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LA POESIE D'AMOUR EN ARCADIE

et Cupidon, ils repetaient que les fumees du vin exaltent la verve et rechauffent l’imagination, ils demandaient a un rouge bord l’oubli des soucis \

3- — Les poetes italiens du xviii6 siecle rappellent encore plus le chef de la Pleiade par leur conception de l’amour.

Les plus anciens membres de l’Arcadie ne se complaisent pas aux peintures lascives ; tout au plus en est-il qui se permettent un regard furtif sur une belle poitrine, dont ils observent les teintes et qu’ils fegardent ondoyer selon le rythme de la respiration 1 2. Deja Paolo Rolli se montre un peu plus audacieux3. Mais le ton change surtout avec les Crudeli (1703-1745) et les Frugoni (1692-1768). Un frisson passe dans les vers ou Tommaso Crudeli raconte la troublante aventure qui lui arriva un jour ou il se livrait a la peche: il vit approcher une fort belle jeune fille; elle lui confia son manteau, se depouilla devant lui de ses vetements et s’attarda longtemps a nager sous ses yeux extasies 4.

Mais, au cours du settecento, personne peut-etre, en Italie, n’a mieux senti que Frugoni et plus volontiers exprime la

1 Voir A. Salza, La Lirica, pp. 104, 169 et suiv., 189 et suiv., 216 et suiv. ( Storia dei Generi letterarii.)

2 Voir, par exemple le sonnet de Tiberio Caraffa « A lo spuntar nel Ciel l’Alba novella », dans la Scelta di sonetti e canzoni de’ pin eccellenti Rimatori d’ogni secolo. Quarta edizione con nuova aggiunta. Parte III, che contiene i Rimatori viventi del 1709. In Venezia, 1709. Il y a des poetes un peu plus audacieux, par exemple Martello (C omentario e Canzoniere di Pier Jacopo Martello, In Roma, MDCCX, pp. 150 et 186), Zappi (Rime dell’ awocato G.-B. Felice Zappi e di Faustina Zappi. In Venezia, MDCCLVII, pp. 55-56).

3 De’ poetici componimenti del signor Paolo Rolli, librc II, In Nizza, 1782, ode VI, endecasillabo X.

4 Poesie del Dottor Tommaso Crudeli, ed. 2a, In Napoli, 1767, pp. 38et suiv., Anacreontica.

volupte d’aimer. Dans son excellente Storia della poesia Frugoniana publiee a Genes, en i920, M. Carlo Calcaterra l’a fort bien montre (p- 232 et suiv.) : cet abbe galant etait passe maitre dans l’art de decrire « les caresses suaves, les regards langoureux, les doux spasmes, les etreintes fremissantes, les soupirs ardents qui rendent le desir plus brulant » \ Avec ses yeux d^ satyre Frugoni couvait et deshabillait les bergeres d’Arcadie. dont il chantait ensuite le visage rose, le sein delicat, les jambes faites au tour, les cheveux parfumes et boucles 1 2 3. Loin d’elles il aimait a se les representer en leur nudite et il osait le dire \

Un tel homme ne pouvait que conseiller le devergondage. L’amour, d’apres lui, a le caprice pour toute loi ; l’homme que retient une seule femme est tout a la fois un miserable esclave et un odieux egoiste, car il meconnait le droit des autres beautes sur son hommage et sa flamme 4 * ; enfin, il vit hors de son temps, car la fidelite est une sainte qu’on ne chome plus.

Non v’e piu bel vanto Che la donna ingannar . . .

In amor piu a’ di presenti Fedelta non e di moda...

Infedelta non toglie Belta alle Pastorelle :

Delitto nelle Belle Non e il mancar di fe6.

Suivons notre instinct, repete Frugoni sous les formes les plus variees; surtout suivons-le tandis que la jeunesse nous fournit des occasions propices : carpe diem 6.

1 Frugoni, Opere, In Parma, 1779, t. VI, pp. 172, 183, 206

2 Id., II, p. 329; VI, pp. 131, 165, 191.

3 Id. Ill, p. 38; IV, 39; VI, pp. 189-191.

4 Id., VI, pp. 204, 209 ; IX, pp. 126-128.

6 Id., VI, p. 210; VIII, 471; VI, 259.

6 II., V, p- 298; VI, pp. 300, 423; VII, p. 29; VIII, p. 451 ; X, p. 175.

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