RESSOURCES OFFERTES A CHIABRERA POUR LES RYTHMES I3I
compositeur desireux de fuir la monotonie ! Quel avantage aussi pour lui, d’avoir a sa disposition des poemes dont toutes les strophes s’adaptent a un seul air et dont chacune permet, par sa division, d’exprimer deux phrases musicales de meme duree ou, du moins, deux membres egaux de phrase musicale !
Tel fut le cadeau dont Chiabrera gratifia Giulio Caccini et maint autre maestro.
Nous avons laisse entendre et nous croyons qu'il imagina ses combinaisons rvthmiques sous l’influence de Ronsard.
En effet, il ne pouvait les devoir a la poesie d’ltalie anterieure a lepoque de Ronsard, c’est-a-dire a i55o: nous le verrons mieux plus loin, elle ne les avait jamais realisees h
Quant aux contemporains italiens de Ronsard, un d’entre eux, Bartolommeo del Bene, cultiva, il est vrai, avec amour, la strophe de quatre vers, composee d’hendecasyllabes purs ou meles d’octosyllabes (. settenari ). Mais ses odes ne furent editees qu’a la fin du xviii0 siecle. D’ailleurs si, par hasard et nous lie savons grace a quel intermediate, elles etaient venues manuscrites entre les mains de Chiabrera, c’est encore Ronsard que celui-ci aurait suivi indirectement. En effet, Bartolommeo passa presque toute sa vie en France, y connut fort bien le chef de la Pleiade et semble avoir eu deux maitres principaux : Horace et Ronsard \
propres (comrae je t’ay dit auparavant) pour la musique, et autres instrumens. Je te veux aussi bien advertir de hautement prononcer tes vers en ta chambre, quand tu les feras, ou plus tost les chanter, quelque voix que tu puisses avoir, car cela est bien une des principalles parties que tu dois le plus curieusement observer. »
1 Voir plus loin, notamment pp. 195-6, 275 suiv.
2 Voir l’ed. Carducci Ferrari des Odi XXVIII de Bartolommeo del Bene, pp. 105-106, — Clementina Moneti, La Canzonetta, Roma, 1907, pp. 27-28.
C’est done bien en notre pays qu’il convient de chercher les modeles de Chiabrera. Mais au nom de Ronsard ne faut-il pas ajouter celui de quelque autre Franqais?
Ba'if par exemple, mesure, lui aussi, ses vers a la lyre; les types de strophes italiennes enregistres plus haut, il les emploie non moins que Ronsard \ D’autre part, il observe, a peu pres comme Ronsard, le principe de l’alternance dans les vers a rimes plates : il fait regulierement succeder deux rimes feminines a deux rimes masculines, notamment dans les Met cores 2 dont le contenu n’a pas ete oublie par le poete ligure quand il ecrivit ses Meteore \ Pourquoi, des lors, rattacher Chiabrera a Ronsard plutot qu’a Baif ? Il n’est pas difficile de repondre. Chiabrera, eleve de Muret, connut, a coup sur, l'oeuvre lyriques de Ronsard. Quant a celle de Baif (dont il faut exclure les Meteor es, poeme didactique),
Bartolommeo del Bene, un peu blesse par le dedain reel ou suppose de Ronsard a son egard, avait fait allusion aux dettes du poete franqais envers Petrarque (cf. plus haut, p. ) Ronsard rendit compliment pour compliment. Il lui dit ( (Enures de Ronsard, t. VI, p. 28) :
Si tost que ton menton par I'age fut blanchi
Tu commengas d’ourdir un difficile ouvrage,
Imitant les Romains, les Grecs et les Francois.
Quels Frangois? Vauquelin de la Fresnaye nous l’apprend dans son Art poetique (I. 687) :
Car depuis que Ronsard cut amene les modes Du Tour et du Retour et du Repos des Odes,
Imitant la pavanc on du Roy le grand bal,
Le Frangois n’eut depuis en I'Europe d’egal:
D’Elbcne le premier cctte lyre ancienne A I’envi des Frangois fait ore italienne.
1 Aug£-Ciiiquet, La vie, les idees et Veruvre de J.-A. de Baif, ch. VII,