‹ Ronsard en ItalieChapitre 47 sur 113 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L’influence de Ronsard sur i/ode legere le melodrame de Chiabrera.

Les Italiens considerent Gabriello Chiabrera comme le vrai fondateur de leur poesie lyrique moderne : a lui l’honneur d’avoir enracine sur leur Parnasse, deja si riche et si fertile, l’ode grave et l’ode legere. Nous connaissons les ecrivains qui furent ses precurseurs en son pays, sans avoir ni sa fecondite ni son succes. Mais ne doit-il rien a la Pleiade et a son chef ?

On est d'autant plus tente de se poser cette question que, contemporain de Ronsard, Chiabrera est cependant son cadet de vingt-huit ans : sa jeunesse s’ecoule a une epoque ou la renommee du poete frangais a franchi les Alpes. Ne a Savone en i552, mais eleve a Rome, Chiabrera est conduit en cette ville avant sa dixieme annee, il y demeure jusqu’a la vingt-septieme au moins. U y subit, comme il nous l’apprend lui-meme, l’influence intellectuelle de trois hommes delite. Il les cite : confidence precieuse pour nous, car si l’un s’appelle Sperone Speroni et n’a pris contact, nous le savons, que fort tardivement avec les oeuvres de Ronsard, les deux autres sont Paolo Manuzio et son inseparable ami, Marc-Antoine Muret, le fidele admirateur de Ronsard \

1 Gabriello da principio che giovanetto viveva in Roma abitava in una casa giunta a quella di Paolo Manuzio, e per tal vicinanza assai spesso

Chiabrera ne fut pas, comme tant d'autres, un simple auditeur de l’humaniste frangais, mais un de ces disciples qu’un maitre retrouve apres les cours et regoit dans son intimite A ce moment, Chiabrera ne s’etait peut-etre pas encore donne la joie d’approfondir les secrets de l’art poetique, comme il allait le faire, un peu plus tard, a Savone, grace aux loisirs d’une vie solitaire \ Mais deja, n’en doutons pas, son gout pour les beaux vers, voire meme sa vocation se manifestaient. Ses entretiens avec Muret portaient done souvent sur la poesie. Or Muret pouvait-il longtemps traiter un tel sujet sans citer Ronsard, qu’il placait tres haut, et continuait a aimer malgre l’absence ? Oue de fois il dut evoquer devant Chiabrera des souvenirs personnels d’autant plus chers a son ooeur qu’ils remontaient au temps de sa jeunesse, a lepoque ou il publiait un commentaire des Amours et ou il mettait en musique des oeuvres de Ronsard. « Car le grand homme, devait-il repeter a Chiabrera, ecrit ses beaux vers avec le souci de les faire chanter. » Et Muret lisait, sans doute, une ou deux odes du poete frangais au jeune Italien de plus en plus attentif. Il lui en expliquait le rythme qui appelle, pour ainsi

si ritrovava alia presenza di lui ed udivalo ragionare. Poi crescendo e trattando nello studio pubblico, udiva leggere Marc’ Antonio Mureto, ed ebbe seco familiarita: avvenne poi che Sperone Speroni fece stanza in Roma, e seco domesticamente ebbe a trattare molt’ anni. Da questi uomini chiarissimi raccoglieva ammaestramenti. G. Chiabrera, Autobiografia, dialoghi, Icttere scclte, Lanciano, 1912, p. 20.

1 Rappelons-nous cc que dit Chiabrera dans son Autobiographic : « Trattando nello studio pubblico, udiva leggere Marc Antonio Mureto, ed ebbe seco familiarita >.

Il dit dans son Autobiographic : « Partito poi di Roma, e dimorando nell.’ ozio della patria, diedesi a leggere libri di poesia per solazzo, e passo passo si condusse a volere intendere cio ch’ella si fosse, c studiarvi attorno con attenzione ».

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