MOUVEMENTS LYRIQUES
Lyre doree, .ou Phoebus seulement
Et les neuf soeurs ont part egalement...
Muses aux yeux noirs, mes pucelles...
Cetra de’ canti amica...
O bella Euterpe, o de’ miei versi onore. . .
Muse, che palme, ed immortali allori
A’ grandi Eroi nudrite . . .
Febo immortal, che splendi...1
En cours de route, ils feignent volontiers d’hesiter, d’avoir besoin d’encouragements, de lumieres, Chiabrera vient de jeter 1’anatheme aux fils indignes de leurs glorieux ancetres. Faut-il les confondre avec le heros qu’il celebre? Non, sans doute. Mais il veut l’apprendre des levres memes de la Muse :
Bella Clio,' del vero amica,
Tu dal Ciel rispondi, o Dea ;
II mio Re, dirassi, e tale ? 2
Les deux premieres strophes d’une autre canzone viennent d’evoquer les amours de Mars et de Venus; e’est pourtant a la grande duchesse de Toscane qu’elle est eonsaeree. Alors oil Chiabrera se laisse-t-il entrainer? II se le demande lui-meme:
A che pensar ne tiri
Musa, con tai lusinghe alme e divine ? 3
De mime, Ronsard, comme incertain sur !c but a poursuivre, s’ecrie dans son ode sur la victoirc du comtc d’Anguien d Consoles:
1 Ronsard, (Euvres, t. II, p. 178, t. VI, p. 95. — Chiabrera, Alla
Ser. Gran Duchessa di Toscana. Per D. Virginio Cesarini, Per Al. Farnese, Per Giovanni Medici.
3 Cansoni eroiche, n° V, per Carlo Emmanuello di Savoia.
3 Id., n° II.
Muses, ne vaut-il pas mieux Que le son de ma lyre aide Aux vieux Bourbons ses ayeux Annoncer ccste bataille ? 1
Comparaisons. — Pour celebrer ses heros, Chiabrera demande souvent des termes de comparaison a la mythologie, mais il fait aussi de frequents emprunts a la nature.
Dans la bataille, Giovanni Medici est pour le poete italien
Qual funesto balen fra nube oscura Ch’alluma il Mondo, indi saetta, e solve Ogni pianta, ogni torre in fumo, e in polve
Alessandro Farnese est « quasi fiamma folgorante in guerra ».
1 Ronsard, CEuvres, t. II, p. 106, — ChiAerera, Cansoni eroiche XVII, XXIII, XXVIII.
Enfin, entre autres manieres de rappeler la Muse sur le droit chemin, ou tout au moins, de prendre conge d’elle pour amener la conclusion, serait-il excessif de noter la suivante? Les deux poetes mettent sous nos yeux la nier et un navire. Dans la strophe finale de l'ode a Joachim du Bellay, Ronsard prie les Gemaux en ces termes :
Faites ancrer a ce bort Mon navire en qnelque port Pour finir mon navigage. .
Chiabrera, qui entreprend de vanter la beaute d’une princesse, desespere d’etre complet. Il s’arrete, car il le constate enfin : il s’est engage sur une mer sans rivage ou puisse atterrir sa nef :
Beltd suprcma, i tuoi veraci onori Son vcramente un mare,
E noccliier, ch’ a lodarti anccra sciolga Riva non trova, che di porto il tolga.
Ronsard, CEuvres, t. II, p. 156, — Chiabrera, Per la Principessa D. Maria Medici.