‹ Ronsard en ItalieChapitre 53 sur 113 · CHIABRERA PROCEDE-T-IL DE BAIF · texte numérisé non relu

CHIABRERA PROCEDE-T-IL DE BAIF

s’il ne l’ignora pas et si elle l’impressionna, 1’influence qu'il subit

ainsi fut encore ronsardienne.

En eft'et, le mot de Pasquier est vrai. Ronsard, dit-il, est le premier qui « garda cette police de faire suivre les masculins et les feminins sans aucun meslange d’iceux 1 2 ». Quant aux strophes, qui done en imposa la regularite a la Pleiade ? Personne autre que Ronsard, lorsqu’il publia, en i55o, avec un grand succes les quatres premiers livres de Odes. Le coup porta. L’influence de ce recueil fut decisive au point de vue de la rythmique. Les amis de Ronsard reconnurent plus ou moins vite la valeur musicale de la regularite strophique integrate. Parmi ceux qui suivirent, le plus volontiers et le plus vite, l’exemple du maitre, il convient de nommer precisement Baif, comme l’a bien montre M. Auge Chiquet

II y aurait done injustice a descendre, dans l’ordre du temps, jusqu’a Baif, pour trouver a Chiabrera un initiateur franqais en versification. Ne peut-on, en revanche, remonter jusqu’a Clement Marot, dont les Psaumes presentent plusieurs des caracteres strophiques que revetent les canzonette de Chiabrera?3 Si, par hasard, le poete italien lut les vers de Marot, ce ne fut certes pas sur la recommandation de ses anciens maitres Speroni et Muret :

1 E. Pasquier, Lettrcs, VII, 7. Voir Auge-Chiquet, ouv. cite, p. 273. E11 realite, e'est dans les vers a rimes plates que Ronsard « garda cette police », que ccs vers fusseut d’ailleurs petits ou longs. D’autres avant lui, notamment Marot, avaient observe l’alternance dans certains cas, mais personne ne l’avait encore gardee, e’est-a-dire maintenue dans tous les cas, pour les vers a rimes plates. Voir Laumonier, Ronsard, pocte lyrique, p. 676, — Auge-Chiquet, ouv, cite, p. 273.

2 P. Laumonier, ouv. cite, p. 676, — Auge-Chiquet, ouv. cite, p. 293.

* Parmi les strophes de Chiabrera relevees plus liaut, les nos Aa, Ab, Ac, Bb, Be (isomet.), se trouvent chez Marot. Voir Laumonier, ouv. cite, pp. 686 et suiv.

On connait le mepris du premier pour Marot 1 ; quant au second, il ne faisait aucun cas des poetes ay ant fleuri en France avant iS5o, puisqu'a cette date il mettait son espoir en Ronsard pour apporter enfin a notre Parnasse un peu de credit et d’honneur 2 * En tout cas Gabriello Chiabrera ne fit, semble-t-il, passer dans la substance de ses poemes aucune pensee de Marot. Pourquoi done imaginer qu’il lui devrait une partie de sa technique? En realite Marot fut pour lui un ancetre lointain, qu’il ne connut peut-etre meme pas. C’est parmi les disciples de Ronsard qu’il faut ranger Chiabrera pour la forme rythmique comrae pour le fond de ses canzonette, quand du moins celles-ci sont de caractere non pas moral, mais badin, ce qui arrive le plus souvent.

On ne saurait degager de la vie et des oeuvres de Chiabrera tout un credo pouvant, apres analyse, se resumer dans une formule comrae celle que M. Laumonier emploie pour juger Ronsard: « Ce fut un epicurien au sens philosophique et au sens vulgaire du mot... Il a des tendances au materialisme, pour ne pas dire plus ». Au contraire, rien ne nous empeche de croire Chiabrera sur parole, quand il se donne pour un pauvre pecheur plutot confiant et devot 4. Ses Canzonette et ses Scherzi nous le

1 Voir plus haut, p. 59.

2 Voir plus haut, p. 68 n.

P. Laumonier, Ronsard, poete lyrique, p. 561.

Dans son Autobiografia, Chiabrera dit, en parlant de lui-meme: « Del rimanente egli fu peccatore, ma non senza cristiana divozione, ebbe Santa Lucia per avvocata per lo spazio di 60 anni ; due volte il giorno si raccomandava alia pieta di lei ne cesso di pensare al punto della sua vita.»

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