V. Bl., I, 55 : Avecques moi pleurer vous devriez bien
Ibid : Tout me deplaist, mais rien ne m'est si grief. Id., 65 : Celle qui est de mes 3eux adorée.
4. Cf. Iles Fortunées, vers 15 à 24 ; Epitafe de Hugues Salel (composée en 1553), vers 21 à 31, et fin.
5. Un sonnet de Maclou de la Haye, paru en juin 1553, contient un écho des doléances de Ronsard, déçu dans son ambition : Un écrivain, lui dit La Haye recherche trois avantages, le profit, l'honneur et la gloire; tuas déjà les deux derniers,
Mais si par la vertu du travail honorable
DE l'oeuvre lyrique DE RONSARD 1(3
qu'il confie l'amertume de son cœur au libraire Ambroise de la Porte, éditeur des Amours et des Fotastries *.
La quatrième ode, l'une des perles de Ronsard, est un nouvel appel à l'amour de Cassandre, plus simple, plus clair, plus calme que les précédents et d'une discrète mélancolie. Ce ne fut pas le dernier; mais les suivants, moins réservés ou moins naturels, n'atteignirent pas à cette perfection. Les sources? Nous les ferons connaître plus loin en détail -. Disons seulement ici que Ronsard s'était surtout inspiré d'Horace lorsque, dans les odes de 1550, il comparait la femme à la rose et conseillait de jouir vite des avantages de la jeunesse ; mais qu'à la date de 1553 il s'inspira plutôt de l'Anthologie grecque, étudiée de très près avec Muret, et des poètes latins et néo-latins qui s'en étaient euxmêmes inspirés, tels que Catulle, .\usone, MaruUe, Pontano, Second. Il sutlit de rapprocher des Epigrammata de Muret, parus en janvier, les Epigrammes de Ronsard parues en avril et dédiées à Muret, pour se convaincre que VodelelleMignonne, (Mouvoir, analogue aux iT.i-^^i\i-\).ïx% érolico-élegiaques de V Anthologie et publiée en mai, appartient à la même veine de travail et s'explique parla même influence.
Nous avons vu que la 2' édition des Amours contenait trois chansons, en dépit des railleries adressées en 1549 par les chefs de la Brigade à ce genre inférieur de lyrisme. Mais ce retour à Cl. Marot et à Saint- Gelais, cette satisfaction accordée à Sibilel, Des Autels et B. Aneau, n'ont rien qui doive étonner après ce que nous avons dit. La seule chose vraiment surprenante, c est le contraste qui existe entre l'ode jW((/nt//uie, allon voir qV la chanson D'un gosier machelaurier, inspirées par la même femme, composées à la même époque, publiées dans le même recueil : l'une, la chanson, est mythologique, prétentieuse, inaccessible a la foule, et méritait bien mieux le aom d'ode selon la conception que s'étaient faite Ronsard et Du Bellay de ce genre renouvelé des Anciens ;
Tu ne peux acquérir 1 autre poinct favorable, Poinct que par aventure à raison tu souhaites,
De te voir appeler le Poète des Princes, Sois content de te voir par toutes nos provinces Fameusement nommer le Prince des Poètes. \Œuvi'es poëtiq., f'^52 r*.)
1. Six mois plus tard, aj'ant obtenu enfin la cure de MaroUes-eu-Brie, Ronsard adressa dans le 2'^ Bocage au même coiitidcnt une épitre sur les plaisirs « rustiques •• d'un ton tout à fait réjoui, qui fait un singulier contraste avec l'ode Sur les misères des hommes, tant sont mobiles les impressions des poètes ^v. Hl-, VI, 345^. — Sur .\mbroise de la Porte, v. ci-dessus, p. 85 ; on le connaît surtout par ce qu en a dit son frère cadet Maurice, dans la dédicace des Dialogues de Tahureau ,1565), et dans ses Epithetes françaises ^1571^. Voir encore La Caille, Hist. de l Imprimerie, pp. lUi et 139 mais en l'eportant sur Maurice une bonne partie de ce qu'il dit d'Ambroise à la p. 139,. et Goujet, Bibl. fr., XII, 27, 40 et 52 jmais en rectifiant l'erreur qui lui a fait attribuer les Folastries à .■Vmbr. de la Porte ; cf. ci-dessus, p 104 . Il mourut en 1555, à 28 ans
2. V. ci-après, 2« Partie, ch. sur 1 Ode érolico-bachique, S 1, B.
PIEHKE OB RONS.VHU. 8
114 GENÈSE ET ÉVOll'TION
l'autre, l'ode, est exemple de mythologie et d'afl'ectation, aussi populaire que possible, et méritait tout autant, sinon mieux, le nom de clianson. Et la chanson, qui répondait à l'idéal de l'ode d'après le manifeste de 1349, est franchement mauvaise, tandis que l'ode, qui a les allures de la chanson littéraire condamnée par la jeune école, est un pur chef-d'œuvre. C'est que la logique n'est pas précisément le fait des poêles, surtout de ceux qui prétendent accomplir une révolution.
Suivaient des « Annotations sur les 4 odes précédentes ». Tout me porte à croire qu'elles ne sont pas de Muret : 1° D'après le titre du recueil. Muret s'est chargé de commenter seulement les Amours et non pas cette sorte de supplément d'odes inédites ; 2° pour le mot « Curetés » l'annotateur renvoie à une note des Amours en disant : « Muret en a parlé devant... » au lieu de : « J'en ai parlé devant...», façon de s'exprimer dont Muret a usé dans les commentaires des Amours ; 3° dans les Amours chaque commentaire est invariablement surmonté du nom de Muret, isolé et très apparent, ce qui n'a pas lieu dans les annotations des Orfcv; 4° dans les commentaires des Ainours à tout instant le poète est mis en scène : « 11 se plaint des soupirs qu'il gette... Il amplifie la douceur de son amour. .. etc. » ; au contraire, dans les annotations des Odes, rien qu'une note sèche. Mais alors, si ces « annotations » ne sont pas de Muret, ne seraient-elles pas de Konsard luimême ? N'aurait-il pas senti le besoin d'éclairer ses lecteurs, ou de leur rafraîchir la mémoire, etaccordé ainsi, tout en sauvegardant sa méthode d'élûcution poétique, une demi-satisfaction à Michel de L'Hospilal, qui avait écrit à Morel : Utabstineal noms et insolitis, si mdt placerez Rien n'est plus vraisemblable à cette date de 1333, quoiqu'on ne puisse en donner aucune preuve certaine '.
Le Cinquiesme livre des Odes fut réédité à part, deux mois après les Amours -. 11 contenait encore toutes les pièces de la première édition,
1. Toujours est-il que ces annotalions u'out jamais reparu dans aucuue édition partielle ou collective de Uoiisard, tandis que les commentaires de Muret sur les Amours ligurent dans toutes les éditions du \\i' siècle et du xvii', sauf dans celles de Rouen (1557; et de Bàle ^1557,. Elles n'ont même pas été signalées par Blancliemain ni par Marly-Laveaux. Je les ai rééditées dans la Revue dHist. lin., 1905, p. '-;52. — V. ci après, p. 1(37, note 3.
2. L achevé d imprimer est du 8 aoiU 1553. En tête du recueil se trouve la Haranyue que fil Mtjr le Duc de Guise uus soudars de Me:... traduite en partie de Tyriée poète Grec (Bl.Vl, 12b ; le permis d imprimer cette pièce est daté du Ul juillet B. N., Res. p^ e 127).
DE l'iEUVRE lyrique DE RONSARD 115
y compris les Bacchanales ^. Mais l'ode A Madame Marguerite subissait un notable changement : six strophes centrales, où Ronsard avait mis en scène et menacé de ses traits vengeurs Mellin de Saint-Gelais le desservant auprès du roi, étaient remplacées par quatre strophes d'un caractère très général. Ronsard se contentait d'y remercier la princesse de son encourageante protection et de lui demander avec cette tierté que nous lui connaissons :
Mais que ferai-je à ce vulgaire A qui jamais je n'ai seu plaire, Ni ne plais, ni plaire ne veus ?
Ce qui nous autorise à supposer qu'elle avait joint ses conseils à ceux de son chancelier : Ut abstineat novis et insolitis, si vult placere, et que c'est pour répondre à ce double desideratum que Ronsard laissa Muret commenter ses Arnoivs et annota lui-même les quatre odes supplémentaires du mois de mai. Au reste, il laissait dans trois des strophes suivantes des allusions très nettes à l'œuvre de médisance « des envieus », comparable, disait-il, à celle dont Pindare avait été l'objet à la cour du roi Hiéron -.
Huit pièces nouvelles terminaient le volume, parmi lesquelles deux odes seulement-'. Bien qu'elles ne présentent de division strophique ni l'une ni l'autre, mais des vers uniformes à rimes plates, Ronsard leur a donné ce nom et les a toujours conservées dans son cinquième livre d'Odes :
1- — Ode, des Roses et des violetes de mars. Sur tonte fleurette déclose (Bl.,
2. — A LA FONTELNE Bélerie. Je vcus, Muses ans beaus yeus (BL, II, 343. —
1. Cette dernière pièce avec le titre : Les Bacanales. Ouïe folâtrime volage d'Hercueil Dres Paris, dédié à la joieuse troupe de ses contpaguous.
2. 151., 11, 303 et 306 ; VIII, 136 ; Rev. d'Hist. lin., 1904, pp. 462 et suiv. - Dés sept. 1552, saQs doute à la demande de Madame Marguerite, le vers final de VHyinne Iriumpbal :
La tenaille de Malin avait été remplacé par celui-ci ;
Le caquet des envieux,
leçon qui fut conservée dans toutes les éditions suivantes. V. plus haut, p. 73. A ce sujet. M. Froger a commis une erreur dans ses Prem. poésies de R., p 27, note, se fiant à la trompeuse édition Blanchemain 11 326
3. Les six autres pièces, placées là provisoirement sont un sonnet à G des Autels iBl., Vlll, 145 , une élégie à Muret 1, 127 , un sonnet à Cassandie .1, 152 b , une élégie sur le trépas d Ant. Chateignier \'1I, 202 , une épitaphe de .lean Martin ^V1I, 261| et une élégieà J. de la Peruse ,\'l, 43 Cette deruiére élégie est précédée d'un sonnet de La Péruse « à P. de Ronsard, Prince des Poètes françois •>, que j'ai réédité dans la Hevue dllist litt., 1905, p 255.
lllj GENÈSE ET ÉVOLUTION
La première, sorte de « blason » double, n'offre aucun intérêt historique, si ce n'est qu'on la croirait écrite parun brillant disciple de Marot, tant elle est claire, simple, élégante, et que c'est en effet un brillant disciple de Marot qui la écrite. La seconde, faite surtout avec les souvenirs du poète néo-latin Flaminius ', est une véritable « folaslrie » ou encore uu« blason » parle sujet, le ton et lus procédés de composition. Ronsard y raconte que maintes fois, durant la Canicule, Cassandre s'est baignée dans la fontaine Bellerie, qui dépendait du domaine de la Possonnière, et s'est endormie toute nue non loin du bord, sous les regards indiscrets de son amant. Le récit et le tableau font d'abord illusion, et l'on est tenté de les prendre pour la réalité. Ce n'est pourtant qu'une liction poétique : Ronsard l'insinue eu disant au début qu'il écrit sous la dictée des Muses ; ne l'eùl-il pas dit, nous le saurions par un sonnet et une élégie qui donnent un démenti à son ode - ; et ne les eùt-il pas produits, nous l'alfirraerions encore, tant il est évident, en raison de la santé morale et physique de Cassandre, que nous avons là un rêve erotique, une fantaisie d'artiste, rien de plus. Aussi est-il vraisemblable que l'intelligente Cassandre n'en fut pas plus chagrinée ni scandalisée que des odes et des sonnets antérieurs, qui l'eussent déjà sensiblement compromise, si le lecteur avait vu dans leurs détails voluptueux autre chose que des réminiscences littéraires et des imaginations 3. Seuls ont pu s y tromper certains calvinistes, qui, au fort des guerres de religion, par excessive austérité ou ressentiment aveugle, ont perdu de vue le véritable caractère de ces poésies, notamment Tii. de Bèze, qui pourtant réclamait pour ses propres vers, outre l'excuse de la jeune.sse, le bénéfice d'une part de fiction *.
1. Marc-Antoine Flamiiiio, mort en 1550. Très goûté dos poètes de la Brigade qui rappellent Flamin (v. les Gayetez de Magny, pièce A Juii de l.iiineme). Une partie de ses œuvres avait paru à Lyon en 1548 : Canninuni lihri duo. Kjusdein paraplirasis in trigiiita psalnws versihus scripta. Mais la première édition collective de ses œuvres est celle de Florence iTorrenlino, 1552). Outre la paraphrase des Psaumes, elle contient cinq livres de Car/uina. dédiés à divei's personnages italiens, dont Alexandie Farnèse, et un livre de Cannina sacra dédié à Madame Marguerite, sœur de Henri 11, roi de France. C est, à mou avis, cette édition que la Brigade a imitée : je n'ai pas trouvé dans Honsard la moindre trace dune inutalion deFlaminio avant le recueil des /o/as/ries, dont la dédicace, J cpti donnai-je ci's sornettes, est nue « contamination » de la première pièce de Catulle et de lu dédicace des Caftiiina de Flammio.