M. LAUMONIER ET M. DE LOLLIS
Zanotti, Algarotti, quand ils saluaient en l’auteur des Amours un disciple, a coup sur, des maitres italiens, mais un disciple qu’il faut souvent admirer pour ses merites personnels. Algarotti, dont on a pu constater plus haut l’enthousiasme, se laissait-il emporter trop loin? M. J. Vianey ne le penserait peut-etre pas, lui qui, observant avec quelle maitrise Ronsard excelle parfois a tourner et retourner une seule idee antithetique sous toutes ses faces, ecrit : « Bembo est ici egale, s’il n’est pas surpasse \ » Ces conclusions nouvelles on les doit plus qu’a personne a un Franqais, M. Vianey. Elies ont ete enregistrees, sans oppositions graves, en Italie. ou elles semblent admises coniine exprimant une verite desormais incontestable 1 2.
Au contraire, certaines idees d’un autre de nos compatriotes, M. Laumonier, ont provoque les reserves de M. Cesare de Lollis dans la revue La Cultura 3.
1 J. Vianey, Le P etrarquisrne en France, p. 152.
1 Autant du moins que nous en pouvons juger d’apres les rares comptes rendus que nous connaissons du livre de M. J. Vianey sur le P etrarquisrne ■en France. Voir Giornalc storico della Icttcratura italiana, t. LV, p. 408 le compte rendu de M. Toldo.
Voir l'opinion d’Arualdo della Torre dans Rasscgna bibliografica della Icttcratura italiana, t. XVIII, pp. 162-3. A la n. 1 de la p. 163, il ecrit : « Mi perdoni il Vianey, ina non consento nemmen qui, col suo giudizio circa un sonetto in cui e la terzina. Jc vous supply, del, air, vents, monts et plaines..., « chef-d'oeuvre — egli dice esso — par ce que, tout compose qu'il soit d'une enumeration de mots, il a la beaute du mouvement » (p. 152). Che direbbe allora il V. del sonetto. Non Tesin, Po, Varo... del Petrarca ? » E11 revanche A. della Torre approuve J. Vianey notamment pour son chap, sur la preciosite.
3 Cinqucccnto francese. Cette etude d’abord publiee dans la Cultura de 1911, a ete ensuite reimprimee dans, les Saggi di Lettcratura francese de M. de Lollis, Bari, Laterza, 1920. C’est a ce volume que nous renverrons.
On ne I’a pas oublie, la pensee intime de plus d’un admirateur italien de Ronsard, au xvme siecle, etait la suivante: « Vous autres Frangais, vous etes trop Frangais. De la votre hostilite centre un poete qui s’exprima en votre langue, mais dont la pensee fut souvent italienne. Ronsard est victime de votre inaptitude a comprendre l’ltalie et de votre prejuge tenace contre toute oeuvre non conforme a votre ideal strictement national. » De nos jours, les Frangais ont rehabilite Ronsard. Bien mieux, ils rendent, ou peu s’en faut, un culte a sa memoire. Or, voici qu’un d’entre eux, precisement un professeur qui consacre sa vie a etudier Ronsard, s’entend dire, par un collegue italien : « Vous etes trop Frangais. »
Certes M. de Lollis manifeste une juste et profonde estime a l’auteur de Ronsard, poete lyrique, « ioeuvre si admirablement bien nourrie qu’on peut presque la considerer comme une encyclopedic relative a la Pleiade » \ Mais M. Laumonier ne lui semble payer leur du ni a l’ltalie ni a Ronsard lui-meme.
i°) — II regrette d observer, dit-il, chez M. Laumonier une tendance a penser que tout ce qui est conforme a Petrarque et aux Petrarquisants, dans l’oeuvre de Ronsard, constitue un titre d’honneur non pour ces Italiens, mais pour des auteurs provengaux et frangais, car eux-memes influerent sur Petrarque. Par exemple, M. Laumonier ecrit de Ronsard: « Sa maniere de sentir la nature est, sans doute, celle que les Italiens avaient mise a la mode, mais e’est aussi la sienne propre, et elle est bien frangaise, puisqu’on la trouve en germes dans les poesies pastorales et lyriques de notre Moyen Age. » « Je crois, repond M. de Lollis, je crois, comme M. Jeanroy, a l’origine courtoise de la pastourelle. Quant aux oeuvres lyriques, je prefere me rapporter a une
1 Saggi di left, francesc, p. 23.