‹ Ronsard en ItalieChapitre 56 sur 113 · CHIABRERA CHANTE LA NATURE · texte numérisé non relu

CHIABRERA CHANTE LA NATURE

O Rosetta, che rossetta Tra il bel verde di tue frondi Vergognosa ti nascondi,

Come pura donzelletta,

Che sposata ancor non e. \

C’est a la rose qu’il compare son propre etat: est-il pres des beaux yeux qui gouvernent sa vie? il prospere; loin d’eux, il s’etiole. Ainsi en est-il de la rose, selon que la lumiere du soleil arrive ou non jusqu’a elle:

In sul mattin d’Aprile, Quando i nembi tranquillano, Fresche rose sfavillano D’un vermiglio gentile,

E cosi dolce odorano,

Che zefiro innamorano.

Ma se nembi frementi 11 puro citlo oscurano, Ed alle rose furano Le fresche aure lucenti, Le rose impallidiscono, E per poco periscono3.

Ces couleurs, ces fleurs, ces comparaisons ou la nature sert a celebrer la femme, elles abondent dans les vers de la Pleiade.

Ronsard mourant fait, comme un Grec, ses adieux a la lumiere. Xatps cp-ioc, disait l’lphigenie d’Euripide, « Adieu plaisant Soleil », murmure Ronsard1 * 3. Relisons la Chanson printaniere qui se trouve dans ses oeuvres completes, au t. I, p. i96 de l’edition Laumonier. Par leur inspiration, les strophes de Chiabrera que nous venons de citer ne sont-elles pas voisines de celTes-ci?

Quand ce beau printemp:, je voy,

J’apperqoy

Rajeunir la terre o.t l’onde Et me semble que le jour Et l’amour

Comme enfans naissent au monde...

1 Le Canzonette, LXXII.

3 Id., XXXI.

3 Ronsakd, CEuvres, t. VI, p. 6.

Venus, assise avec son enfant laisse voler ses cygnes emportant son char :

Quelque part que ses beaux yeux Par les deux

Tournent leurs lumieres belles,

L’air qui se montre serein,

Est tout plein D’amoureuses estincelles.

Partout, le poete croit decouvrir « sa dame » :

Quand le soleil tout riant D’Orient

Nous monstre sa blonde tresse,

II me semble que je voy Davant moy

Lever ma belle ma\stresse.

Quand je sens, parmi les prez Diaprez,

Les fleurs dont la terra est pleine,

Lors je fais croire a mes sens Que je sens

La douceur de son haleine

On a eu raison de le dire, les vers de Ronsard sont remplis de senteurs sauvages ou cultivees. II fut, avant Chiabrera, le poete des fleurs ; lui aussi prefera la violette et la rose, pour Iesquelles il dit son faible dans des strophes comme les suivantes :

Sur tout parfum j’aime la Rose Desur l'espine en may declose Et l’odeur de la belle fleur1 Qui de sa premiere couleur Pare la terre, quand la glace Et l’hyver au soleil font place

1 La violette.

Page 1