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LA CIVILISATION FRAN£AISE A BOLOGNE

collaborent. Francesco Maria Zanotti s’en inspire et il publie un recueil analogue. II prend ainsi pour guide Fontenelle, dont les travaux de vulgarisation scientifique sont connus a Bologne plus tot que partout ailleurs dans la Peninsule \

Mais ou Bologne d'evance de beaucoup Florence, c’est par sa connaissance de nos poetes tragiques ou autres et de nos critiques du xvne siecle. Au temps ou Redi composait son Bacqo in T oscana et son commentaire sur ce dithyrambe, c’est-a-dire avant i685, on lisait parfois a Florence le Journal des Savans, on prodiguait les egards a la personne ou a la memoire de Jean Chapelain*, les eloges a l’abbe Regnier- Desmarais1 2 3, l’encens a Gilles Menage, tous trois membres de

1 G. Maugain, Fontenelle et Vltalie ( Revue de litterature comparee, i*r octobre 1923).

2 Avec Menage aucun ecrivain frangais contemporain ne jouissait en Toscane d’un plus grand prestige que Jean Chapelain. C’est un « letterato » du type qu’on aime alors a Florence : il compose des vers, mais il fait partie de la societe savante que preside Montmort et il ecrit meme des dissertations scientifiques. Ajoutez qu’il tient de Colbert une mission importante : i! dresse la liste des etrangers illustres que le Roi gratifie de pensions avantageuses : Florence n’est pas oubliee, tetnoin Carlo Dati et Vincenzo Viviani. Enfin Chapelain a jadis compose la preface de Y A done, il a pris la defense des Suppositi de l’Arioste et de la langue italienne elle-meme contre Voiture, il est membre de la Crusca. Des qu’ils arrivent a Paris, les Toscans les plus distingues ne manquent pas d’allcr le saluer. Voir Georges Collas, Un poete protect eur des lettres, Jean Chapelain, pp. 27, 163, 168, 329, 412, — Delle lettere familiari del Conte Lorenzo Magalotti e di altri insigni uomini a lui scritte, Firenze, 1769, t. II, p. 13, — * Lettere inedite di uomini illustri, Firenze, 1773, t. I, p. 304, — G. Maugain, Quelques impressions de voyageurs italiens sur la France (1666-1735). Fragments inedits de Scipion Maffei. ( Italie classique et moderne, n°“ 5 et 6, juin et septembre 1909, Grenoble).

3 F. Redi, Lettere, t. I, p. 137; t. Ill, p. 131 ; — Bacco in Toscana ( Opere , t. I, pp. 12 et 141), — ^ G. Maugain, Quelques impressions.

l’Academie de la Crusca. En revanche, notre repertoire dramatique, par exemple, restait inconnu sur les bords de l’Arno. Vingt ou vingt-cinq ans apres, tournons nos regards, non plus vers Florence, mais vers Bologne. Cette ville nous reserve une agreable surprise.

Avec la fondation de la celebre academie des Arcades (i69o), le fait le plus notable de l'histoire litteraire d’ltalie, a la fin du seicento, c’est le retour a un genre fort delaisse depuis un siecle, la tragedie. Non pas que les pieces de Trissino, Rucellai, Giraldi Cinzio, Aretino soient alors de nouveau portees sur la scene. Elies restent oubliees. En revanche, les Corneille, les Racine, les Quinault et d’autres Francais commencent a trouver dans la Peninsule une faveur bientot etincelante 1.

C’est Bologne qui donne l’exemple, en des salles publiques ou chez des particuliers. On y joue, en 1693, le Stilicon de Thomas Corneille. On tente de nouveau l’experience avec d’autres ouvrages, en 1694, i695, 1697, 1700, 1705. En meme temps et meme un peu auparavant, les Bolonais voient sortir de leurs imprimeries la traduction de diverses tragedies frangaises. Leur ville partage, avec Rome, la charge qu’elle gardera longtemps

1 Nous ne pouvons songer a donner ici une bibliographic de cette question de l’introduction de la tragedie frangaise en Italie. Bornons-nous a renvoyer aux excellents travaux d’Emilio Bertana, Amos Parducci, Alfredo Galletti, Giulio Meregazzi (Voir notre Etude sur I'evol. intellectuelle de 1’ Italie, aux noms de ces auteurs.) N’oublions pas V. de Angelis, Per la fortune del teatro del Racine in Italia ( Studi di filologia moderna, VI, 1913).

A. de Carli vient de publier a Turin, en 1925, un important travail, L’influence du theatre frangais a Bologne de la fin du xvn' siecle a la grande revolution. Plus recemment encore, L. Ferrari a publie, a Paris, Le traduzioni italiane del teatro tragico francese dei Secoli xvn' e xvnT. Quant a la comedie, on connait l’ouvrage richement documente et tres utile de Pietro Toldo, L’oeuvre de Moliere et sa fortune en Italie.

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