‹ Ronsard en ItalieChapitre 77 sur 113 · Redi met sur les levres de Bacchus cette exhortation · texte numérisé non relu

Redi met sur les levres de Bacchus cette exhortation

Tutti aft'oghiam la sete In qualche vin polputo.

1 Redi, Opere, t. I, p. 95, Ronsard, (Euvres, t. II, p. 432. (cf. t. VII, p. 301, pour l’edition que Redi eut sous les yeux.)

2 Redi, Opere, t. I, p. 197, — Ronsard, (Euvres, t. IV, 360. Le texte de Redi n’est d’ailleurs pas en tout point conforme a celui de P. Laumonier.

Pour justifier cette metaphore, il reproduit purement et simplement deux passages de Ronsard. Le poete franqais avait interpelle son verre en ces termes :

Tu es heureus ; et plus heureus celui Qui t’inventa pour noyer nostre ennui.

Ailleurs il avait ecrit:

II me plaist de noyer ma peine Au fond de ceste tasse pleine \

5. — Redi affirme qu’aueune odeur ne vaut celle du vin. Grace a elle « le coeur et le cerveau refont leurs esprits ». Comme s’il trouvait trop hardie cette pensee pourtant assez banale, il invoque le temoignage de Ronsard, qui, apres avoir bu, se sent plus apte a comprendre Homere:

La seule odeur de cette coupe M’a fait un rapsode gaillard Pour bien entendre ce vieillard1 2.

6. — Le vin donne, pour ainsi dire, des ailes a notre imagination et l’61eve jusqu’aux plus sublimes hauteurs. Tel est, du moins, l’effet que produit sur le Bacchus de Redi le cru de Valdarno :

S'io ne bevo,

Mi sollevo

Sovra i gioghi di Permesso.

Redi tient a nous faire savoir qu’en ecrivant ces vers il a presente a 1'esprit l’invocation que Ronsard avait adressee a Bacchus en ces termes :

1 Redi, Opere, t. I, p. 217, — Ronsard, CEuvres, t. Ill, p. 315 et t. VII, P- 383.

s Redi, Opere, t. I, p. 219, — Ronsard, CEuvres, t. II, p. 37.

LES EMPRUNTS DE REDI A RONSARD

Par toi, Pere, charges de ta douce ambrosie Nous elevons au ciel l’humaine fantaisie1.

7. — Le divin personnage dont Redi est cense nous repeter les propos songe a devenir « chevalier du Bain » dans « le bain d'un verre » . Conime commentaire a cette facetie le poete italien traduit ou paraphrase une « tres belle » invention de Ronsard et la cite ensuite en francais. C’est ce passage oil, s’adressant a son verre, Ronsard s’exprime ainsi :

Que dirai plus ? par espreuve je croi,

Que Bacchus fut jadis lave dans toi. . . 2.

8. — Bacchus sera done un « chevalier », un « cavalier sempre hagnato ». Redi justifie doublement ce dernier mot : d’abord « les philosophes ont cru que le vin baigne le poumon; les poetes aussi Font dit » ; ensuite, Ronsard a ecrit :

Que feroy-je en telle saison,

Sinon. . .

Pres du feu faire bonne chere ?

Et souvent baigner mon ccrveau

Dans la liqueur d’un vin nouveau ? 3

Aux huit passages de son Dthyrambe signales par Redi luimeme comme des souvenirs de Ronsard nous pouvons a j outer

1 Redi, Opere, t. I, pp. 222-3, — Ronsard, CEuvres, t. IV, p. 363. Voir aussi Redi, t. I, p. 6, Ronsard, t. VI, p. 102.

2 Redi, Opere, t. I, p. 230, — Ronsard, Oeuvres, t. Ill, p. 318.

D’apres Anton Maria Salvini (Muratort, Della perfetta poesia, t. I,

p. 193, Venezia, 1730), ce compliment de Redi serait ironique. On ne voit pas bien pourquoi. En outre, Salvini indique comme source des vers de Ronsard cites plus haut, l’epigramme de Meleagre, AE Nuacpai, Sur la dette que Ronsard avait envers G. F. Bini pour ce poeme, cf. Vianey, Bniscambillc et les poetes bernesques, dans Revue d’hist. lift, de la France, t. VIII, p. 659 et n. 1. — F. Neri, Chiabrera, p. 136.

3 Redi, Opere, t. I, p. 268, — Ronsard, Oeuvres, t. II, p. 38.

quelques autres dont la source semble se trouver en telle piece et parfois, coincidence plus frappante encore, en tels vers bien connus de lui.

9. — Au debut meme de son dithyrambe, Redi suppose que « le dieu du vin, dompteur glorieux de l’Orient indlen » arrete sa course en Toscane et fixe pour un temps son sejour en cette riante contree, dont il va vanter les crus l’un apres l’autre :

Fermato avea l’allegro suo soggiorno A i colli Etruschi intorno.

Deja Ronsard avait imagine une hake de Bacchus, mais dans le Vendomois :

Car, lorsque tu courois vagabond par le monde,

Tu vins camper ton ost au bord gauche de l’onde De mon Loir. . . 1

10. — Devenir « chevalier du Bain » dans « le bain d’un verre » ! Bacchus vient d’exprimer ce voeu. II ajoute qu’ensuite :

Su nel cielo in gloria immensa Potro seder col mio gran padre a mensa.

II se trouve justement que, dans un passage signale par Redi comme la source d’un autre detail, Ronsard avait dit :

Purgez de ta liqueur osons monter aux Cieux,

Et du grand Jupiter nous assoir a la table2 3.

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