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RONSARD ET LE MELODRAME ITALIEN

heureuseraent. Mais n’est-il pas curieux de constater que, choisis entre beaucoup d’autres par Ronsard, et reunis en deux ou trois pages de ses Bacchanales, ils se trouvent ensuite former le fond de deux poemes de Chiabrera qui va parfois jusqu’a les developper en termes rappelant ceux de son devancier?

On jugera sans doute plus importants encore les deux faits suivants. C’est d’abord l’aisance avec laquelle l’un et l’autre poete modernisent l’antique : ils invoquent Bacchus et font des allusions a sa legende ou a celle du Cyclope; en meme temps Ronsard se met en route pour Arcueil avec des amis aux norns bien franqais qui n’epargnent pas les tendres declarations au bon vin d’ Anjou; Chiabrera, de son cote, exhale tout son mepris contre les mahometans buveurs d’eau \

D’autre part, si nous venons a considerer le rythme, comment ne pas etre frappes par la parente etroite des strophes franchises et italienries dans les Bacchanales de Ronsard et la canzonetta de Chiabrera a Castelli? Le lecteur aura deja pu s’en apercevoir, mais pour plus de commodity mettons-lui sous les yeux les vers suivants :

Voicy l'aube safranee Oh che nembi ! oh come bruna

Qui ja nee

Couvre d’ceillets et de fleurs Le ciel qui le jour desserre, Et la terre

De rosees et de pleurs.

Notte aduna La caligine d’intorno !

Deh dormiam finch’esca fuora L’alma Aurora A menarne il nuovo giorno.

Notre expose presenterait une grave lacune, s’il negligeait le fait suivant, dont l’importance nous semble capitale: des rythmes

1 Diiirambo all’ uso del Greet.

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de Ronsard se retrouvent dans le second et le troisierae des trois premiers operas qui aient jamais ete joues.

Le premier s’appelle la Dafne \ CEuvre du poete Ottavio Rinuccini, des compositeurs Jacopo Corsi et Jacopo Peri, il fut represente le 21 janvier i599. II ne peut se reclamer en rien de Ronsard.

UEuridice est le deuxieme. Le libretto qui a encore pour auteur O- Rinuccini, contient un chceur final, « Biondo arcier che d’alto monte », bati sur le metre de « Ouand je voy dans un jardin 1 2 ». Faut-il parler d'influence directe de Ronsard sur Rinuccini? II n’y a pas lieu, car YEuridice vit le jour le 6 octobre 1600 3. Elle est done posterieure d’un an aux Maniere di verst toscani et aux S chord, ou Chiabrera recueillit, en i5gg, des poemes, dont beaucoup circulaient isolement depuis plus de dix ans. Rinuccini avait done apparemment lu ou entendu Chiabrera, quand il introduisit un rythme ronsardien dans son Euridice.

En realite, Giulio Caccini, en harmonisant des odelettes de Chiabrera avec les intentions signalees plus haut, s’etait achemine vers le genre original qui allait eclore, a la fin du xvie siecle : des essais comme les siens avaient prepare Yopcra musicals ou melodrame. De meme qu a Jacopo Peri revient l’honneur d’avoir trouve le recitatif, de meme, Giulio Caccini, unissant ses efforts a ceux de Chiabrera, realisa, semble-t-il, le type le plus heureux de ce qui, simple odelette ou canzonetta tout d’abord, allait

1 A. Solerti, Gli Albori del melodramma, Vol. I, p. 62.

8 Id., p. 65.

2 Carducci, clans Mellca e lirica del scttccento ( Operc , XIX, 6), n’avait pas d’abord tenu compte de cette anteriorite de Chiabrera sur Rinuccini,

mais il a ensuite reconnu son erreur dans Dcllo svolgimento dell ode in Italia ( Opere , X\ I, pp. 593 et suiv.). Il l’a reconnue, du inoins, implicitement.

LE RAPIMENTO DI CEFALO

devenir l’air et le choeur dans une ceuvre dramatique comme celle que ces deux amis composerent ensemble.

Leur Rapimento di Cefalo est, dans l’ordre chronologique, le troisieme des operas. II souleva 1 admiration, le 9 octobre 1600, lors des fetes organisees a Florence, pour le mariage d’Henri IV avec Marie de Medicis ’. On y retrouve le Chiabrera que nous connaissons deja: il adopte ici divers rythmes de Ronsard, il innove ailleurs, mais en se conformant aux principes dll chef de la Pleiade 2.

En outre, la fable dont il fait le fond de son petit drame, il ne la transporte pas directement des Metamorphoses d’Ovide ; mais il la tire dune ode de Ronsard, Lc ravissement de Cephate B.

C’est ce que M. Ferdinando Neri a demontre.

N’est-il pas piquant de voir Ronsard apporter sa collaboration anonyme, mais non negligeable, aux premieres manifestations d un genre que l’ltalie s’enorgueillit legitimement d’avoir peu a peu elabore et qui constitue, en effet., un des plus admirables dons que la civilisation de nos voisins ait faits au monde?

1 Id., p. 65. A vrai dire, des le 7 octobre, il y avait eu une repetition generate du Rapimento.

2 Voir par ex., dans le Rapimento (Solerti, Gli Albori, t. Ill), pp. 83, 96, 97, 99, 1 15, 135-

3 F. Neri, Il Chiabrera e la Pleiade francese p. 120, — Ronsard, CEuvres, t. II, p. 133.

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