REPUTATION DE RONSARD
Minerve d'argent ; elle lui est envoyee « de la part dudict College et des Capitouls ». La Boetie, qui a connu Ronsard a Paris, avant i555, rentre dans sa ville de Bordeaux, admirateur passionne de 1’auteur des Odes et des Amours. En 1 558, le gouverneur de Narbonne, Fourquevaux, qualifie du Bellay et Ronsard « les deux lumieres de France, comme tous les hommes de bon jugement les estiment ». Plus tard, on salua en Ronsard le genie qui allait enfin doter la France d’une epopee nationale. II devint aussi, aux yeux des eatholiques, un eloquent champion de leur foi, dans les luttes religieuses qui ensanglantaient le pays 1.
Alors regnait Charles IX. Ce monarque, surtout dans les demieres annees de sa vie, donna au poete les temoignages d’amitie les plus flatteurs, le traitant d’egal a egal, daignant echanger avec lui quelques vers, le pressant d’ecrire sur le monde de la cour de mordantes satires, se laissant exhorter par lui a la justice et a la moderation. Ronsard ne devait pas jouir, sous Henri III, d’une faveur aussi marquee ; mais la cinquieme et la sixieme edition de ses oeuvres en i5/8 et en i58.4, la septieme, la huitieme et la neuvieme avant la fin du siecle ( 1 587, i592, i597) attestaient l’eclat persistant de sa renommee 2.
Prop nombreuses etaient les relations entre la France et
1 Sur la reputation de Ronsard, voir H. Longnon, Pierre de Ronsard. Essai de biographic, les Ancetres, la Jcuncssc, Paris, Champion, 1912, — Gustave Cohen, Ronsard, sa vie et son oeuvre, Paris, Boivin, 1924. — P. Laumonier, Ronsard, peite lyrique, Paris, Hachette, 2" ed., 1923. pp. 68, 291, 296.
P. Laumonier, Tableau chronologiquc des (Euvres de Ronsard, 2e ed.. Paris, Hachette, 1911, pp. 54 et suiv.
3’Italie, pour qu’un ecrivain si vante de ses compatriotes ne fut pas connu de l’autre cote des monts, grace notamment aux Italiens vivant ou ayant vecu en France.
Le plus celebre de tous, Torquado Tasso, nous reserve, a vrai dire, une deception. Enrole parmi les personnages distingues qui escortaient en France le cardinal Luigi d’Este, il quitta Ferrare le ii octobre 1570. Trois semaines plus tard, il etait en notre pays ", ou il sejourna quatre mois, dont un et demi a l’abbaye de Chalis, deux et demi a Paris. Rencontra-t-il Ronsard ? On l’a dit et repete. Tantot on est alle jusqu’a preciser les politesses qu echangerent les deux poetes et on n’a pas craint meme de raconter que le Frangais ouvrit genereusement sa bourse a 1 Italien presse par le besoin. Tantot on s’est borne a supposer que le Tasse fut presente a Ronsard.
A quand remontent de telles affirmations et de telles hypotheses? Qui les a repandues? Reposent-elles sur de solides fondements ? Telles sont les questions auxquelles nous avons essaye de lepondie ailleurs . Nous nous bornerons ici a rappeler nos conclusions.
On a pietendu que la Gerusalcmmc hbcrata fut une soite de talisman qui ouvrit a 1 orquato bien des jiortes frangaises et lui -valut d ’incomparables faveurs aupres de Charles IX et des sujets de ce roi. Mais ne l’oublions pas, cette epopee ne parut qu’en i58i et c’est en i5;5 seulement que le trop scnqmleux Tasse la crut en etat d’etre soumise aux nombreux reviseurs
Angelo Solerti, Vita di Torquato Tasso, vol. I, pp. 135-6, 139, 152, lormo, 1895. Parti de Ferrare le ir octobre 1570, il y fut de retour le i avril 15,- 1. Son absence dura done six mois, dont deux se passerent sur les grandes routes.
* Les pretendues relations du Tasse et de Ronsard, dans Revue de lilterature compares, 1924. III.