CARPE FLOREM, MAXIME DE RONSARD ET DE CHIABRERA
Carpe florent, chante encore Chiabrera a un jeune epoux \ Pour savourer ton bonheur, n’attends pas : la rose passe du matin au soir.
Cavalier, se tu non cogli Questi fior bianchi, e vermigli, Fia che tempo, o morte spogli II bel sen di rose, e gigli.
Da’ perigli
Di rio male s’assicura Chi goder sa sua ventura.
Per mai piu non far ritorno Se ne van volando Tore,
Quasi rosa in un sol giorno, Col Sol nasce, e col Sol more
II bel fiore
Di verd’ anni : in un momento Un crin d’or si fa d'argento.
La Campagne. — II s’en faut de beaucoup que Chiabrera ait esquisse ou developpe autant d’heureuses descriptions rustiques que Ronsard. Et surtout ses paysages ne sauraient rivaliser avec ceux du poete francais pour la sincerite et la fidelite. Chez Ronsard, on sent le souvenir d une emotion profonde; les sites qu’il evoque sont bien a lui ; ils ont frappe ses yeux dans le Vendomois et la Touraine. Ils ont peut-etre reveille dans sa memoire des vers de Virgile ou d’Horace, mais ce sont, en fait, ses propres visions qu’il a reproduites ; il n’a demande a ses maitres latins que des mots et des tours. Au contraire, les scenes champetres de Chiabrera, tout en etant vraies, le sont d’une fagon plus impersonnelle ; elles pourraient se trouver dans l’ceuvre d’un poete passant ses jours tout ailleurs qu’en Ligurie ou en Toscane 2. Mais a une condition toutefois : ce poete devrait etre aussi fortement sensible que Chiabrera a la lumiere et aux couleurs.
1 Le Canzonette, XII.
5 Laumonier, Ronsard, poete lyrique, pp. 430 et star. Observons que les oiseaux sont presque absents du poeme de Chiabrera, alors qu’ils egaient tant ceux de Ronsard par leur chant et leur vol.
Le printemps, c’est pour Chiabrera, la saison ou souffle une brise fraiche et parfumee, ou murmure gentiment un ruisseau Mais c’est avant tout la fete de la lumiere enfin de retour 1 2 3 :
Ecco la luce,
Che a noi riduce La stagion de’ diletti.
Le printemps, c’est la joie des yeux et nous savons que ceux du poete sont sensibles surtout aux couleurs. Ecoutons l’invitation qu’il adresse a la belle Amarilli :
Vieni almen per trarre un’ ora Tutta lieta e dilettosa;
Qui vermiglia esce l’Aurora,
Qui la terra e rugiadosa;
Qui trascorre onda d’argento...
Mirerai rive selvagge...
Che diro di tanti fiori?...
I nevosi gelsomini,
Le viole impallidite,
Gli amaranti porporini Di belta movono lite,
Ma la rosa in sulla spina Sta fra lor quasi regina3.
Des fleurs, ou n’en trouve-t-on pas dans les odes legeres de Chiabrera? Mais la violette est sa preferee et, plus encore que la violette, la rose 4. Que de fois la rose lui fournit une compa-
raison pour louer les plus belles
Vaga su spina ascosa £ rosa rugiadosa,
Che all’ Alba si diletta,
Mossa da fresca auretta;
C’est la rose qu’il cueillera se faire bien venir d’elle :
:s femmes !
Ma piu vaga la rosa Sulla guancia amorosa,
Che oscura, e discolora Le guance dell’ Aurora \
r l’offrir a la femme aimee et
1 Le Cansonette, XLIII, XLIX.
2 Id., XXIV.
8 Id., XLIV.
* Nous aurons occasion de parler plus loin de l'odelette « La violetta >. Voir aussi notamment la canzonetta LXXXIX.
’ Le Cansonette, XLIII, XLVII, LXXX.