LES EPITHETES — LA MYTHOLOGIE
exemple, non pas « Jupiter », mais le dieu par qui la foudre est lancee, le dieu qui lance son foudre pirouettant ». II coiffe les Muses d’un tortis de violettes, Chiabrera appelle Jupiter adunator di nembi et Neptune ondoso scotitor della gran terra; il parle des muses violate il crine 1-
Jusqu’ici les elements que nous avons releves a la fois chez Ronsard et Chiabrera sont de ceux qui, a l’epoque de la Renaissance, pouvaient communiquer a une oeuvre noblesse et gravite, en ineme temps que variete et vivacite.
Les rencontres et les concordances des deux poetcs ne sont pas toujours aussi heureuses.
La Mythologie. — On connait la predilection de Ronsard pour les recits mythologiques. Dorat lui avait enseigne un art qu’il n’oublia jamais, celui de
...bien deguiser la verite des choses D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses2 3.
Chiabrera partage ce gout. Pour etoffer ses cansoni heroiques, il y fait une place a la guerre des Titans contre les dieux, aux amours de Mars et de Venus, au jugement de Paris, a l’education d’Achille par Chiron, a la fabrication de son armure par Vulcain, a ses prouesses devant Troie, aux exploits de Phebus, d’Hercule, de Bellephoron, de Polynice, a rexpedition des Argonautes, aux
1 Ronsard, CEuvres, t. II, pp. 108, 121, 126, — Chiabrera, Per Gio¬
vanni Medici ( Benche tra’ monii et Quanto Anfitrite), Per Emmanuel Filiberto.
3 Laumonier, Ronsard, poete lyrique , pp. 300 et suiv., — Ronsard, CEuvres, t. IV, p. 313.
ROXSARD EN ITALIE
malheurs de Philomele, de Daphne, de Syrinx, a l’avarice de Midas, a la folle ambition de Dedale, an role et a la puissance des Muses, a l’influence de Castor et Pollux, a mainte autre legende paienne enfin.
Non seulement Ronsard saisit toutes les occasions de « mythologiser », mais il le fait trop souvent hors de propos. Ainsi, dans I’Odc dc la Pair, il introduit des episodes fabuleux completenient etrangers a la paix en general, et, en particulier, a celle de i55o, qu’il entreprend de celebrer: ce sont les revelations de Cassandre a Francus, l’odyssee de ce dernier, les propheties dont le favorise l’ombre d'Hector \ D’autres fois, Ronsard ne parvient qu’a force d’ingenieux artifices a ne point trop choquer le lecteur en greffant la fable antique sur I’histoire contemporaine. A cet egard, Chiabrera n’est pas non plus sans peche. Parfois certes, il use assez adroitement de la mythologie. Ainsi la grande-duchesse de Toscane, aupres de qui un epoux fatigue oublie les durs travaux de la guerre, c’est, nous dit-il, Venus, qu’au retour de ses terribles expeditions, Mars retrouve, aimante et desirable: soit1 2 3. En revanche, combien d’oripeaux fabuleux accroches a des canzoni oil la raiscn est toute surprise de les trouver ! Apres la victoire des dieux sur les Titans, Apollon fit, parait-il, un partage entre lui et les Muses : a lui de chanter les foudres de Jupiter, a elles de celebrer les exploits des mortels. Le poete developpe ce conte en quatre strophes de six vers s. Mais pourquoi leur a-t-il choisi comme place !e debut dune piece en l’honneur d’un due de Lorraine? Il serait bien en peine de le
1 Ronsard, CEuvres, t, II, pp. 77 et suiv., — Laumonier, Ronsard,
poete lyrique, p. 302.
3 Alla Gran Duchessa di Toscana, 2' canzone.
8 Per Carlo di Lorena, duca d’Umena. Canzone XL.