‹ Ronsard en ItalieChapitre 48 sur 113 · CHIABRERA ET MURET · texte numérisé non relu

CHIABRERA ET MURET

dire, la melodie. II lui en faisait admirer le conterm ou se retrouvent, tour a tour, le ton heroique de Pindare, les graces d’Anacreon, l’enjouement d’PIorace. Ces entretiens porterent leurs fruits. Nous allons d’abord voir comment ils influerent sur les odes legeres de Chiabrera.

Oblige de s’eloigner de Rome, a la suite d'une rixe 1, Chiabrera se retira dans sa patrie, c’est-a-dire dans cette Ligurie ou la culture frangaise se defendait non sans bonheur. Mais trois ou quatre ans tout au plus s’ecoulerent avant qu’il commengat la serie de ses voyages a Florence 2. Dans cette ville, il etait l’hote de Jacopo Corsi; il frequentait aussi la maison de Giovanni de’ Bardi. Bardi et Corsi, deux Mecenes dont les noms restent bien

1 Sur le moment precis ou Chiabrera quitta Rome a la suite d’une rixe, les avis varient. Mais rappelons-nous qu’il ecrit dans son autobiographic, apres avoir parle de ses rapports avec Paolo Manuzio et Muret : € Avvenne poi che Sperone Speroni fece stanza in Roma e seco ebbe a trattare molti anni Il s’agit du dernier sejour de Speroni a Rome. Il dura quatre ans et demi, de decembre 1573 a avril 1578 selon Fano, Speroni, pp. 86, 109 et suiv. Pour que Chiabrera ait eu alors des relations avec le vieil erudit « molti anni s>, il faut qu’elles aient dure tout ce temps-la. Nous restons done dans la vraisemblance, en supposant que Chiabrera quitta Rome apres avril 1578.

2 Ces voyages avaient commence bien longtemps avant 1593, puisqu’a cette date Carlo Roberto Dati, laudator temporis acti, faisait remonter les sejours de Chiabrera a Florence, tout au moins les plus anciens, a une epoque ou tout n’avait pas encore degenere. « Ne’ tempi audati ne’ quali la nostra nobile gioventu era meno infingarda e piu dedita agli esercizi e

trattenimenti cavallereschi . s Voir A. Solerti, Gli Albcri del melo-

dramma, t. I., p. 48.

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connus de quiconque s’interesse aux origines du theatre lyrique moderne. Dans leurs salons se tenaient des sortes d’academies musicales, ou s’elaborerent et se controlerent les essais d’ou sortit l’opera, grace notamment a Giulio Caccini. C’est la que Chiabrera rencontra ce maitre b

Depuis environ 1530, la musique de chambre a la mode en Italie etait le madrigal. Le corhpositeur y traitait de courtes pieces de vers en contrepoint libre a plusieurs voix. S’il donnait, en general, a sa partition une allure triste ou gaie comme le poeme lui-meme, en revanche il se preoccupait fort peu de traduire les intentions contenues dans les mots isoles ou reunis en phrases. La parole n’avait guere d’importance pour lui : il l’abregeait et l’estropiait, ne s’inquietant pas de savoir si, mutilee de la sorte, elle resterait encore comprise. Beaucoup plus rares, mais non plus heureux que ces madrigaux, etaient les chants soli que soutenaient des instruments a cordes. Trop de « passages » les encombraient : ces notes d’agrement, ces fioritures empechaient de saisir les syllabes avec une nettete suffisante. Aussi disait-on que la musique « dechirait » la poesie et qu’elle en etait « le demolisseur ».

Contre un tel abus se forma une reaction diligente. Elle revait un art nouveau, dont le fondement serait la melodie, harmonieuse union de la musique et de la poesie. Mais laquelle des deux aurait la preseance sur l’autre et en serait comme le guide ? D’habitude, on ne visait qu’au plaisir de l'oreille; desormais, au contraire, le

1 Dans le passage deja cite a la note precedente, Carlo Roberto Dati, evoquant des souvenirs relatifs a l’academie de Jacopo Corsi, ecrit : « a quella concorrevano cavalieri, letterati, poeti e musici insigni : e specialmente vi furono alloggiati e trattenuti il Tasso, il Chiabrera.... s>

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