ON LIT RONSARD A BOLOGNE
d'introduction aux lignes precedentes, La Motte fait cette declaration sur Ronsard : « Ses ouvrages ne sont plus lus et je ne crois pas que beaucoup de gens veuillent j uger par leurs yeux de ce que je vais dire. » Ce dedain, La Motte ne s’en indigne pas. II se borne a le constater.
Chez les auteurs frangais contemporains les Bolonais trouvaient done assez souvent le nom de Ronsard pour ne pas ignorer qu’il y eut, au xvi6 siecle, un poete de ce nom- Mais nulle part ils ne lisaient un chaleureux plaidoyer en l’honneur de cette gloire dechue, un appel a la revision d’un proces estime inique \ Ils voyaient seulement invoquer, ga et la, des circonstances attenuantes, dont la bienveillance n’est que relative; si elle nous frappe, e’est par contraste avec la severite presque sans reserve d’un Rapin et d’un Baillet, ou la durete implacable d’un Boileau, deux auteurs bien connus, eux aussi, a Bologne.
L’admiration franche et sincere ou, tout au moins, la grande estime dont personne en France ne leur donne plus l’exemple, quelques Italiens les congoivent par eux-memes, a Bologne. Ils n’ignorent pas l’opinion frangaise, ils reagissent contre elle. Pour juger Ronsard, ils commencent par le lire, ce qu’on ne faisait plus guere en notre pays 1 2. C’est du moins, le cas pour plusieurs d’entre eux.
1 Fuchs, Comment le xvii et le xvm® siecles ont juge Ronsard ( Revue de la Renaissance, t. IX, p. 51).
2 La Motte, par exemple, dans un discours que nous avons cite plus haut et qui fut publie en 1707, ecrit : « Ses ouvrages ne sont plus lus et je ne crois pas que beaucoup de gens veuillent juger par leurs yeux de ce que j’en vais dire. »
Eustachio Manfredi connait les odes pindariques de Ronsard. Parmi les emules du fameux Thebain, il ne voit, dit-il, aucun Franqais digne de figurer a cote de Gabriello Chiabrera. sauf, « dans une certaine mesure » , Ronsard \
Les eglogues de Ronsard laissent tin souvenir inoubliable a Francesco Algarotti. II les a lues recemment, ecrit-il a F. M. Zanotti, en 1732; elles lui ont cause un extreme plaisir. Charme virgilien, style noble, large, magnifique, images a la fois gracieuses et jolies, descriptions poetiques : que d’attraits off rent ces poemes qu’il faut qualifier de romains, de siciliens ou de grecs, car ils rappellent vraiment les maitres antiques 1 2.
Mais, a Bologne, c’est surtout comme « petrarquisant » que Ronsard retient l’attention. Petrarque avait ete bien oublie ou meconnu, au xvii® siecle, dans sa propre patrie. On etait revenu a lui depuis peu d’annees, lorsque l’Arcadie se fonda en i69o. Elle fit de lui un de ses dieux et elle reserva un traitement privilege a tous ceux qui, dans le passe, avaient ete ses plus eminents disciples. De la, en partie, tout au moins, la faveur dont les Amours de Ronsard jouissent a Bologne au debut du settecento.
Faisant un choix entre les plus beaux sonnets de Ronsard 3, Pierjacopo Martelli cite en entier le suivant dans le texte original :
Voici le bois que ma sainte Angelette...
II en rappelle un second et un troisieme :
Ce beau coral, ce marbre qui soupire...
Puis que cet oeil qui fidelement bailie...
1 Considerazioni del marchese Orsi, ed. de Modena, 1736, t. I, p. 694.
2 Opere inedite del conte Algarotti nuovamente raccolte per servire di supplemento all’ edizioni di Livorno e di Cremona. In Venezia, 1796, t. I, lettre du 21 juillet 1732.
3 Voir Ronsard, OEuvres, ed. Laumonier, t. I, pp. 180, 13, 75, 10, 11.