‹ RonsardChapitre 10 sur 15 · G RONS.MU · texte numérisé non relu

G RONS.MU

csl proche de lui pai' sa naissance, son savoii'. son i-ang à la cour. Ils se voient eonslaininenl, vivent dans le même monde, assistent aux mêmes fêles, s'intéressent aux mêmes incidents, a3'anl même aversion pour ces moqueurs, ces médisants, exécrés de Ronsard et (pii jouaieni grand rôle dans une cour hrillaiile et dépravée. I^a vraie vie e! les vrais sentiments du poète et de la jeune lillc sont exactement reflétés dans les sonnets, tout pénétrés d'un charme spécial, nouveau (huis Tanivre de Ronsard et même dans la litléralure ilu temps, le charme de l'intimité. (]es poèmes sont du style le plus simple et le plus direct, aussi éloigné de l'enflure que de la vulgarité, de Ion hien plus respectueux que les autres, et déjiouillés. ou peu s'en faut, de ces gaillardises et de ces mythologies, indispensable piment ou ornement naguère. Le poète eût sans doute jugé blessant de n'en pas mettre du tout.

La part de vérité élait grande dans les sonnets antérieurs, unique tnême à celte é])oque; mais ici elle remplit Umle IcKuvi'e. On y voit Hélène et I^vonsard se rencontrer au Louvre tout au haut du- ([uel logeait la jeune fille; le pauvre poète arrive fort essoufflé :

Tu loj^os an simiiiK'l ilii |>al;iis do nos rois, Olynipo ii'avail j)as la ciiiii' si haulaino... J'ai la suoiir an fi'onl.

Ils mènent la vie de cour, voni au bal, llclènc! porle le masr[ue. ligui'c dans des ballets. cro(]iiés par Ronsard sur ses tablettes poéli(|ues avec son exaclilude d'observateur incomparable :

soin iJK VIE. 147

Lo biillet fui divin qui se soulnit roprendr.', Se rompre, se refaire, et tour dessus retour. Se mêler, s'écarter, se tourner à l'entour, Contr'imilanl le cours du fleuve de Méandre.

Puis ce sont des bouffées d'air du dehors quand ils s'accoudent à la fenêtre, regardant Montmartre du haut du Louvre, ou quand ils sortent ensemble dans le coche d'Hélène, ou à pied et « raisonnent » en se promenant dans le jardin des Tuileries, témoin de leurs premiers aveux de tendresse :

Vous me dites, maîtresse, étant à la fenêtre. Regardant vers Montmartre et les champs d'alentour, La solitaire vie et le désert séjour Valent mieux que la cour; je voudrais bien y être.

Elle se livrerait à la dévotion et défierait les traits de l'Amour. Mais, répond Ronsard en très beaux vers, vous avez tort de croire

Qu'un feu ne soit pas feu j)our se couvi'ir de cendre. Sur les cloîtres sacrés la flamme on voit passer. Amour dans les déserts comme aux villes s'engendre. Contre un dieu si puissant qui les dieux peut forcer, Jeûnes ni oraisons ne se jx'uvent défendre.

Ils échangent de petits cadeaux: d'Hélène à Ronsard, une couronne de myrte et de laurier. Hs ont de menues querelles, moues, bouderies, fâcheries. Des envois de fleurs sont notés en sonnets, une lettre en retard, la tristesse de trois jours sans se voir. Hélène dresse sur sa table un petit autel d'Amour, et ils se jurent une foi éternelle.

Le poète se plaît à peindre son amie douce et souriante dans leurs causeries, digne et réservée dans les salles d'apparat :

148 noNSAiU).

Seiilo. sans compagnie, dans une grande salle, Tu logeais Taiitre jour, [l'.eine de majesté.

Puis ce sont des madrigaux aussi pimpants, modulés d'une voix aussi chantante, révélant des senliments aussi tendres qu'au temps des jeunes années et, ce qui en fait le rare mérite à cette époque d'italianisme grandissant (sonnets de Desporles, 157.'}), presque loujours sans trace de préciosilé. Veut-elle mettre fin à (^et excès de soins <|ui. jx'ulètre, parfois l'importune? Otez. alors.

Otez votre beauté, ùlez votre jeunesse, Otez ces rares dons que vous tenez des cit'ux, Otez ce docte esprit, ôtez-moi ces beaux yeux, (lot aller, ce parler dignes d'une déesse...

Puis le ton s'élevait; la pensive jeune fille et le pensif poète songeaient au mystère de la fragile vie humaine, aux tristes apjiroches du soir et thésaurisaient des souvenir.*; : « Quand vous serez bien vieille »...

L'amour, sans doute, ressemble beaucoup à lamour et la tendresse à la tendresse; dans la série des sonnets pour Ih'lènc le fond constant du thème élernel reparaît, rénove'' toutefois par la pi*oporlion inaccoutumée de vcrilé vraie, d'incidents réels, de détails caractéristiques notés, « à la volée », par le poète. 11 faut comparer pour s'en rendre coinple, et l'on remarquera combien l'on voit mieux les aimées de lionsard, el celle-ci surloul, que celles de beaucoup d'autres poêles, modernes même. Lobjet des admirables vers de Sully Prudhomme fui une femme réelle, mais elle demeure à nos yeux cpiasi impersonnelle;, c'est l'aimée en général.

soin Dr. vu:. 149

Un jour vint donl le soir fut le soir des adieux. Dans les poèmes que public Honsard au ienips d'Henri III. les adieux se multiplient, nombreux à partir de Tédition de ses (l^uvres de 1578, adieux à toutes ces joies de la vie dont il avait goûté et dont, reconnaissant, il rendait grâces à la destinée :

J ai vécu, Yilleroy, si bien quo nulle envie, En partant je ne porte aux plaisirs de la vie. Je les ai tous goûtés et me les suis permis Autant que la raison me les rendait amis, Sur récliafaud mondain jouant mon personnage, D'un habit convenable au temps et à mon âge. J'ai vu lever le jour, j'ai vu lever le soir... J'ai couru mon flambeau.

Sur la route les ombres grandissaient ; un à un les compagnons des anciennes luttes, La Féruse, du Bellay, Jodelle, des Autels, avaient disparu ; Belleau, Tun des plus aimés, venait d'être porté en terre, écrit Golletet, « sur les pieuses épaules de ses doctes et illustres amis », Ronsard, Baïf, Desportes, Jamyn, « chose fort extraordinaire et fort remarquable » (1577). Avant que vint l'heure grise du crépuscule sans lendemain, arrivé « aux faubourgs de vieillesse », il faut prendre congé du monde, et surtout de ce dieu, « le dieu de joie et de pleurs », comme l'appelait des Periers. Maintenant cest fini, et Ronsard consacre à une « Magie ou délivrance d'Amour )) une ode donl le rythme même, comme Tidée enchâssée dans chaque strophe, donne une impression dévanescence, de déliement, de libération :

Vents qui soufflez par celte plaine, Et vous Seine qui promenez Vos flots par ces champs, emmenez En l'Océan noyer ma peine...

130 liONSAIiD.

Laisse dans ce genièvre preiulrc Un feu s'enfiiinant peu à peu :

Amour! je ne veux plus de feu.

Je ne veux plus que de lu cendre...

Viens donc, ouvre cette cage.

Et laisse vivre en liberté (]es pauvres oiseaux arrêtés, Ainsi que j étais, en servage.

Passereaux, volez à plaisir, Do ma cage je vous délivre, (lommc désormais je veux vivre Au gré de mon premier désir.

Yole, iTia douce tourterelle, Le vrai symbole do l'amour:

Je ne veux plus, ni nuit ni jour, Entendre ta plainte fidèle...

Adieu, .\mour...

Adieu, poésie amoureuse, fêtes, plaisirs mondains (et il se sert là du vers « saphiquc » de onze syllabes) :

Donc, sonnets, adieu ! adieu douces chansons ! Adieu danse! adieu de la lyre les sons! Adieu, traits d'Amour! Volez en autre part

Qu'au cœur de Ronsard.

Je veux être à moi, non plus servir autrui.

Il faut renoncer aux « ardents baisers » d'autrefois, à « ces mots délicieux... ma vie... ma chère àme », écarter la pensée des trois aimées (jui avaient rempli le tiusilleur de sa vie :

Cassandre me ravit, Mario me tint pris: Jà grison à la cour, d'une autre je m épris. Si elles m'onl aimé, je les ai bien aimées.

Ija terre natale Faltire de plus en plus, avec ses arbres, ses c taillis, verle maison des cerfs », ses oiseaux, el sa solitude et son silence, préliminaires de la solitude el du silence qui tie ilniroiil jamais :

SOIR DK vu:. loi

J"ai fui les pas pressés du méL-hant populaire. Et les villes où sont les peuples amassés; Les rochers, les forêts déjà savent assez Quelle trempe a ma vie étrange et solitaire.

Dans ses longs séjours à Montoire. Croixval ou Saint-Côme, il se repliait sur lui-même, l'éflcchissait, relisait les philosophes et les dramaturges grecs, Aristote, Platon, Euripide, ses « bons hôtes muets », observait les plantes, les fleurs, les étoiles maîtresses de nos destinées, ronlidentes de Dieu.

De plus en plus respecté dans le i»ays, « bonneté », de tous, il était sollicité par la ville de Tours de l'aider à solenniser, en 157(5, la venue du frère du roi, et prié par ses compatriotes, comme Shakespeare à Stralford, et Cassandre à \'endôme, d'être le parrain de leurs enfants. Les registres baptismaux le qualifiaient magnifiquement d'« Aumônier du roi notre sire et son premier poêle en ce royaume » (Montoire, 1583).

Aussi touché que jamais de la misère des humbles, il composait pour eux, un hymne lilanique à saint Biaise supplié de les protéger contre tant de maux qui les menacent, peste, saison contraire, loups, renards, sorciers, procès, et surtout guerre. Il traçait, dans le style des Syracusaines de Théocrite, mais d'après nature, le tableau d'un pèlerinage paysan à une de ces chapelles de Saint-Roch dont tant de nos villages sont encore munis. Dans une pièce fameuse, l'une des j^lus belles qu'il écrivit et qui est de ses dernières années, il protestait contre le désastre de sa chère Gàtine, en vers dont l'harmonie rappelle la poésie de Lamartine et la prose

152 nONSAHD.

(le (]liale;uil)iiand, vers pénétrés de tendresse pour les arbres séculaires, ces amis qui vont mourir :

Tii deviendras campagne et en lieu de les bois, Dont Fombrage incertain lentement se remue...

Kt à travers une succession de périodes évocatrices des solitudes ombreuses asile des nymphes, ou descriptives des jeux de lumière et d'ombre de la ("latine réelle qui « perdra son silence », la plainte grandissante, partie d'une aposlroj)he isolée contre le lueur de forêts, monte de Ion et finit dans le retentissement universel du mémorable vers où s'enchâsse une pensée antique :

La matière demeure et la forme se j)erd.

Le roi d'alors n'éprouvait pas linclinalion cjuavait eue son frère pour Ronsard qui ne chercha guère à se le ramener. Aux éloges d'obligation et aux complaisances attendues d'un poêle royal il mêla, au contraire, une dose plus forte qu'avant de rudes leçons, el cela dès le début, avant même d'avoir revu Henri III rentrant de Pologne. Sur ce (|u"il fallait au pays, Ronsard avait des idées arrêtées. D'autres poètes en avaient aussi, mais ils les exprimaient mollement, lui avec vigueur. Il fallait redresser, soulager, pardonner, non pas tuer :

Non d'un bras violent corriger le défaut,

Mais par simple douceur, douceur f|ui soil sévère,

une sévérité qui ramènerait lordrcî, et une bonté (jiii ramènerait les c(rurs. Le ])ays sera ce (jue le roi sera lui-même; à lui de choisir :

SOIR UE VIE. l'o3

Vous t'ios la lumière assise au front du temple; Si elle reliiil bien, votre sceptre luira; Si elle reluit mal, le sceptre périra —

ce qui était annoncer, dès 1574. la calastrophe de 1589. Point n'est besoin du reste de lonj;s sermons; vous ne pourrez pas ne pas entendre :

La complainte du peuple et vos pro|)rcs alTairos Vous prèclioronl assez.

Pour lui. poète, il a conGance ([ue le roi ])reiidra en bonne part les avis d'un ami de son trône, car, dil-il, et c'est encore un vers cornélien,

L'iionneur aime Tlionneur, la vertu la vertu.

A diverses reprises Ronsard s'exprima ainsi, montrant parfois à ce roi, w de même ])eau que nous », ce qu'il devrait être, en faisant semblant de louer, dans des vers de fête, ce qu'il était. 11 parlait du même ton aux ministres royaux, au Grand Chancelier Hurault de Cheverny, par exemple : que ce tout-puissant personnage diminue les impôts, obéisse à sa conscience et à l'iionneur plutôt qu";i un « mandement du roi » — avis audacieux (jue le poète osa non seulement donner mais tout aussitôt publier. Il vaut mieux perdre la faveur du prince qu'être " sifflé » du peuple. Que le Chancelier soit bon aux humbles, non morose (conseil fréquent), jamais dédaigneux :

Je n'aime pointées dieux qui font trop g;rands leurs temples;

et Ton peut imaginer par là ce qu'il pensait de la nouvelle étiquette quasi idolàtrique inventée par

15 îr UOXS.VRO.

Henri 111. Ce nest rien (jue trédicter des lois; la juslice consiste.

Non pas à faire pendre ou rompre sur la roue, Jeter un corps au feu dont la flamme se joue, A faire une ordonnance, à forger un édit Qui souvent est du peuple en grondant contredit; C'est la moindre partie où prétend la justice : La justice, crois-moi, c'est d'amender le vice.

Nul conseil ne fut entendu par le roi; il en prenait le contre-pied. 11 faut, lui avait dit lionsard en son langage pércraptoire, « adoucir les tailles », ce qui était plus net (pie le « terrasse Taveugle aYari<e » des poètes courtisans ordinaires, tel Baïf; il faut pacifier le pa3's, « ne jamais maçonner », éviter les dettes, « être sobre en habits », n'avoir « ni flatteurs ni menteurs à sa table », s'entourer dhommes sages. Henri ne voulut ni voir ni comprendre, et le résultat dernier fut qu'il tint en défaveur la personne de l'onsard dont cependant il aimait la poésie et eut pour son « bien-aimé et familier poète », Desportes dont la souple personne lui plaisait, mais non les vers. « Je suis las », déclarait Henri, au témoignage de d'Aubigné, « de tant de vers qui ne disent rien en belles et beaucoup de paroles; ils sont si coulants que le goût en est aussitôt écoulé... J aime bien ces vins qui ont corps ». Bon juge en cela seul, il allait entouré de ses jeunes favoris, les célèbres mignons, « frisés et fraisés », dit Ti'^stoile, « diaprés et pulvérisés de poudres violettes »; avec cela des manières « badines et hautaines » et, il faut le reconnaître, une bravoure à toute épreuve, mourant tous de mort

soni DE vu:. 155

violente, Quélus et Maugiron en duel, Joyeuse ei Gramraont en guerre, Saint-Mégrin assassiné. Le peuple ployait sous le poids d'impôts sans cesse accrus afin de pourvoir aux « dons immenses et libéralités que leur faisait le roi », et celui-ci se mettait la conscience en paix par des pénitences publiques, des pèlerinages à pied qui achevaient de le déconsidérer, des visites aux églises pour gagner des pardons, « tenant en sa main, de grosses patenôtres et les allait disant et marmonnant par les rues ». Avant sa mort, Ronsard avait reconnu que rien ne pouvait être espéré d'un tel prince, heureusement sans enfant, dont le dernier frère venait par bonheur de mourir, si bien que la couronne revenait au chef de cette famille de Bourbon-Vendôme, suzeraine des seigneurs de la Poissonnière. Cet héi'itier de fait des Valois proches de leur fin est, disait le poète,

haut de courage, Prompt et actif, il est caut, il est sage... Or, s'il advient, cette saison dorée.

Qui fut jadis par le monde honorée, Refleurira; tous vices périront; Sans coup férir les erreurs s'en iront... Je l'ai connu dès sa première enfance, Comme ayant pris mon être et ma naissance Dans le pays qui fléchit à sa loi ; Rien n'est meilleur, rien plus doux que ce roi. Rien plus humain, rien n'est de plus affable.

Le meilleur de ces prédictions allait se réaliser sous le règne, que ne verrait pas Ronsard, du jeune prince qui serait Henri I\'.

Dans ses séjours à Paris, de plus en plus espacés, Ronsard figurait parfois aux réunions de TAca-

156 ItONSAKD.

demie « du Palais » ([ui avait remplacé celle de Baïf, se réunissait au Louvre en présence du roi et dont les membres étaient nommés par lui. C'étaient, avec Ronsard cl Ijaïf même, Fibrac, du Perron, Desporles, .lamyn, le vieux Ponlus de Tyard, le protestant d'Aul)iwné, divers seigneurs, quelques daines « qui avaient étudié ». Le roi. à Fesjjril de (jiii (rAnl)ig-né rend un hommage non suspect, proposait des thèmes de philosophie morale à discuter, et, comme dans les académies italiennes, on se partageait les rôles, plusieurs parlant dans chaque sens. Deux discours de Ronsard, d'autres par Desportes, Jamyn, Pibrac, du Perron, elc, nous sont parvenus, (^eux de Ronsard ont pour sujet : « Quelles verlus sont plus excellentes, les morales ou les inlellectucllos » et « ]^e Tluivie et des mœurs contraires à icclle ». Dans leur styh; singulièrement « académique » déjà, avec les excuses attendues sur riiisnlTisancc de l'orateur, dont « le principal métier a toujours été la poésie » (Lamartine s'excusera de même à ses débuts comme prosateur), ils sont remarquables par le Ion de fermeté hautaine (juc gai'de dans la prose le Prince des poètes. On y voit l'auteur d(> tant d'œuvrcs intellectuelles, mais aussi du Discours des Misères, se prononcer en termes énergiques |)Our la supériorité des verlus morales et demeur(n\ d'ailleurs, seul de son opinion : « Voyezvous pas nos laboureurs qui n'ont jamais appris que l'art de la charrue? Toutefois ils vivent en gens de bien et d"honneur... Que serl la contemplation sans laclion? De rien, non plus ([u'une épée qui est toujours dans un fourreau ou un couteau qui ne peut

SOIR DK vu:. 157

couper ». Le rôle de musicien de rarniée ne lui convenait décidément pas.

De plus en plus lié avec Galland, c'est au collège de Boncourt, à côté de Saint-Etienne du Mont, qu'il descendait maintenanfà ses voyages de Paris donl l'un des derniers fut causé par la publication de ses œuvres formant l'énorme et magnifique in-folio sur deux colonnes de 1584. C'est le dernier texte qu'il revit, y introduisant foule de corrections heureuses, d'autres pour nous inexplicables, et rejetant quantité de pièces par des motifs tantôt évidents, tantôt incompréhensibles. Ce fut aussi, croit-on, la seule édition pour laquelle il obtint, ou du moins réclama, un paiement du libraire, « soixante bons écus pour avoir du bois pour s'aller chauffer cet hiver avec son ami Gallandius », écrivait-il à Galland lui-même, chargé de la négociation. Les jardins du collège devenaient, dans ces occasions, selon la Laudatio funebris de Velliard, de vrais jardins d'Académus. Les écoliers suivaient les pas de l'illustre poêle dans les allées ; il prenait ses repas en commun avec eux, les appelait « mes enfants » et se plaisait à leur donner des conseils moraux ou littéraires, reçus par eux « comme des oracles ». Des étrangers venaient le voir de très loin, parfois aussi des fâcheux que Galland éconduisait, fussent-ils de la plus haute noblesse, « viros apprime nobiles ». « Lorsqu'il composait, a écnt Binet, il ne voulait être importuné de personne, se faisant excuser librement, même à ses plus grands amis s'il ne parlait à eux ».

En février 1585 Ronsard visita Galland une dernièi'e fois, mais si malade qu'il ne put quitter le lit.

Ib8 IIONSARI).

In(;ip;il)l(' de iiionler à cheval, il lit lairc iiii ce coche » pour retourner à Croixval, où il revint en juin, ei à parlir de ce moment ce fut une longue agonie, douloureuse cl sans sommeil.

Je no crains poinl la niorl, mon c<jcn!' n"<\st poinl si làclio,

avait-il écrit. Il leùl toutefois souhaiice prompte :

Je le saine, heureuse et profitable mort ', Des extrêmes douleurs médecin et confort! Quand mon heure viendra. Déesse, je te prie, Ne me laisse longtemps languir on maladie. Tourmenté dans un lit.

Ce vœu ne fut pas exaucé. Il languit six mois, se faisant transporter tantôt dans Fun, tantôt dans l'autre de ses prieurés, à la manière des malades qui espèrent toujours ([ue le mieux est ailleurs, souffrant tellement en toutes ses jointures que lorsqu'il se rendit, pour la dernière fois, de Croixval à Saint-Côme, comme les tempêtes de décembre rendaient impossible le départ au moment fixé, il resta trois jours et trois nuits tout habillé pour éviter la torture de se vèlir de nouveau. La Muse qui avait veillé sur son berceau veillait encore à son chevet. Poète jusqu'à la fin, il composait la nuit ses derniers vers, aussi éncrgicpies en leur tristesse résignée que ceux de jadis en leur « ardeur et allégresse », se i'egardant mourii", notant ses impressions variables avec son exactitude coulumière, suppliant la mort de hàler son a-uvrc, le pavot de <lore ses yeux et d'endormir sa peine — » endors mes pauvres yeux » — décrivant, avec son réalisme habituel, son corps

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