DIPLOMATES FRANQAIS EN ITALIE
fortune n’inquieta, semble-t-il, personne: sa nature bienveillante lui gagnait la sympathie generate, en particulier celle des poetes, objet cle sa protection eclairee autant que discrete. Leur gratitude correspondait a ses soins attentifs : du Bellay lui dedH ses Regrets, Ronsard lui adressa de nombreuses pieces, en reconnaissance dune protection dont il se sentit assure des i55o b
Les rapports du poete avaient ete plus orageux avec Lancelot de Carles. Ancien auditeur de Dorat, en meme temps peut-etre que Ronsard, l’eveque de Riez s’etait refroicli envers l’illustre Vendomois, conime Saint-Gelais. Mais, avant de partir pour l’ltalie et de sejourner a Ferrare, puis a Sienne, il ceda aux avanges que lui faisait Ronsard, sur le conseil de l'Hospital. Il conclut la paix avec lui en janvier i554- Au retour d’ltalie, Lancelot lira au roi Henri II avec force louanges, un « dessein » de la Franciade. Le roi exhortera le chef de la Pleiade a composer cette epopee. C’est peut-etre en souvenir de cet amical service que Ronsard dediera YHymne des Daimons 1 2 a Lancelot, en 1 555.
A 1’ombre de ces deux ambassadeurs et dt quelques autres, prosperent ou vegetent de modestes secretaires. Trois d’entre eux presentent cette particularite d’avoir vecu sous le menie toit
1 J. Favre, Olivier de Magny (1529-1561) ; passim ; — P. Laumonier, Ronsard, pocte lyrique, p. 82. — Ch. Dejob, Marc-Antoine Murct, p. 105. Voir la conclusion que M. Laumonier (op. cit. p. 82) tire du Narssis. Dans ce poeme ecrit au printemps de 1554, Ronsard rappelle son disaccord avec S. Gelais et l'heureuse issue de cette querelle. Longtemps. dit-il, avant l'heure oil ma barque trouva bon vent, d’Avanson
Avecques L’Hospital me donna bon courage A grands coups d’aviron ramer contre l’orage. s Laumoxier, Ronsard, poete lyrique, pp. 91, 92, 147, 180. — E. Picot, Les Franqais italianisants, t. I, p. 235.
que Ronsard, leur ancien compagnon d’etudes. Us se nomment Denys Lambin, Claude Ligneri, Joachim dit Bellay.
On sait avec quel zele une elite de jeunes gens travailla, un temps, au college de Coqueret. La Denys Lambin ne fut pas seulement l’eleve de Dorat. II le secondait, semble-t-il, comme repetiteur. Aussi joua-t-il envers Ronsard, son cadet de cinq ans, le role de frere aine. 11 l’aida et l'encouragea de ses lumieres dans 1’ etude des lettres grecques. Nous avons un souvenir de leur juvenile commerce: c’est l’echo d’une conversation des deux compagnons sur la doctrine de la reminiscence selon Platon. 11 se trouve en un des plus anciens poemes de Ronsard. Ce sont vingt vers qui datent de 1547. parurent en janvier ou fevrier i55o, dans les Quatre premiers Uvres des Odes, un peu trop tard pour que Lambin put emporter le volume en Italie. En effet, lecteur et secretaire du cardinal de Tournon, il quitta assez precipitamment Paris pour Rome, ou la mort recente de Paul III (10 novembre 1649) appelait en hate les membres du Sacre- College. Arrive dans la Peninsule avec son puissant patron, en decembre de cette annee, Lambin y etait encore au printemps de i55i. II y retournera, en compagnie de Tournon.
A son second voyage comme au premier, il sera homme a proner le chef de la Pleiade, car le temps fut loin d’affaiblir les liens qui unissaient les deux amis. En i563, Ronsard s’adressant a Catherine de Medicis nomme Lambin « lumiere de notre age » . De son cote, Lambin sait rappeler, en terrnes affectueux, a Ronsard, leur camaraderie de college. Il le fait dans une lettre , de mai 1 553 et aussi, en 1 563, quand il lui dedic le second livre de Lucrece. En meme temps, il declare (1 553) devorer toutes les productions de Ronsard, bienfaiteur, dit-il, de la langue frangaise. architecte de poemes et de rythmes encore inconnus, prince des poetes frangais.