Catulle, X\'I, pièce d'où est tirée l'épigraphe
3. Sur les lois des hendécasyllabes gréco-latins, v. Lafaye, Calulle et ses modèles, pp. 9G à 108.
4. /.oc. cil. Mêmes remarques pour YEpitaphe de la belette (p. 53) et pour un bon nombre de blasons marotiques (ih'ib et années suiv.), tels que ceux du Tetin Marotl, des C/ieyeux coupés, de rCEi/ (Saint-Gelais;, du Vcn/re (Chapuys), du A'onitn'/ (Despériers i
5. Lafaye, op. cit., pp. 97 et US). — Pontano appelle également ses hendécasyllabes laeti sales, joci, facetiae. lepores (préf. du livre I, Musam Catulli inuocat). — De son côté P. des Mireurs, dans une lettre latine que nous citons plus loin, p. 103, traduit le titre Livret de Folatries par libellas Ineiytiarnin.
6. .le pense, avec Bl. et M.-L., que ,)anol Parisien, qui a « fait cas des amours » de Ronsard, qu'il a pour o compagnon » et dont « la Muse grecque-latine i) est « compagne de la Rodaline » lisez Doratinc, que donne le texte de 1571), désigne J.-Ant. de Baif, et non .lean de Mesme, comme l'a conjecturé l'auteur anonyme P. Lacroix ?1 de la réimpression de 186'2 (p x de l'Avant-propos).
DE L CEUVRE LYRIQUE DE HONSARD 97
de Vérone'. Elles sont enfin dans les pièces elles-mêmes qui, outre le Ion grivois et parfois lubrique, présentent plusieurs des caractères propres aux hendécasyllabes catuUiens : 1» La plupart de ces pièces sont des parodies de certains genres élevés, ou seulement sérieux, tels que l'élégie amoureuse et l'élégie guerrière, le dithyrambe et l'épopée : Ronsard y a traoesti Ovide et Properce-, Tyrlée ^, Findare*, Homère'', Catulle lui-même ^ ; nous sommes prévenus dès l'entrée que son « livret » contient des « sornettes », des « vers raillars », c'est à-dire des vers de poète à la fois bon vivant et moqueur''. 2° 11 arrive pourtant que ses badinages tournent à l'aigre et qu'on peut se demander s'il parle sérieusement ou non, s'il fait encore une parodie d'Archiloque ou s'il exprime une colère véritable, notamment en ce passage de la troisième « folastrie », imité de Catulle :
Sus tlonq, pour venger mou csmoj'.
Sus ïambes secourez moy... *
Nous ne croyons pas, d'ailleurs, que tout soit ici pur jeu d'imagination ; nous croyons que Ronsard aurait pu dire de ses Folaslries ce que Pline le Jeune écrivait de ses hendécasyllabes : « His jocamur, ludimiis.
1. M. Anionii Flaniinii Carmina, lib. prim. Ad Franciscum Tuirianum putricium Veronenseni ^^^enîse, 1548 ; Florence, 1549, 1552, chez Torrenlino. Dans celte dernière édition les cinq livres des Carmina de l-"laminio sont précédés des poésies latines de Benibo, de Navagero, de Balthasar Castiglione et de J. Cotta). F^onsard a (C contaminé » la dédicace de Catulle et celle de Flaminio. Ausone avait déjà imité la dédicace de Catulle ipréf., ni .
2. Dans la folastrie 3. Cf. 0\..Amor., I, 8 ; Piop., IV, élég. 5 ; Cat., XXXII, XLII et passiiii. D'après J. Vianey, « la Vieille courtisane de Du Bellay certainement, et la Catin de lîonsard probablement, sont des œuvres plus ou moins inspirées par les Dialofjnes plaisants de l'Aretiu » [thèse fr., p. 144). Ce rapprochement remonte à liiOl, année où parut chez A. du Breuil une imitation d'une partie des Haggwnanicnti de l'Arétin, les Amours feintes de Laïs et de Lamia, suivie des dites pièces de Du Bellay et de Ronsard. Mais je doute qu'il soit fondé en ce qui concerne Bonsard.
3. Dans la folastrie 2. Cf. la Harangue que fît M'i'' le duc de Guise aus soudars de Mez..., traduite en partie de Tyrtéc, poète grec (juillet 1553).
4 Dans les Dithyrambes.
5. Dans la folastrie 7 : elle a pour point de départ soit ce vers d'Horace : Laudibus arguitur vini vinosus Homerus (épître 19, vers 6), soil une épigr. de Macedonius {Anthol. gr. de Jacobs, n" 61 des Epigr. comiques), soit directement les festins de yOdyssée où paraissent les aèdes Phemius et Demodocus ; pour le développement elle s'inspire d'Horace Iode à Thaliarque), de l'ibulle (III, élég. G), de Properce jlll, élég. 17).
6. Dans la folastrie i. Cf. Catulle, XLV, De Acine et Septimio. Pour lerefraiu, cf. J. Second, Syluae, Epithalaraium.
7. Pour le sens du mot raillard, voir Villon iGrand Testament, XLIII) ; .lehan de Paris éd. Monlaiglon, p. 107); Hog. de CoUerye (Bibl. Elzev., p. 70); Babelais : 0 Grandgousier estoit bon raillard en son temps, a3'mant à boyre net... et mangeoit volentiers salé » (1, ch. m, début), et Ronsard îBl., VI, pp. 45 et 124).
8. Cat. XLII : Adesie, hendeeasgllabi, quot estis — Catulle semble désigner. lui aussi, ses hendécasyllabes sous le nom d'ia/iifces (XXXVI ; XL).
PIEHRli DE RONSARD. 7
amamus, delemus, querimw, irascimur^ », et que, sous les exagérations et les litanies bouffonnes que comporte le genre, il a caché plus d'une fois ses propres impressions et aventures. 3° Sur un fond délibérément prosaïque et réaliste, parmi les hardiesses du langage de la conversation, apparaissent de-ci de-là des saillies, des périphrases, des comparaisons, des descriptions, qui trahissent l'àme d'un poète lyrique, singulier mélange que Ronsard avait remarqué dans Catulle et qu'il imita. 4° Il lui doit jusqu'à certains moyens d'expression, répiHilions de mots et diminutifs, jusqu'aux procédés du refrain-cadre et du refrain intérieur, revenant à intervalles irréguliers, qu'avaient imités déjà dans leurs hendécasyllabes les Pontano, les Marulle, les Second, les Flaminio, tous poètes calulliens -.
Cela ne fait donc aucun doute : dans ces « mignardes chansonnettes » 5, Ronsard a voulu, suivant le conseil de Du Bellay, « adopter en la famille françoyse ces coulans et mignars hendécasyllabes à l'exemple d'un Catulle, d'un Pontan et d'un Second » ^. Il en a adopté l'allure générale, les tons divers, le style et jusqu'à un certain point le rythme ; il a seulement laissé de côté — avec raison — et la « quantité » et le « nombre des syllabes^ ». Il est d'ailleurs resté très personnel en les développant — parfois à l'excès — et en les greffant sur des sujets français, tels que la Margot de Villon, l'Alix et la Câlin de Marot", le Roger et la Marion de Saint-Gelais ou de Marot", le Thenot (Tenot ouTevol), type national du soldat peureux et ivrogne, dont il est question dans Rabelais^. Et l'on sait quelle fortune eut dès lors chez nous cette variété alexandrine du lyrisme léger, ainsi transformée el francisée'-'.