LE PINDARISME DE TRISSINO ET ALAMANNI
A son tour, Trissino voulut innover. Lui, c’est, au contraire sur la difference de longueur des strophes dans une meme piece de vers et sur la disposition des rimes que porta sa reforme. Ln outre, il supprima Tenvoi qui terminait d’habitude la canzone. Mais il construisit de la sorte six poemes seulement; encore les a-t-il comme noyes et perdus dans l’ensemble de ses oeuvres ; il ne donne pas, en effet, un nom special a la canzone ainsi modifiee ; de plus, sans un court passage de sa Poetiquc, on ne saurait pas qu’en ces six occasions, il se proposa d’imiter Pindare et de trouver des divisions correspondant a la strophe, a l’antistrophe et a l’epode du poete grec. La timidite de Trissino apparaitra encore plus accusee, si on tient compte d’un fait essentiel : il conserve le contenu traditionnel de la canzone consacree, a toute epoque et a peu pres exclusivement, a l’amour et a la femme \
Plus audacieux. Luigi Alamanni nourrit le dessin d’inaugurer le lyrisme heroique. Il celebra des gloires italiennes 1 2. Il abonda en digressions mythologiques ou historiques et rechercha ainsi « un beau desordre. Les noms nouveaux dont il se servit pour designer ces pieces et leurs diverses parties, la structure des strophes nettement soulignees par la disposition et les titres qu’il leur donna dans l’edition, tout revelait, meme a un lecteur peu attentif, une tentative ambitieuse et hardie ». Mais Alamanni n’a laisse que huit essais de ce genre. En outre, ses idees furent privees de l’appui qu’il leur eut accorde en les defendant lui-meme dans la Peninsule, car cet exile florentin passa en France la plus grande partie de sa vie. Enfin, poete de second ordre, il n’etait
1 Carduccx, Dcllo svolgimento dell ’ ode in Italia, dans Opere, t. XVI, pp. 369 et suiv.
2 Henri Hauvette, Un exile florentin d la cour de France au xvie siicle. Luigi Alamanni (1495-1556). Sa vie et son oeuvre. Paris, 1903, pp. 225-232.
pas de ces ecrivains qui , a force de talent, recommandent et font triompher leur technique. Aussi n’eut-il pas de disc’ples immcdiats et ses audaces passerent-elles d’abord a peu pres inaperques en Italie \
Ajoutons qu'entre les poetes italiens cites, les uns sont rnorts trop tot pour connaitre un evenement litteraire de grande importance, les autres n’en ont pas su ou voulu profiter.
En x 554, Henri Estienne, qui croyait avoir trouve des odes inedites d’Anacreon, publie son precieux manuscrit. Sa decouverte ne reste pas ignoree de l’ltalie. Mais quelle influence exerce-t-elle sur les poetes du pays? Sept d’entre eux s’en montrent, il est vrai, impressionnes avant la fin du siecle. Mais leur nombre relativement eleve ne nous fera pas illusion. Que doivent-ils, en effet, au pseudo Anacreon? D’abord, son influence ne peut etre saisie que dans une vingtaine de petites pieces italiennes: c’est peu en pres de cinquante ans. Et puis, on ne semble connaitre qu’un nombre tres restreint de ces gracieux poemes grecs : c’est toujours aux memes qu’on revient pour les traduire, les irniter, ou, cas frequent, leur emprunter simplement un motif, une idee, une image ".
1 Nous disons d pen prbs. En effet, Carducci, ouv. cite, p. 375, ecrit : « Gl* inni dell’ Alamanni furon piu presto e piu felieemente... imitati in Francia da Pietro Ronsard, di quello che apprezzati in Italia. » Et en fait, nous le verrons, Chiabrera semble ignorer les tentatives d'Alamanni. Un peu plus tard, on commenca a rendre justice a Alamanni. M. Hauvf.tte, Luigi Alamanni, p. 231, n. 3, observe qu’Al. Adimari « passant en revue, dans la preface a sa traduction de Pindare (Pise, 1631), les poetes qui avaient marche sur les traces du lyrique thebain, n’a garde d’oublier Alamanni. »
B Severino Ferrari, Di alcune imitasioni e rifioritnre dclle « Anacrcontcc » in Italia ncl see. XVI ( Giornale Slorico della left, ita!., t. XX, PP. 395 et suiv.)