‹ Ronsard en ItalieChapitre 42 sur 113 · RONSARD ADMIRE POUR SES CEUVRES LYRIOUES IO · texte numérisé non relu

RONSARD ADMIRE POUR SES CEUVRES LYRIOUES IO

Ronsard laissait loin derriere lui, ses devanciers italiens, pour le nombre, comme pour le succes et aussi la variete de ses odes. Elies etaient plus de cent cinquante. II les avait reparties en cinq livres, dont les quatre premiers parurent neuf fois, de son vivant, et le cinquieme huit fois. Elies ne se conformaient pas toutes au meme modele antique. Un moment, Ronsard brula du plus pur enthousiasme pour Pindare et Timka au point d’ecrire des odes avec strophes, antistrophes, epodes. Mais tenant compte de certaines critiques amicales, il sut assez vite renoncer a la triade que remplacerent de longues stances. Puis il cessa d’accueillir les digressions « vagabondes » . Cette independance progressive le preparait a s’eloigner definitivement de Pindare. Il lui dit, en effet, adieu en 1 555, pour revenir a Horace. Il n ‘avait d’ailleurs jamais abandonne de fagon complete le poete latin, son premier maitre. Ce fut un guide que toujours, plus ou moins, il admira, il ecouta, il imita. Ajoutons que. grace a lui, il vecut, de bonne heure, dans une sorte d’atmosphere anacreontique. Horace le prepara done a gouter les odelettes d’Anacreon. Lorsqu’en 1 55-p, Henri Estienne en donna le texte original et la traduction latine, elles firent les delices de la Pleiade. Toutefois Ronsard s’en empara, devangant tous ses compagnons : il ne les rerdit pas mqt a mot et scrupuleusement, mais il les interpreta avec souplesse et liberte, il en fit, pour ainsi dire, un jovau fran^ais du xvi0 siecle h

Les oeuvres lyriques de Ronsard sont done un pen du fruit nouveau pour les doctes italiens : ils y respirent un parfum qui leur rappelle agreablement les plaisirs gofites dans les jardins grecs et latins. C’est a elles qu’ils pensent lorsqu’ils celebrent en

1 P. Laumonier, Ronsard , poctc lyrique, pp. 4, 5, 20, 47, 53, 58, 69, 70, 82, 120, 123, 125 159, 161, 170 et sniv.

Ronsard l’habile continuateur des anciens. Les odes du poete franqais causent a Sperone Speroni une tres vive et tres noble surprise; elles lui apportent un plaisir dont il ne se lasse pas, bien qu’il les lise et les relise. II nous dit pourquoi. II y retrouve tour a tour les accents de Pindare et d’Horace : Ronsard est, en effet, leur conimun, heritier. Mais il n’a pas degenere de ses deux glorieux ancetres. Sa place dans la hierarchie des poetes n’est pas au-dessous, mais a cote d’eux : il les vaut \

Dans les premieres annees du xvne siecle, le genois Ansaldo Ceba dont nous aurons encore a rappeler le nom1 2, se defend de passer pour un admirateur aveugle et naif, a qui un enthousiasme beat cacherait les defau-ts de Ronsard. D'abord, ce poete est parfois obscur et tous les Italiens n’arrivent pas., aussi bien que Ceba, a bien penetrer sa pensee 3. De plus, grise par sa gloire, Ronsard prend, a l’occasion, des libertes excessives ; alors il detonne4. Neanmoins Ceba rend un eclatant hommage au maitre

1 Dans son poeme deja cite « au seigneur Pierre de Ronsarde » Sperone dit notamment :

Parete

Pindaro a par di Pindaro, ed Orazio A par d’Orazio, e non secondo o terzo.

2 Voir plus haut, p. 6o.

3 Dans une lettre ecrite en franqais a Andrea Spinola, il dit a son correspondant qui lui, semble-t-il, avait parfois du mal a bien comprendre Ronsard: « Ce que vous dictes de Ronsard, je l’attribue partie a la vostre modestie, et partie aussi a la verite; car je scai bien que les Poetes aiusi qu’en chantant ils sont hors du sens, ainsi en soudant ses conceptions et ses mots ils vont bien souvent hors du parler de la commune. »

4 Ancor io, che con tal brama de la fama

di Ronsardo ammiro, e parlo,

Se tal’ hor cangiando forma

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