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LA TRAGEDIE FRANQAISE A BOLOGNE

avec un soin fidele, d’editer ce genre de versions et d’en pourvoir la Peninsule. C’est aussi a Bologne que sont elaborees et publiees les premieres imitations de notre repertoire dramatique serieux. L’honneur de cette initiative revient a Pierjacopo Martelli ; il donne, en 1710, son Teatro tragico.

Si Bologne joue ce role, elle le doit a des circonstances comme les suivantes. La vit la comtesse Caterina Graziani de’ Bianchi, elevee a Paris, oil elle est nee d’un pere toscan. Femme tres cultivee, egalement versee dans les langues et les literatures frangaises et italiennes, elle tient un salon oil alternent de savoureux discours sur la poesie des deux pays. Martelli doit a cette grande dame l’idee de composer des tragedies regulieres. II est aussi admis aux reunions presidees par le marquis G. Orsi et souvent consacrees a des representations dramatiques, ou la France a sans doute une large place, car Orsi a fait un sejour a Paris, possede une assez vaste culture francaise et se divertit a traduire quelques-unes de nos pieces, notamment Rodogune. Enfin Bologne est habitee, depuis 1683, par Giovan Andrea Zanotti. Cet acteur revient a la terre natale apres etre reste en France pres de vingt-sept ans et y avoir acquis gloire et aisance, sinon richesse, dans la troupe italienne du roi, sous le nom d’Ottavio. II a connu, a Paris, Pierre Corneille. II a meme ete dans les bonnes graces du grand homme, au point de lui soumettre un Cid traduit en italien, qu’il imprime enfin a Bologne en i69i. Deja l’annee precedente, il y a publie une version d ’Heraclius. Ce Giovan Andrea Zanotti ne peut manquer d’etre un propagateur de la litterature frangaise moderne et en particulier de notre theatre, lui qui a passe ses plus belles annees en notre pays, a regu de Louis XIV des lettres de naturalite et une pension toujours regulierement payee, lui qui est l’epoux heureux d’une Picarde de grande intelligence, Marie Marguerite

Enguerans. Cette Franchise lui donne huit enfants. Ils recevront une education en grande partie frangaise: fait d’autant plus important que plusieurs tiendront une place des plus distinguees a Bologne, notamment Francesco Maria deja nomme1 II.

En meme temps que nos auteurs dramatiques, on connait, a Bologne, Boileau, Rapin, Bouhours, Baillet. On y est parfois en etat de parler avec precision, non seulement de Chapelain, de Menage et de Regnier-Desmarais, mais de Malherbe, Racan, Voiture, Brebeuf, Scudery, Andre Dacier, du p. Lamy, de Perrault, Bossuet, Furetiere, Huet, Saint-Evremond ; on y lit les M emovres de T revoux et le M crcure s.

Conclurons-nous que la France de Louis XIV epuise tout l’interet dont l’elite de Bologne peut disposer en faveur d’etrangers? S’il en etait ainsi, nul ne songerait a s’en etonner. Dans cette ville ou la penetration frangaise ne remontait certes pas a un passe lointain, ne serait-il pas assez naturel de voir nos ouvrages les plus en vogue chez nous-memes beneficier seuls de x

1 Voir Vita di F.-M. Zanotti ecrite par lui-meme, — G. Maugain, Etude sur revolution, pp. 269 et suiv., — Corrado Ricci, Ottavio (dans Figure e Figuri del mondo teatrale, pp. 15 et suiv.) — de Carli, L’lnfluence du theatre frangais d Bologne.

II reste toujours utile de consulter G. Fantuzzi, Notizie degli scrittori bolognesi, t. VIII.

2 C’est ce que prouvent les documents relatifs a la polemique Bouhours- Orsi, dont il sera question plus loin. Voir notamment V Indice degli autori e de’ loro libri citati et I’ltidice delle cose piu notabili dans les Considerazioni sopra un famoso libro franzese, In Bologna, 1703. L’auteur en est„ on le sait, G.-G. Orsi.

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