FRANCESCO REDI
Autre coincidence: entre i665 et 1667, les ceuvres de Gassendi sent expliquees a des jeunes gens de Florence par un membre du Cimento, Antonio Oliva. A Pise, en 1673, Giovanni Maffei, effraye des progres du gassendisme autour de lui, entreprend de le combattre \
Contraste curieux: tandis que, par ses modes, ses danses, ses chansons, sa langue, son activite scientifique, sa philosophic, c’est la France vivante, la Fance actuelle, qui s’impose a l’attention de Florence, il se trouve, en cette ville, a la fin du xvii0 siecle, un Italien, Francesco Redi (1626-1698), pour bien connaitre Ronsard et le traiter avec des egards singuliers. Est-il seul dans son cas ? On pourrait croire que non. En effet, quand il nomme Ronsard en certain commentaire destine aux erudits, il ecrit simplement ce nom propre, sans l’accompagner d’aucun detail explicatif. Il ne juge pas necessaire de presenter aux lecteurs le chef de la Pleiade, de leur rappeler son role. A quoi bon, semble-t-il dire? Qui de vous ne sait quel grand poete est Ronsard ?
Ce Francesco Redi, n’allons pas le croire ignorant de la vie, des livres, des gouts, des progres de son siecle1 2. Certes il
1 G. Maugain, Etude sur I’evol. intell. dc Vltalie, pp. 128 et suiv., 153.
" Voir le Vita di F. Redi Aretino, tra gli Arcadi detto Anicio Traustio scritta dall’ abate Salvino Salvini. Elle se trouve au t. I des Opcre de Redi,, Milano, 1809. C’est a cette edition que nous renvoyons au cours de ce chapitre. Nous avons aussi sous les yeux une vie de Redi due a Girolamo di Zanobi Perelli. Elle a ete publiee par M. Ugo Viviani dans Vita cd opcre ineditc di Francesco Redi, Arezzo, 1924. — M. Gaetano Imbert a publie, en 1925 (Milano-Roma-Napoli) Francesco Redi L’uomo.
aime bien se donner pour un collectionneur qui depouille scrupuleusement ses vieux auteurs toscans, et contribue ainsi a enrichir le dictionnaire de la Crusca, mais ce n’est la qu’un des nombreux aspects de sa culture et de son activite \ Medecin, il donne ses soins au Grand-Due et redige des consultations fort recherchees. Naturaliste, il ne cesse d’observer et d’experimenter, passant au crible de son impitoyable methode critique les racontars de l’antiquite comme les prejuges de ses contemporains. Homme de cour, il prend pait a des negociations diplomatiques. Poete, il ne se borne pas a combattre, par 3’exemple de ses vers, le mauvais gout encore en honneur; il distribue eloge, blame, encoui'agement a des muses qui sollicitent ses avis et se montrent dociles a sa voix1 2. Loin d'ignoi'er le frangais, il le lit tres facilement et l’ecrit meme, a condition que 3’epreuve ne se prolonge pas trop 3. Il sacrifie a la mode en inserant ca et la dans ses vers quelque mot fi'angais. Il connait plusieurs de nos compatriotes : il soutient contre quelques-uns une polemique a propos du venin des viperes 4 5 ; il correspond amiealement avec d’autres \
1 On a helas ! de serieuses raisons pour mettre en doute les scrupules et l’honnetete de Redi philologue, depuis surtout que G. Volpi a publie dans les Atti della R. Accademia della Crusca, 1915-1916, un article sur Le falsificazioni di F. Rcdi nel vocabolario della Crusca.
“ Sur Redi, chef d’ecole en poesie, cf. Maugain, Etv.dc sur Vevolution intell. de I’ltalie, pp. 245-248.
3 F. Redi, une lettre de 1664 a Mms du Deffand, — Imbert, Il Bacco in Toscana di F. Redi e la poesia ditirambica, Citta di Castello, 1890,
pp. 46-7-
4 Voir la Vita de Redi, par Salvini ( Opere , t. I, p. xv), les Lcttcre de Redi, t. I, pp. 38, 360; t. II, p. 248 et lettre a Menage, 18 aout 1670; t. Ill, p. 88, lettre a Bourdelot.
5 Menage, Bourdelot, Regnier-Desmarais