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CHAPITRE VI

Ronsard juge par la critique italienne AU XIXe SIECLE ET DE NOS JOURS

Le xviii6 siecle italien avait legue au xixe deux opinions assez differentes sur Ronsard. C’est, semble-t-il, la plus defavorable qui prevalut tout d'abord.

Dans une des leqons d’eloquence qu’il fit, avant 1808, a l’Universite de Pavie, ou il suppleait V. Monti, Luigi Cerretti prononga le verdict suivant 1 :

« A propos du mauvais gout, nous Italiens, nous encourumes les reproches des autres nations, en particulier ceux de la France oublieuse peut-etre que, bien avant nous, elle avait donne l’exemple du gout corrompu, avec ses Ronsard, ses du Bartas, ses Pontus de Thyard, ses du Bellay, qui formerent la nouvelle Pleiade poetique dans les cours ferocement voluptueuses de Charles IX et des deux Henris, comnie Lycophron et ses compagnons avaient forme la Pleiade grecque a la cour des Ptolemee 2. »

1 Luigi Cerretti, Delle vicende del buon gusto in Italia. Orazione recitata nella grand’ aula dell’ Universita di Pavia, il giorno 3 maggio 1805 ( Raccolta di opcrctte filosofiche scritte nel see. XVIII, t. II, p. 308).

2 Notons qu’en 1812, Leopardi, age de 14 ans, observait que les Franqais sont consideres comme les modeles du style epigrammatique. Il cite

En 1831, i'abbe Antonio Riccardi publia son Manuale d’ogni letteratura. Get ouvrage trop ambitieux est, il va sans dire, tres superficiel-b li n’en eut pas moins une autre edition. Riccardi fait une petite place a Ronsard entre Montaigne et Charron. En quelques lignes sans doute copiees sur quelque mechant livre frangais, il condamne le chef de la Pleiade: « Pierre Ronsard, si admire en son siecle et si meprise dans le notre, n’etait pas un genie; il avait du talent et de rimagination. Il composa des odes heroiques et s’appliqua a suivre Pindare ; mais son imitation ne consistait qu’en enflure et en affectation de nombreux hellenismes. Plein des Grecs et des Latins, il foula trop servilement leurs traces, et ne se conforma pas a la nature de la langue frangaise. Rien de plus ridicule que ses Idyllcs, rien de plus insipide que son poeme de la Fronciade. Au lieu d’un grand evenement national, cette epopee n’a pour sujet qu’une tradition imaginaire: les Francs descendraient des Troyens. Plus que la grossierete de la langue a peu pres inintelligible de nos jours, la durete d’un style metaphorique et ampoule a fait tomber dans l’oubli tous les vers de Ronsard. »

En France, un tel langage commengait a n’etre plus de mode. Mais I’abbe Riccardi ne connaissait sans doute pas le Tableau dc

notamment Ronsard « il primo che abbia osato scrivere un poema epico in lingua francese, e quegli che venne dichiarato poeta francese per eccellenza ». G. Leopardi, Pnerili e abbozsi, a cura di Al. Donati, Bari, 1924, P- 9 7-

1 Nous avons consulte l’edition de Prato, 1858, Manuale di ogni Letteratura, ovvero prospetto storico, critico, biografico di tutte le letterature antiche e moderne. Ad uso della gioventu studiosa. Dell- Ab. Antonio Riccardi, proposto d'Iseo. Continuato fino ai nostri* giorni.

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