LES ITALIENS EN FRANCE
garde des sceaux puis chancelier; artistes comme Girolamo della Robbia ou Primaticcio; agents diplomatiques de tous ordres; banquiers s’interessant aux choses de l’esprit et jouant parfois aux mecenes; secretaires et collaborateurs varies, recrutes dans la Peninsule par diverses categories de puissants personnages : que d’ltaliens en France, dans la deuxieme moitie du xvi9 siecle, c’est-a-dire au moment ou la gloire de Ronsaid brillait du plus vif eclat! Une fois retournes pour toujours dans leur patrie, ou bien lors des voyages qu’ils y faisaient, ou encore dans les lettres qu’ils adressaient a leurs amis restes dans la Peninsule^ quelques-uns, au moins, ne devaient pas manquer d’insister sur le splendide etat des lettres dans le royaume de France: ils ebranlaient ainsi un prejuge dont nous denoncerons plus loin les racines profondes et resistantes. Or quel nom pouvaient-ils citer plus volontiers que celui de Ronsard ? 1
Pendant que tant d’ltaliens vivent en France, les Francis sejournant de l’autre cote des Alpes ne sont pas non plus negligeables par leur nombre et leur qualite. Beaucoup presentent meme un caractere fait pour nous seduire, et nous encourager a poursuivre l’enquete entreprise en ce chapitre.
Ambassades ou un diplomate emmene a sa suite, comme secretaire ou attache, maint homme cultive, expeditions militaires, missions d’importance plutot religieuse, voyages inspires surtout par la curiosite de contempler des sites, des monuments, des tableaux celeb res, ou de vivre sous un ciel delicieux, sejours d’etudes dans les grandes universites : toutes les raisons, tous les pretextes pouvant conduire nos compatriotcs de l’autre cote
E. Picot, Les Italiens en France au xvi8 siecle (Bulletin italien, I-IV).
des Alpes seront pour nous des occasions d’y trouver, entre i55o et 1600, des Frangais en etat de vanter Ronsard et enclins a le faire. Voulons-nous dire des Frangais trop instruits pour ne pas connaitre, au moins dans ses caracteres generaux, le mouvement litteraire de leur pays? Nous pensons, en particulier, a une elite dont 1’histoire meme de la Pleiade enregistre les noms. Ce sont d’anciens condisciples de Ronsard, des membres de la Brigade ou il enrola d’abord quelques amis, des etoiles de sa fameuse constellation, des protecteurs, des disciples, des commentateurs, des obliges de sa Muse. Parler de Ronsard devait etre pour eux un besoin. Quand ils celebraient son talent, ils se procuraient a eux-memes un plaisir, car ils satis faisaient tout au moins leur vanite personnelle ou leur amour-propre national. En meme temps, ils goutaient la joie d’exalter des beautes dont ils sentaient tout le prix. Suivons-les au dela des Alpes, en les distinguant d apres le moment ou ils y sejournerent.
Voici d’abord, entre i55o et i55y, quelques-uns de ces Francais que 1 Italie vit arriver chez elle en si grand nombre dans la deuxieme moitie du xvie siecle : negociateurs des affaires royales ou bien homines de lettres apportant un eoncours plus ou moins modeste a nos diplomates. Ceux qui nous arreteront sejournent ici ou la, mais surtout a Rome, ou se nouaient alors les intrigues les plus dangereuses, tour a tour contre la France et contre 1’Espagne.
Deux occupent les plus hautes fonctions. Jean de Saint-Marcel, seigneur dAvanson, l’un des plus hauts personnages de la Coui de Iienii II, devait son elevation surtout a la faveur de Diane de Poitiers, dont il etait la creature fidele. Mais lorsqu’il devint maitre des requetes et quand, plus tard, il fut accredite comme ambassadeur aupres du Pape (i553-i556), son heureuse