent en musique, avec grand succes, plusieurs de ses poemes. Journellement une foule de sonnets et d’epigrammes sont adresses a celui que, de bonne heure, on semble convenir d’appeler prince et pere de notre poesie. Alors s’allume la colere des auteurs jusque la en faveur et surtout celle de Mellin de Saint- Gelais. Mais Ronsard trouve de puissants defenseurs. Grace a eux, la paix est conclue, en 1 553, entre lui et ses rivaux. Cependant, de toutes les regions de la France les hommages ne cessent de parvenir au celebre Vendomois. Les provinces du midi notamment le confident de lauriers. En 1 555, l’Academie des Jeux Floraux, alors nomme College de rhetorique de Toulouse, lui decerne sa plus haute recompense, mais, au lieu de l’eglantine traditionnelle, le poete regoit, en signe d’estime particulars, une

1 Ronsard, CEuvrcs, t. VII, pp. 3-4. Nous renvoyons toujours, sauf indication contraire, a l’ed. P. Laumonicr, Paris, 1914-1919.

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