Dédicace des Folastries
3. Voir surtout Mellerio, Lexique de Ronsard, p. xvii ; Perdrizel, Ronsard et la Réforme, p. 53 ; Van Bever, réimpression des Folastries (1907), Introd, et p. 87. — M. Perdi'izet constate lui-même que Ronsard n'a pas « désavoué ces vers » ; c'est donc qu'ils étaient de lui.
part de Ronsard cette année-là et la suivante, ni de la part de ses exécuteurs testamentaires, pas même de Cl. Binet, qui n'en souilla mot dans les deux premières rédactions de sa Vie de lionsard (1380-1387). D'autre part Nie. Buon, l'un des éditeurs posthumes de notre poète, inséra cette pièce comme une œuvre du Maître dans les quatre éditions collectives de 1604, 1609, 1617, 1023, et dans cette dernière avec un commentaire du poète Cl. Garnier qui semble lui avoir donné raison ^. On objectera que le témoignage catégorique de Cl. Binet, qui fut produit en 1397, détruit celui de Nie. Buon et surtout celui de Cl. Garnier, très postérieur à la mort de Ronsard, peu décisif dans sa forme, et encore affaibli par une grave confusion entre la promenade d'Arcueil, faite par la Brigade en juillet 1349, et le banquet organisé au même village en février 1533 pour fêter le succès de YEuijéne et de la Cléopâtre de Jodelle^ ; que Binet pouvait tenir le renseignement, sinon de Ronsard lui-même, du moins de Baïf, témoin et acteur de la scène fameuse où la Brigade avait offert au poète tragique un Ijouc enguirlandé pour pri.x de sa victoire, « à la mode ancienne » ; qu'il se fondait aussi sur deux pièces de Du Bellay et une de Baïf qui caractérisent assez nettement la manière de Bertrand Berger, et du même coup les strophes doublement irrégulières de l'ode dithyrambique en question 3.
1. Ed. de llVi.'!, p. 13S4. — Cf. Murty-Laveaux, Notice sur Jodelle, p. xix. Colletet est toul à fait .TlKrmatif : pour lui Ronsard est bien l'auteur des Dithyrambes [Ilist. des poètes fr., t. IV, f» 38, passage de la Vie de Muret, cité par Rochambeau. Famille de Ronsartt p. 23-1 ; cf. sa Vie de Ronsard, éd. Rlanchemain, Paris, Aubry, 1855, p. 95:.
2. Confusion souvent faite depuis, et encore par Marty-Lnveanx, Appendice de la Pléiade fr.. t. I, 48, note. Quant à la date du premier succès dramatique de Jodelle, on la iixe généralement à 1552. d*api-ès les frères Parfaicl. ïiisl. du théâtre fr. Or leur citation d"E. Pasquier est inexacte ; seul au xv!*^ siècle Ch. de la Molhe, biographe de Jodelle en 1574 donne la date de 1552, et encore peut on penser ou qu'il suit 1 ancien style, ou qu'il donne ainsi la date de la composition d'Euçjéne et de Cléopùlre, et non celle de leur représentation. Baïf, qui savait à quoi s'en tenir-, date la " [lompe du bouc de Jodelle » de 1553 (Marly-Lav., fîcn/, 11, p.20î)t:et son témoignage est corroboré 1" par l'élégie de Ronsard à J. de la Péruse, Encore Dieu, dit Arate, n'a pas, parue dès le mois d'août 1553 ; 2" par ce fait que les premiers vers de Jodelle à Ronsard parurent seulement en tête de la 2<= édition des .Amours mai 1553) ; c'est un sonnet qui aurait paru dès la 1^*^ édition si Ronsard et Jodelle s'étaient connus en 1552 ; 3"* par cet autre fait, décisif, que la comédie d'Eugène est remplie d'allusions à la campagne de Henri II en Alsace et en Lorraine qui eut lieu du 10 avril au 26 juillet, et aux préparatifs du siège de Metz par les Impériaux, qui commença le 19 octobre 1552 : à ce sujet la note de Marty-Laveaux (Jodelle, 1, 311) est tout à fait erronée. La fête en l'honneur de Jodelle s'étant passée « aux jours licentieux de Garesme prenant » (Binet , tout porte à conclure que ce fut durant le carnaval de 1553.
Cette note était écrite, suggérée par une remarque de Sainte-Beuve {Tableau de lu poésie fr. au XVP s., Notice sur Ronsard, éd. de 1843( lorsque parut l'article de M Lanson sur les Origines de la tragédie classique en France, tlans la lieu. d'Hist. litt. d'avril-juin 1903, dont les pp. 187-190 et 195 conErmaienl mon hypothèse sur la date de la « pompe ■> d'Arcueil et lui donnaient la valeur d'une vérité certaine. — Cf. mon éd. critique de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots « Caresme prenant ».
3. V. le Du Bellay de Marly-Lav 11, 57 et 3«3 ; le Baif du même, IV. 348 Du Bellay,
DE l'œuvre lyrique DE RONSARD 101
Mais ces objectioQS, malgré leur valeur apparente, tomlienl devant des faits incontestables tels que ceux-ci : 1° Berger n'avait aucun intérêt à ne pas signer cette ode, s'il en était l'auteur, et, de leur côté, Ronsard et son éditeur de 1553 ne se fussent pas exposés à de légitimes réclamations en laissant croire indûment que cette ode était sortie de la même plume que le reste du livret. 2° On lit dans les privilèges de janvier 1001, qui accompagnent l'édition collective où les DitJu/rambes figurent pour la première fois, que Nie. Buon a été choisi comme éditeur par Jean Oaliand, l'ami intime de Ronsard, le confident de ses dernières années, son héritier, son exécuteur testamentaire. C'est donc très probablement avec l'autorisation, ou même à la demande de Galland, que Nie. Buon ajouta cette pièce aux œuvres de Ronsard ' ; et voilà une garantie d'authenticité qui vaut bien le témoignage tardif de Cl. Binet. 3" Si l'on examine le texte en lui-même, rien n'empêche de l'attribuer à Ronsard, ni dans le fond, car il a plus d'une fois exprimé la fureur bachique soit avant, soit après 1533 '- ; ni dans le style, car il a commis ailleurs de semblables débauches d'érudition mythologique ; ni dans la forme métrique, car il a publié en 1353 une autre pièce à rimes inalternées, la Fantasie à sa Dame ; au reste, la liberté absolue du rythme se justifie dans le cas présent par le désordre de l'ivresse, l'agitation effrénée, l'enthousiasme fougueux qui caractérisaient le dithyrambe grec ^ ; et je ne vois pas pourquoi on enlèverait à Ronsard, si hardi métricien, l'honneur d'avoir écrit des vers libres l'un des premiers en France '. II est vrai qu'il n'a pas persévéré dans cette voie ; mais, en 1353, voulant une dernière fois marcher sur les traces de Pindare, il s'est rappelé ces vers d'Horace sur le grand lyrique
grec :
Laurea donandus Apollinari, Seu per audaces nova dithyramhos Verba devolvit, niimerisque fertiir Lege soliitis °,
dans ses Jeux rustiques, dit en propres termes : « Premier lu feis des Ditliyranibes. » Baïf ne prononce pas le mot dithyrambes ; il vante seulement l'habileté de Berger à reproduire dans ses vers les bruits de la « guerre », de " la pai\ », de la nature. Vers libres, harmonie imitalive, tel est le double caractère dus poésies de Bertrand Berger.
l.Ces deux privilèges, octrojés l'un à Galland, l'autre à Buon, se retrouvent en tète de l'édition in-fol. de 1609.
2. \'. par ex. le Chant de folie à Bacchus (1550), les Bacchanales (1549-52), l'Hymne de Bacchus (1554), et, dans le Livret de Folastries même, la fin des folaslries 7 et 8.
3. Voir A. et M. Croiset, Lilt. cjrecque, II. 300-303 ; III, 33, 638-39.
4. Je remarque que VOde patitoralc où Du Bella}' loue très sérieusement B. Berger d'avoir « osté le frein à ses vers, les faisant galoper d'un libre train », a paru dès 1552. Il est donc vraisemblable que Ronsard a osé écrire sa pièce dithyrambique en rj'lhmes libres à l'exemple de Berger. C'est à mes yeux tout ce qu'il lui doit.