RONSARD POETE HUMANISTE
obscure pour ses compatriotes : c’est que l’ltalie possede un droit d’ainesse sur le domaine greco-latin; seule, elle sait l’apprecier et l’exploiter judicieusement \
Au groupe bolonais revenait ici une place d’elite : il fut le premier, apres Redi, a parler de Ronsard avec de grands egards, a rappeler aux Italiens, sinon a leur apprendre, l’existence de ce vrai poete. Mais 1’histoire de Ronsard, en Italie, au xvme siecle, ne se deroule pas tout entiere dans la savante Bologne. Nous trouverons ailleurs aussi des critiques jugeant Ronsard avec beaucoup de faveur. En le faisant, ils n’oublieront pas, eux non plus, les interets de l’ltalie 1 2.
1 Ces divergences entre Italiens et Frangais apparurent nettement au cours du conflit que les attaques des Frangais, en particulier celles de Boileau et du P. Bouhours provoquerent entre les deux pays. C’est a. Bologne qu’un des personnages nommes plus haut, le marquis Orsi, organisa une defense, dont les peripeties ont ete trcp bien racontees pour que nous ayons ici a les resumer- Les Considerazioni d'Orsi, publiees en 1703, provoquerent, en France et en Italie, des repliques ou des complements dont 1’ensemble se trouve reuni en deux gros volumes ( Considerazioni , ed. de Modena 1736, citee plus haut.) Neanmoins l’histoire de ce vieux ressentiment de l’ltalie n’est pas tout entiere contenue en ces milliers de pages. Mais, qu’011 les lise elles-memes ou qu’on y ajoute les autres ouvrages auxquels nous pensons, le nom de Ronsard revient, ici et la, plusieurs fois sous la plume de maints ecrivains. La plus recente et plus complete bistoire de ce conflit est precisement le volume de G. Toffanin cite dans la note precedente.
2 Sauf exception. Scipione Maffei ( Opuscoli letterari, Venezia, 1829, p. 136), se borne a declarer que Ronsard « fu pieno di spirito di poesia ». II cite ensuite un passage de la preface de la Franciade (Ronsard, CEuvres,
L’auteur d’un ouvrage tres connu, Storia e ragione d’ogni poesia, paru, en 7 t., de 1739 a 1752, Saverio Quadrio, declare textuellement : « Nous avons eu le plaisir de lire Ronsard \ » On s’en apergoit, a la precision qu’il deploie pour relever, dans tel et tel sonnet des Amours , ici des metaphores plebeiennes ou excessives, la des pensees basses ou frivoles* 1 2. S’il se permet cette critique minutieuse, c’est, dit-il, « pour empecher que l’autorite d’un si grand poete ne soit un mauvais exemple et une cause d’erreurs » . Cette precaution prise, il recommande Ronsard
t. VII, p. 87, « J’ay este d’opinion — Romains »). II s’autorise de ce passage pour recommander certaine fagon de manier les versi sciolti.
Dans les Baccanali de Girolamo Baruffaldi, t. Ill, p. 208, Bologna, 1758, est reproduce une epigramme latine d’E. Pasquier en l’honneur, nous rappelle-t-on, « del gran poeta Ronsardo ».
1 Della Storia e della ragione d’ogni poesia, t. I, p. 135.
2 Id., t. Ill pp 70-71. II se refere, nous dit-il, a l'ed. publiee a Paris, en 1578. Cf. comme d’habitude l’ed. Laumonier. II est choque, « pour leurs expressions basses et prosaiques », par les sonnets Celuy qui boit (VI, 228), Le vintieme d’Avril (I, 135), V bus ne le voulez pas (VI, 244), Je veux lire en trois jours (VI, 255), Telle qu’elle est (VIII, 332 et I, 103), L’liomme est vrayment (I, iox), Di I’un des deux, sans iant me deguiser (I, 60), L’an mil cinq cens avec quarante et six (I, 60), J’ay cent fois desire et cent encores d’estre (VIII, 330 et I, 178)
Tandis qu’il se borne a blamer les precedents sonnets, sans s’expliquer plus longuement, pour d’autres il est moins iaconique. Au sonnet Injuite Amour (I. 15), il reproche l’expression fusil de toute rage; au sonnet Jeune Herculin (II, 22) le vers Et qui naissant rompis la teste au vice; au sonnet Aurat apres ta mort [ Escoute , mon Aurat, la terre n’est pas digne ] (I, 140, VIII, 324), la prediction qu’apres sa mort, Daurat sera change en eigne, en abeille, etc. ; au sonnet Brave Aquilon [Fier Aquilon] (I> 99) VIII, 325), le souhait fait a l’Aquilon : Et ton gosicr horriblement venteux mugle tousiours dans les cavernes basses ; au sonnet del, Air et Vents (I, 2), l’idee d’interpeller tant et tant de choses simplement pour les charger de dire adieu a sa belle, ce qu’il n’a pu faire lui-meme