CHAPITRE II
l'vicn qu'une rupture ne ])Ouvait satisfaire cette ardente jeunesse. Beaucoup des idées qui. mal ordonnées, l)Ouillonnaient dans les cervelles à Coqucret, étaient déjà dans Tair et même aussi dans les livres, il fallait bien le reconnaître; on s'y résignait, mais sans plaisir, presque avec indignation. I^a plupart de ces précurseurs étaient trop placides, ils pactisaient avec les tard-venus du moyen âge, de graduelles transformations leur suffisaient, en eux n'était pas le vrai esprit du siècle, hautain, fougueux, intransigeant, massacreur, comme les guerres civiles allaient le montrer. Malheur aux rénovateurs timides, sans haine pour le passé, malheur aux lièdes! Et qu'est-ce que ce passé aux ondes basses dont le clapotis monotone bat, depuis si longtem|)S, le pied de la montagne des Muses? Meschinot, Molinet, Crétin, lîouchet sont encore lus et admirés, piètres gens pour qui poésie et rhétorique se confondent et qui, comme Jean Bouchel, consacrent, sans manquer, une heure par jour à « dame lîlK'Ioricpie », c"esl-à-
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dire que, sans manquer, pendant une heure, bien à l'abri des caprices de Tinspiration, ils font des vers.
Rhétorique : art de bien dire. Pour eux, bien dire c'est dire autrement que le vulgaire; plus on sera ingénieux et compliqué, plus on sera loin du vulgaire et mieux on aura dit. Les sons et les mots avant tout, la pensée ensuite; leur art de bien dix^e devient ainsi, la plupart du temps, un art de ne rien dire. Ils s'ingénient, ils se surpassent les uns les autres; plus les agencements de strophes, de sons et de rimes sont bizarres, plus ces « rhétoriqueurs » se pavanent. Toujours prêts, sans nul besoin que les dieux s'en mêlent, ils se délectent aux virelais et chants royaux, lais simples et renforcés, ballades balladantes qu'il ne faut pas confondre avec les oi-dinaires ni avec les fratrisées. Leurs rimes favorites sont couronnées, enchaînées, batclées, emperières, rétrogrades, équivoquées. Le lilrc d'un livre d'Octavien de Saint-Gclais signale, comme atti'ait, qu'il s'y rencontre « de toutes les tailles de rimes que l'on pourrait trouver », et on y admirera, en effet, des poèmes « en virelai unisonnanl, redoublé, rétrograde à tous sens », ou « en ballade unisonnante, bordonnée par équivoques mâles », et une infinité d'autres merveilles. Ces poètes composent des vers qui riment d'un bout à l'autre, des strophes dont tous les mots commencent par la même lettre; Meschinot écrit un poème qui peut se lire en « ix'ente-deux manières différentes et plus », et M. Hamon a montré qu'il pouvait en réalité se lire en deux cent cinquaute-([uatre manières. Molinet
3 2 UONSAUD.
compose des strophes où les assonances se résoivent en longues suites de calembours :
Tue lu as nioii cœur dolente lente, llégenle gcnte en lu présente sente, Nalente atenle or nay en ta morsure, Par ta mort sure ardure dure dui'o.
Qu"esl-ce que cola sionllie? Rien; et rien, comme Ton sait bien, « veut dire rien ou peu de chose ». Ainsi comprise, la poésie devicnl un travail d'échoppe, une œuvre de tourneur d'ivoire ou découpeur de papier. Ces rimeurs se complaisent, encore iiiainlonant, aux songes et allégories, louent le bien, blâment le mal, ponctuellement, portent aux nues leurs patrons et les nouveau-nés de leurs patrons et voient en noir tous les changements, lis ont pour idéal social ce qui platt à leurs maîtres, et ceu.x-ci étant les maîtres, souhaitent qu'on reste comme on est. A peine trouvera-t-on chez eux un beau vers sur dix mille; on le trouvera cependant, chez Jean Bouchet, par exemple, qui fait dire à rombre de Louis de La Trémouille tué à Pavie :
Grand harangueur ne lus; j"ai mieux i'ail ([ne n'ai ilit.
Sans doute il y avait mieux, beaucoup mieux même, dès ce temps, et sans parler de Tadiiiirable développement de la prose, précédant comme presque toujours chez nous répanouissement poétique (Rabelais avant Ronsard, (Chateaubriand avant Hugo), quantité de fleurs, un [)eu courtes certes, mais gracieuses et parfumées émaillaient déjà, tout à côté du jardin artificiel des rhéloiiciucurs, les ixjverdissantes i)rairies françaises, l^a littérature
LE POÈTE DE loriO. 33
nationale comptait, dans la première moitié du siècle, cet extraordinaire Jean Lemaire, de Belges (autrement dit Bavay, Nord), prosateur, poète et artiste, admirateur de l'admirable Michel Colombe, et à qui nous devons la délicieuse élégie de VAinant i'crt, le pauvre perroquet de Marguerite d'Autriche, tué par un chien : aimante et triste, sa petite ombre descend au Tartare des animaux où souffrent le serpent d'Eurydice et les chevaux dHippolyte, et est admise aux Champs Elysées des bêtes où le bœuf et Tàne de la Crèche vivent d'une vie iminorlelle près des oies du Capitule, du porc-épic de Louis Xil et de riicrmiiie d'Anne de Bretagne. Surtout nous avions ce charmant Marot si agile d'csjirit, si vif, si franc et spii'ituel, si français, violent à qui le violente, tendre et affectueux à qui Taime, un peu rhétoriqueur, à vrai dire, et sans haine suffisante pour les allitéi'ations et les assonauces de ce qu'il appelle les « vers fleuris » —
Triste, transi, lout terni, tout tremblant, Sombre, songeant, sans sûre soutenance —
et de si faible érudition quil lui est lout naturel de n'imiter personne, « marolique » donc avant lout, c'est-à-dire sincère, narquois, grivois, bon enfant, exact observateur de ce que l'œil perçoit et le cœur éprouve et devant, par suite, à son cœur seul ses rares moments d'élévation, comme à la mort de Samblançay ou à l'idée de la patrie ;
Et aura France encore des Holand.
Marot faisait, au tem[)S que llonsard étudiait, les
34 nONSARI).
(lélii'cs de lous; Saiiil-Gelais, ceux de la cour. Poète de cour, galant et lubrique, coulant et superficiel, le descendant de ^[('-lusine était très lu sans rien inipriuier; il eùl pu dire comme Heredia plus tard à lîuloz, mais c'est leur seule ressemblance : (( Ecrire, monsieur, ncst pas mon métier, c'est une de mes élégances ». Ancien élève de Padoue. il était, à la différence de Marol. familier avec les classiques et les Italiens, ce qui le rap])rochait de Goqueret. Plus près encore en élarcnl les platoniciens lléroet avec sa Parfaite Amie. 1542, alerte et ferme de pensée et de st>'lc ; Scève avec son obscure mais noble Délie, 1544. tous deux du groupe lyonnais, et qui n'eussent voulu aimer sans philosopher, ni rimer sans penser: surtout Peletier, ami et conseiller de la jeune Brigade, dont il énonçait déjà les idées principales dans la pn'-face de son Art Poétique clHoraee, 1544, traducteur d'œuvres d'Homère, Virgile, Pétrarque, dont la devise était comme un défi à la verlieusc école finissante : « ]\Ioins et meilleur », et qui imprimait pour la pri'mière fois ce nom dont le siècle allait retentir : Tc/w li/rif/ucM... Au .^rii^neur Pierre tir Jîonsard , l iin'itant aux eliainp-s^ 1547. Dans son volume liguraienl, en outre, les prcniicrs vers de Ronsard même et les premiers de du l>(llay.
J.,es rhétoriqueurs, les marotiques, Marol luimême ne peuvent ignorer ipiuii grand renouveau se prépare. Jean Jjouclict sollicite l'indulgence des jeunes pour son « vieil ai't ». Marol se rend compte de son incapacité à gagner les sommets : ses inventions sont « ti'op basses », et l'esl pourquoi, écrit-il au roi François 1"', u les laissant reposer, jetai l'œil
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sur les livres latins dont la gravité des sentences et le plaisir de la lecture, si peu que j y comprisse, m'ont épris mes esprits ». Mêmes impressions, plus marquées encore, dans l'Art Poétique français de Sibilet, paru en 1548, qui loue nos poêles du passé, mais marque qu'ils appartiennent au passé, l'cnd hommage à la Grèce, Home, Fltalie, mais pronostique en même temps les gloires françaises, recommande aux lettrés de viser au plus haut, « au grand œuvre, comme sont en Homère l'Iliade, en Virgile V Enéide », et leur assigne l'idéal le plus noble : « La vertu et les arts sourdent d'une même source, c'est-à-dire de ce profond abîme céleste où est la divinité ».
Tout allait être dit. Dolcl n'avait-ii pas déclaré, dès 1540, ne connaître meilleur moyen d' *■ illustrer » son pays « que de célébrer sa langue comme ont fait Grecs et Romains la leur »? idée que Feletier d'abord' et Sibilet ensuite lui avaient empruntée. Du Bellay ne put se contraindre, et avec la hàle des poètes destinés aux fins précoces, résumant ses pensées, ses lectures, les discussions des jeunes adeptes du renouveau, copiant les uns, traduisant les autres-, se répétant, se contredisant, blâmant
1. Peletier proteste contre ce « mépris et contemnement de notre langue native » Les Romains ont appris le grec, mais pour s'aider à « illustrer e[ enrichir leur domaine héréditaire » ; faisons comme eux, et comme ont fait pour l'italien, Pétrarque, Boccace, et ces « souverains poètes », Dante et Sannazar. Préface de VArt Poclique d'Horace, 1.544.
2. En particulier et à un degré extraordinaire, l'Italien Speroni : la remarquable découverte de ces emprunts, connus au xvi° siècle mais oubliés depuis, est due à M. Villcy. Pour la Défense, consulter l'éd. critique de H. Chamard, l'J04.
36 UONSARD.
autrui, s expliquant mal. mais d'une voix sonore dont les vibrations portaient loin, il publiait en hâte, vers Pâques 1349, son mince volume de quarantehuit feuillets, la Défense et Illustration de la Langue franeaise, auquel, par un poème liminaire en grec, Dorât avait donné restampille de Coqueret.
Le petit écrit de ce jeune inconnu eut un retentissement immense, plus encore à cause du ton et de rinspiralion qu Cn raison des enseignements et des d o c I r i 1 1 e a^Le Jxm-£s-lr-4HtluLd,iL commjtndem^,t ; Téloquence est entraînante, c'est Tinterprète du dieu qui rend des oracles, et si les préceptes sont obscurs ou contradictoires, ils n'en ressemblent (]ue plus à des oracles. 1/inspiration, c'est l'amour de la patrie, et cet amour a rarement mieux pénétré aucun écrit littéraire. A cette entreprise, dit du Bellay, « rien ne m'a induit que l'affection naturelle envers ma patrie »; il a écrit, selon le mot de J^orat sur son compte, w; 'i'-Ào-aip-.; àv/jp. Cette France incomparable, fameuse par tant de u vertus rares et antiques », n'a pas la littérature qu'elle devrait : « Sommes-nous donc moindres que les Grecs et les liomains?... La France est de long intervalle à préférer à l'Italie », l'inquiélanle rivale, voisine, contemporaine, glorieuse.
Et pourquoi un génie si haut avec un rang si bas? simplement faute de vouloir. Les découvertes, les inventions, l'audacieuse mise en discussion des problèmes inaccessibles avaient donné aux gens de la Renaissance une idée merveilleuse de ce <jue peut Tèlre humain : qu'il commande aux langues, elles obéiront; elles deviendront riches, fortes, élé-
LE POÈTE DE I.'mII. 37
gantes ; c'est, selon du Bellay, une question de « gouvernement ». Il suffit de vouloir cl de savoir : vouloir atteindre au plus haut et savoir, ce que sont les incomparables exemples des anciens. Il ne faut pas essayer d'être un ancien, comme font les néoclassiques, mais il faut voir comment les anciens, et même les Italiens, s'y sont pris pour peffêcTîônnër leur langage; ne pas s'exercer à tradurrè, car c^est shabituer à un servage; ne pas prendre pour modèle les F'rançais contemporains, car c'est ne pas viser assez haut.
Le poète de ravcnir doiil rêve du Bellay, qui régénérera les lettres français<'s. sera d'éducation g,recque et latine, mais de langue cl d'inspiration françaises; chez lui les dons naturels seront supérieurs encore au savoir, « car c'est chose accordée entre les plus savants, le naturel faire plus sans la doctrine que la doctrine sans le naturel ». Mais il 1 faut en réalité les deux. L'amour du pays le sou- / ; tiendra; sachant qu'il remplit une tâche sacrée, il Jk^ j n'épargnera ni peines, ni veilles ; il^ouffrira, mais I en sera récompensé, car l'heure de l'inspiration ' venue, il composera avec « celle ardeur et allégress(î d'esprit qui naturellement excite les poètes ». 11 cultivera les j^enres classiques à cause de leur beaAxté, plus le sonnet, « non moins docte que plaisante invention italienne; ». Il n'écrira point de « ballades, virejais^^ chants royaux», « épiceries » bonnes tout au plus pour les « jeux floraux de Toulouse ». Mais il cliaiilcra « ces odes inconiuies encore de la Muse française, d'un luth bien accordé au son de la lyre grecque ou romaine, et qu il n'y
38 KONSAIil).
ait vors où napparaisse quehjuc vestige de rare (>l aniiqiK» ('■iMidilioii ». Surtout il se |)répai'era (]ans le recueillemenl à donner au |)ays (vite <)t;uvre sii|)rème, le c long poènie français », li-popée qui fera « hausser la tête à nolr<' langue ». Quic^oucjue écrit des vers comme si d'en composer était un hadinage et non une prêtrise, est digne de iriépris : l'ctirez-vous, rêveurs « mal équipés », esprits frivoles, « aux somptueux palais des grands seigneurs et cours magnifiques des princes, entre les dames et demoiselles, où vos beaux et mignons écrits, non de })lus longue durée que voire vie, seront reçus et admirés et adorés; non ])<)inl aux doctes ('iudes et bibliothèques des savants ». 1/attendu, le désiré, le promis à la France, ne sera pas un Sainl-Gelais, mais un Ronsard.
L'indignation fut vive au camp des lettrés, critiques et poètes dliiei' ; (|u<'lle outrecuidance chez cet inconnu! quelh; injustice pour les meilleurs écrivains dune langue qu'il prétend « défendre » et que personne n'attaque! Tout le meilleur de ses dires a él('' (h'-jà dil ; ce |)r(''len(lu inuovaler.r ne fait qu(ï traduii'e ou rc'qtéter. 1/ode « inconnue )i se rencontre partout, chez Lemaire, Maiol. de-; Perier^; (;t d'ailleurs, où se Ironve la différence enire ode et chanson? (or/, veni dire chinson. Avec le fiel el la rancune d nn jx'danl, avec l^'li-gance el Tespi-il d un vrai lelh'('', avec le l'essenliincul d'attaques inpisles, lîai'llielemv A ni'an. princi|);d du r'ollègedela Triiiiuà Lyon, (Inill mine des Aiilds. Tlionias Sil)ilel alla- (pienl la />c/V'//vc. accroisseiil le renom de Td-nvre el mnnli'enl par rani|)leni' d(>nn(''e ainsi ;ui (h'bal
LE POETE DE ImU. 39
l'importance qu'ont niainlcnanl eu Fi'amc ces discussions d'idées, l'our nous qui, d espi'il reposé, lisons aujourd'hui le manifeste, il nous faut reconnaître que si du Bellay copia, traduisit, répéta, il l'épandit, en un de compte, des vues dont beaucoup étaient justes et dont aucune n'i'-lait basse ou vulgaire. Si d'auti'es les avaient exprimées sans elfet, tandis que lui les exprima avec effet, cela ne nous dispense pas de toute gratitude de dire que les meilleures étaient d'emprunt. Le ton de son œuvre et son inspiration patriotique étaient en tout cas bien à lui; si quelques « cornemuses » s'étaient fait entendre auparavant, ce fut du LJcIlay <(ui, (b; son clairon retentissant, sonna la diane.
La théorie, comme toujours, iuiporiail moins cpic la pratique; des deux écoles, la victorieuse serait celle qui produirait les meilleures œuvres. L(!s jeunes gens de Goqueret ne tardèrent point; depuis des années ils écrivaient, gardant en mêmes tiroirs leurs cahiers de morceaux choisis et leui's |)ropres essais poétiques. Avec une hàle quil (pialilic lui-même do. « tumultuaire » et qui causa entre; Ronsard et lui un froissement vile eflaci', du Ij<'llay ])ublia, au cours des mois qui suivirent la Dé/'rnsc, son Olive et (juclqitcs autres œuvres poétiques, puis son Heeucil de poésies : odes et sonnets, deux des genres chers à la nouvelle école cl recoininaiHl(''S de l)onnc heure à ses soins par Peletier; odes « boui're'-es dantiqu(î érudition », sonnets « imités de P(''lrar([ue », comme le dit l'auleur lui-inême, « el non de lui senlemeni, mais aussi de l'AriosIe el daulres modernes Italiens > .
jMais quelques vers bien venus mis à part, ros sonnets d'amour étaient sans passion et ces odes sans lyrisme; l,tL v'érilal)le-é^'^4H'ment allant de pair avec la Dcfensc fut la |iul)licalioii, au d(''hut di' l."),")!), l'auteur ayant ving-t-cinq ans, des Quatre ])r<'i/iicrs lii'vcs des Odes de Ronsard : les quatre premiers ; la série serait lonlinui'c ; un ciiiquirme livre |iarul. en elCel, deux ans apiès.
For! bien im[)rim('' en l)eaux caractères ilalicpnss, le volume de 1550 coutenail, non plus comme chez les pi'édécesseurs, quelques poèmes lyi'iques ('iiars. mais quatre-ving-t-qua1orze odes « mesurées à la Jlyre «. plus quatorze pièces moins régulièri's el formant le Bocage, ainsi nommé ])ar analogie aux SyU're de Slaee; les titres mêmes devaienl rappeler lanliquité.
Tout Cotjuerel avait prèle sou concours; celait son champion (jui descendait dans Tarène. Le maître d'abord, le grand Dorai, avait fourni pour le froiilis[)ice le d(''sii'al)le anagramme, et il était en grec. Dans le nom et le prénom du })oète, Dorai avail ti'ouvé les mois i^w; ô TÈoTravopo; : Terpandre le novateur, le poète-musicien du viii'' siècle avant noti'e ère, dont le nom même signilie n (\u\ charme les lu»mmes », ce cpii est justement un des attributs (le la lyre (r£G'i/èj.^;iporoç). nous est rendu, et en deux vi'rs grecs, liousai'd bii-iiK'ine elail censé explicpier au lecleur ces llalleiises analogies. j/(i'uvi'e du nouveau Ivriipie ('lail comme eiicadr(''e de , poèmes élo- ^jeux : pai' du Ibllay. au vei-^o du lilre; par Baïf, Dorai el d anhes à la lin du \iiliiine ; elle elail accom- ])agm''e, poiii' le premier livic, de notes explicatives
LE POÈTE DE InriO. 41
afin qu'à ce signe encore, le moins attentif lecteur reconnût un classique. Malheureusement, ces notes, dues à rarchitecte-humaniste Jean Martin, se trouvèrent aussi maladroites que pouvaient souhaiter les envieux de l'auteur. Ronsard les réimprima néanmoins tant que vécut ce fâcheux ami.
Champion de la nouvelle école, le poêle prenait atlilude de champion. De nouveau dans ses prt'-laces retentissaient les irompettes de la Dvfvnsr. Il y avait deux préfaces dans la plupart des exemplaires et trois dans les autres : « Au lecteur — Avertissement au lecteur — Suravertissement au lecteur ». C'est pour « notre France » que l'auteur travaille; il vise au plus haut, tout pénétré des « saintes conceptions de Pindarc; », assuré et charmé du Idàme « des courtisans qui n'admirent qu'un petit sonnet pétrarquisé », et de la critique à prévoir des « poétastres », « vermine de gens ignoranteraent envieuse ». Tout cela d'avance, et par provision; l'altitude était certainement provocante.
Vénérant les anciens, fuyant les modernes, car il faut avec ceux-ci rupture éclatante, Ronsard se proclame, comme Horace avant lui et presque dans les nièmes termes, initiateur et chef d'école : «Quand tu ni'a})pellei'as le premier auteur lyriquefrançais et celui qui a guidé les autres au chemin de si honnête labeur, lors tu me rendras ce que tu nie dois ». J'osai, dit-il encore, « le premier des nôtres, enrichir ma langue de ce nom Ode » — ce qu'il croyait, mais à tort, et qui n'avait aucune inqjortancc! — et « quand tu liras quelques traits de mes vers qui se pourraient trouver dans les œuvres d'autrui,
HO.NSAUI).
inconsidériuiienl lu ne me diras imilatein' de leurs écrits, ear rimilalion des noires m'est tant odieuse que, pour eeltc raison, je me suis éloigné d'eux, prenant style à pari, sens à part, œuvre à ])art ». Uni ter les niodernjs esljune « monstrueuse erreur » ; lui-même s'est acheminé « par un senlier inconnu, --et-inpntrant le moyen de suivre pindare et Horace ». Le « sentier inconnu », c'était le rêve de tout le siècle, celui qui avait conduit Colomb au nouveau monde, Luther, qui venait de mourir, à la Réforme, Copernic doni le Vwvç v(Miail de paraître, à la découverte de la mol)ilil('' de la terre.
« Sur toutes choses », disait la Défense à propos des odes, « pnuids garde que ce genre de poème soit éloigné du vulgaire ». Dans les odes de 1550, -Ronsard prend garde sans répit. Français de cœu^^ ~ûe génie^çTidéal, il est grec„.par ic^P£pcédéSj^ les mythes, les imagcs,Jes belles sentences qu'il s'habitua de bonn(! heure à encadrer de guillemets pour niicux attirer l'attention ^ nullenient par la langue qui n'est ni grecque ni latine, où les-épithètes composées à la PTndare et les diminutifs à la Catulle ('< miselle ])asser ») sont d'une extrême rareté, mais
1. l'oiir répondro au goût du public et facililcr la làclie dos poêles, des recueils de sonlences tirées des classiques furent publiés avec grand succès au xvi"' siècle, par exemple, et sans parler des fameux Allaites d'Iirasmc et du recueil 1res populaire de Slohée, les Scnicnliu' i-cterum Poetaniiti pcr loco.i ciiinmiiiics digcsl.r, Ccoinio Majore coUrctore, édition, eu l.'i.")], « inultum quam anlehac aucla et locupleta », avec index permettant de trouver à l'instant de belles sentences sur chaque sujet. Dans la préface de son édition du Uomàn de la Uosc, Marol avait signalé comme un alli'ail les <• bonnes sentences " (pi'on y trouve (l,^■27).
L\: POETE DE lo.'iO. 43
qui est, quelques néologismcs à pari, do 1 excellent Jrançais de France, nerveux, vibrant, pittoresque^ tantôt réaliste, tantôt de grande e^ noble allu£e, ou visant seulement, ])arfois^^hreltc noblesse et celle alluiiej charmant roreillc par une musique de rimes cJjant a nte s , e t rpspril par Tampleur de la phrase poétique audacieusement prolongéf?^ non seulement d'un vçTS^à Tautre, mais parfois d'une strophe à la .su iv an. te ^
Et de l'antre il aigrit la rage Contre Ilion que dévora
Kpode.
Le feu grec.
Rien de plus natjjrel que le soin de riiai-monie rhey,^ Ronsard. Les poètes grecs^et Terpandre en^parlicjilicrj^ et Pindare aussi, étaient musiciens en niêine temps que poètes. Ronsard esLépris de peinliixe, sculpture^ jnusîqlTe, mais surtout de musique, la « musique sainte ». Il prend sa guitare pour~cônGdenle cl lui parle comme Pindare à sa Ivi^c de si «^ douce influence ». Il écrit ses vers pour qu'on les chante, à la grecque; la « lyre seule peut et doil, pensait-il, animer les vers et leur donner le juste poids de leur gravité )>v4I-riilin; le nom d'odcsjiux pièces non « niesiixées JLia^Jyi'e «j^ c'est-à-dire ne fpjcmant pas des successions de strophes identicjues ^ mètre, et avec même agencement d (T nTficKjiias^ cuijnps et féminines, sT~bien qu'un même air de; musique puisse suffire pour toule la série des slrophes, la finale muette des vers féminins nécessilanl, comme on sait, une note de plus.
Visant au plus haut, il a naturelleuMMil Pindare
ti RONSARD.
pour iiiodMc suprèiiie, et atin que la chose saule aux yeux, il lui euiprunte sa division en strophes, antigtrophes et ép^ôcîës. NnlHïFz nous, sauf Alanianni,
'^ eu ilalicu, ne l'avait encore fait; raison de plus pour le faii-c. Sui- une lyre donc à la « tliébaine corde », lier de laiicir des u traits thrbains », il exalte des princes el des victoires; le^Grec chantait Hiéron de Syracuse, h; Français chanle Henri II depuis peu sui' le trône, sa sœur jTinfe des quatre fameuses ^larguerhe^du siècle, la reine Calherine^^lcscardinaux de
. Lorraine et du Jielk^' LLl iléLy>]:eJesjioçes d'Anloiin- ^de Bourboii cl Jeanne -dc-Navarre et pleure la inorl de la mère de Jeanne, la plus illustre de toutes les Marguerite qui furent jaiuais. Par la grandeur de ses sujets il surpasse Findare, car ctlui-ci n'avait pour thème que des victoires de c|rque;niais lui chante Ccrisoles et plus tard chantera Renty, Melz défendu. Calais repris^^Pindare était fameux au xvi'' siècle, bien plus qu'il n'eût souhaité ni ne mérite, par son décousu, signe, pensait-on, de « fureur p()éti<[ue »). -Le jeune poète qui avait protdamé le charme des « vagabondes digressions » el tics « doctes folies », se croit tenu d'entrer en fureur; il « forcené »; quand on célèbre Catherine-.Iiinoii. il est indispensable, pense-t-il. de forceiier :
Je suis troublé de fureur,
Le poil me dresse d'Iiorreiir...
Mon eslouiac est ])aiUois.
(Tesl sur re Ion (|iie plus tard lord'iiera lîoileaii.
, L ode, avait déclaré la /)o/'ciisc, doit éti'c; « bourrée
/ I d'antique érmlilion «.L'élève de l3oral fait bon-
neur à son maître et bourre de tout s6n pouvoir. Lj tendan^e j[e l ÙTiitateur étarU nécessairement d e surpasser le modèle, Ronsard met dans ses odes pindariques une surabondance d'images et rompa,raisons à la grecque et une mythologie plus dense et surtout plus obscure que celle de Pindare. Il importe, croyait-on à Coqueret, d'èti'c savant et de le montrer, d^ëxaspérer au besoin le vulgaire, ainsi demeurera-t-il é^'eitIé. Si Ton dit Bacchus ou Phéïïus, il est dans le cas de comprendre; il vaut mieux dire, selon la Défense, le « dieu deux fois ne » ou le « fiTs" d'Hypérion » ; cela a « fort TTonrïcrg'i^icc ». Do ce genreTle bonne grâce les odes pindariques de Ronsard sont pleines. Aidé de ses souvenirs de collège et au besoin de ces dictionnaires de jTi3'thologic publiés tout exprès au cours du siècle, comme le Magnas Elucidarius de 1516 ', il désigne ses dieux jiar d'obscurs incidents do leur vie ou de lointaine^ ~ parentés^ comme^avaient fait les Alexandrins plus encore que Pindare, si bien que quand ou n'a pas sous les yeux l'explication de Jean Martin on est tenté souvent, ayant davenlure oublié ce que c'est que les « Araycléans flambeaux » ou qui était la « fille du neveu d'Atlas », de recourir aussi au Ma^nus Elucidarius.
Les Grecs sont admirables en tous points et les Latins presque autant. Pindare ayant fait allusion à
1. Magnas Elucidarius oiiincs liislorits et poelicas fabulas continens, iasuper moules, malles, amnes, fouies, tacus, urbes et omnia in poetarum monumentis loca famigerabilia. Paris, Jehan Petit, 1510. Beaucoup d'autres compilations du même genre, comme le Dictlonarium poeticum, 1530, et le Diclionariuin proprlorum yominum, IS'il, de Robert Estienne.
RONSAnn.
SCS incrites et à riramortalilé que le poète confère au vainqueur d'un jour, Ronsard, surpassant son modèle cl sans èlre bien convaincu encore de la vérilé de ce quil avance, proclame que la nioi'l ne peut rien contre lui. que quiconque est loué jiar sa Musc vivia à jamais. Du Bellay avait déjà parlé de même, également à « iimilalion des anciens »; tout le monde paria de même dans la suite. Ce n'est rien de gagner des hatailles, ariirme Ronsard : si u}i Homère ne le chante, un Achille demeurera inconnu. « l.a renommée seule nous fait vivre », avait dit plus discrètement IMndare dans la septième Néi/icrnnr. Pindare avait donné à enlendre aussi que les chants des poètes, si ])récieux pour assurer la survie des grands, devaient êlr<' ivcompensés par eux. Ronsard pindarisc sur ce thème avec ardeur cl, comme ou verra, il le fera sa vie entière. 11 le fera du reste sans s'abaisser : c'est, selon sa conviction, un devoir ])our les gi'ands de pa^a-r; il le leur rappelle, voilà tout. Mais, (|uils l'emplissent ou non ce devoir, c'est tout un, il garde vis-à-vis d'eux, et dès ses débuts, son (ra ne- parler. Cerk^j daiis sç!? mytholo^ies louangeuses, il pousse déjà l'hyperbole ;ui x limites du |)0ssible. Henri II, c'est Jupiter, et plus tard Charles IX le sera à sori^t our;Jiéi'éclitairemeni; Catherine est Junon; ^larguerilCj sgmr d'Ijenri II, l^llas; Mai'ie Sluart, « de beauté laj^lus belle », Vénus. Cela ne signifie rien et n'engage à rien ; c^est' la règle du jeu, et pour (pTon n'en ignore, le poète a ])iMS soin de le rappeler dans sa pi'éface : « C'est le vrai but d'un poète lyri(pie de célébrer jusqu'à l'c.rlrcniilc celui qu'il entreprend de louer ». Le jeu
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fini, sans sourciller, Ronsard dira son fait à Jupiter. Il ne voit nulle contradiction entre ses sollicitations répétées qui, lorsqu'on est poète de profession et cadet de modeste famille, sont une nécessité de métier, et sa fîèrc parole. Tune des plus belles de tout son recueil, choisie par Herodia pour épigraphe de ses Trophécft :
L'iionneur sans plus du vert laurier m'agrée.
Sans se soucier là-dessus de ce queu pourra penser Henri-Jupiter el des conséquences à craindre pour ses sollicitations, il prend parti, avec tous les honnêtes gens, pour Guy de (Ihalxjl de Jarnac, et consacre une de ses odes pindariques les plus relenlissanles à la victoire de celui-ci, « en camp doutrance », sur le cham[)ion de la toute-puissante favorite, Diane de Poitiers. Sur Jarnac, comme on sait, la sottise moderne s'est exercée avec autant d'àpropos que sur La Palice.
Pindare était le plus haut des modèles; c'est en rimitant que Ronsard comptait réaliserj^eUejiu^iiiire avec l'ancienne école, tant désirée par la nouvelle et si faiblement tentée avant lui. Mais, la trouée faite, on pouvait se donner de l'air et dans les Quatre premiers Lwrcs et le cinquième qui suivit Jigurait bien autre chose que des poèmes pindariques : odes" de^Joute^ sortes^ variées démode et de ton, où se reconnaît rinfluençe^^'^Horaçej des élégiaques latins, des jiéo::classjques et de cette Muse qui, jusqu'à la fin, va murmurer à l'oreille de Ronsard beaucoup de douces poésies, simples, gracieuses, d'un charme persistant, la Muse du Vendômois natal.
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Ces l'ecucils contenaient, en effet, des poèmes de dates diverses, daucuns remontant à la prime jeunesse et où seules quelques touches hellénistiques décèlent une l'évision postérieure aux enseignements de Dorât. Tout comme Hugo, Musset, Lamartine et hien d'autres, et même Malherbe (dont les remerciements étonnèrent probablement la Muse), Ronsard rappelle volontiers qu'il fut poète dès quinze ans, dès douze ans, « pr(>sque enfant ». Plusieurs œuvres de ce temps montrent chez lui des appi'éhensions et une modestie juvéniles qu'en dépit de sa superbe assurance eu laiil d'aulr(;s pièces, il gardei'a plus longtemps qu'on ne pense. Doutes et certitudes sont notés à la fois; dans le même volume il parle de ses vers de « peu de prix », de la « pauvreté de sa veine », de sa « pelile lyrique Muse », et aussi de rimmoi"talité ([u'il donne et dont il est lui-même certain :
Je façonne un vers dont la grâce, Malgré les tristes sœurs, vivra,
El suivra Le long vol des ailes d'Horace.
Horace en ])ersonne n'eût {)as mieux dit. Dès lors paraît ce trait marcpiaiit du caractère de Ronsard : nul poète plus spontané et qui se confesse mieux dans ses œuvres. Impressionnable comme sont d'ordinaire les poètes, il relaie ses états d'âme sur IIk lire et au II! de l'heure, plus anxieux de dire vrai (|uc (r(''vilrr les contradictions, et sauf quand il imite ou développe un thème obligatoire, toujours sincère. H l'est dans ses appréhensions d'atteindre moins haut qu'il ne vise, cl aussi dans sa conûancc
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que son œuvre est immortelle: il (,'sl sincère dans son serment que les cordes de son luth
ne seront pollues...
D'un tas d'amours dissolues;
ce qui ne l'empêche pas. à d'autres moments, de faire place dans ses œuvres à un pareil « tas » ; sincère aussi, mais alors sans contre-partie, sincère avec tendresse et avec vaillance, lorsque son pays est le sujet de ses vers. Quand il s'agit de la France, nul déplaisir de roi ou de multitudes populaires ne l'arrête. Il dit ce qu'il pense, et dès maintenant, si jeune qu'il soit. Ce n'est rien que de célébrer « à la thébaine » les victoires déjà gagnées; il faut en pr(''parer de nouvelles. Or, cette incomparable patrie s'abandonne, sa jeunesse néglige les fortes disciplines du corps et de l'esprit, ne sait plus (ju'à demi J'équitation et l'escrime, recherche les fdles et les « plaisants » : qu'elle rentre en elle-même! Il va, oubliant ses propres vers et tout à l'impression du moment, jusqu'à reprocher aux jeunes Françaises d'apprendre Pétrarque par cœur.
La petite patrie a sa j)art et elle est des plus belles. Four la première fois sont prononcés ces noms qu'il n'est anthologie si mince où on ne les retrouve : Gâtine, Bellerie, le Loir, forêt,fontaine et rivière qui^depuis quatre cents ans, ont gardé. dans les vers du poète, la fraîcheur de leurs eaux et de leur ombre :
Couché sous tes ombrages verts, Gâtine, je te chante...
50 liONSAIU).
Toi qui, sous l'abi'i do tes bois,
Ravi (l'espi'it m'amuses; Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me ré[)ondent les Muses; Toi par qui de ce méchant soin,
Tout franc je me délivre, Lorsqu'cu toi je me perds bien loin
Parlant avec un livre...
Et cet a|)pel à luiil le pays de \ ciidùiiie par le<juel le poèlc raJeLiiiil le llièiiie ancien, l'epris la veille par du Jîellay, « de léleclion de son s(''piilci'c » :
Antres et vous fontaines, De ces roches hautaines Qui tombez contre-bas.
D'un L;lissant pas ;
Et vous forêts et ondes, Par ces prés vatfaborules, Kt vous rives et bois.
Oyez ma voix...
Mais où sonl les rliéloriqueurs d'antan?
Avec cela, encore des peintures mythologiques, histoires de l.éda, de (^éphale, de Glaucus, un « chant de folie à Bacchus », fori beau en son naturalisme, thème courant d'ailleurs, déjà traité par l^elctier et du Bellay, el (pii n'empêchera j)as.des éloges tout aussi sincères de la vie frugah; sans vin ni viande ; la noie mélancolique lloraticnne : <■<■ Incontinent iiDiis mourrons », (pii se Irouvail déjà chc/, Pindare — « Lhoinme ne vit (^n'un jour... ombre d'un songe » cl (pii s'était retrouvée depuis, un ])eu parluul, clic/, les néo-classi<pics, chez les Italiens, (lie/, \'iilon, l.emaire de lielges. .Marot :
Plus ne serez, ainsi qu'aurez éié, D<jnt pleurerez.
(LiM.Mui. ni: Bi;i.c;ks.)
La. majeure partie des ûdes était adressée^ non. pas au roi et aux protecteurs possibleSj^^ mais aux ajms en J3a]Q|)ajhie avec U JlQuvelIe écol^^ animés du même feu sacré. Pas plus qujiux^rajids, lijDinsa ne leuiMnénageLrélogeJiypei'boH^^^ : c'était de style, et en bénéficieni tous sectateurs des dieux, quelquesuns destinés à la gloire, beaucoup à la plus iiii])énélrable obscurité, de ténébreux d Urvoy ou d'Oi-adour, un du Bellay déjà célèbre, Taini de cœur, le confident intellectuel à qui sont dédiés les poènios les plus nombreux et les plus tendres, d'aulres poètes de marque comme Baïf et des Autels, dos lettrés artistes comme rhumaniste-architecte Jean Martin ou le peintre-poète Denisot, le conseiller de la première heure Pelctier, un Pierre de Paschal d'autant mieux traité par la jeunesse rimante qu'il avait promis d'en écrix'e l'histoire, mais il s'abstint à l'indignation de ses panégyristes déçus, le gros Bertrand Bergier de Montembœuf, le comique d(! la bande, son « poète bcdonnique-boufronnicpie », disait du Bellay. La part était belle pour les érudils, dépositaires du trésor sacré de l'antique savoir, Denis Lambin, Lazare de lîaïf et surtout le maîti-e vénéré, Jean Dorât. Pour lui la reconnaissance du poète est sans bornes; elle survécut intacte, même alors que Ronsard avait depuis longlcmps cessé de pindariser. Dorât, c'est le grand initiateur, donné à la France,
Gomme un oraclo des dieux.
Pour dénouer aux plus sages Les plus ennoués passages Des livres laborieux.
UONSAKD.
La poésie, pensaiLcomnie on a YiL!a Jçunc é(:oie, rie doit pas être facile, igais^c( laborieuse ».
En outre des amis, beaucoup d'amies, et dans ce livre dun poète épris, comme il disait lui-même, de M copieuse diversité », figuraient les noms de bien des femmes ayant déjà traversé sa jeune vie ou peut-être seulement son imagination, une Madeleine, une « Jeanne impitoyable », une Marguerite moins cruelle, une Rose sujet du charmant poème, « Des roses plantées près d'un blé »; un nom surtout revenait souvent, plus enchanteur que tous aux oreilles de Ronsard, le nom de Gassandre.