Voir Bl., 1, 13(i et 3SI
3. V. entre autres les odes : La lune esl coulUÊiiiere , Cassandre ne donne pas ; Baiser fils de deus leures closes ; les sonnets : Ah ! seigneur Dieu ; Quand au lualin , Je suis, je SUIS plus aise ; Las, plust à Dieu ; O de nepenthe et de liesse pleine,
i. 0 Les .-Imours d'un autre, écrivait-il en 15(59, poète assurément meilleur qu'homme privé, portaient au devant le portrait d'une Cassandre imaginaire (j'aime mieux cette supposition) ou bien trop réellement courtisane ou adultère... » lEpitre-dédicace de la 2*^ édition, expurgée et protestante, des I^oemala, parue chez H. hstienne.) — Bèze a l'ait sur Cassandre cette double conjecture fausse, parce qu il n a pas compris, ou a
DE L OEI VHK LYRIOl'E DR RONSARIl 117
Tels senties sujets auxquels se complaisait en 1553 la Muse lyrique de Ronsard, iniluencée par les épigrammes de l'Anthologie, par les fragments des gnomiques grecs, par les vers catulliens de toute provenance, enfin parles poésies légères qui florissaientau delà des Alpes. Elle était ainsi ramenée par un grand détour à la tradition française et aux badinages des poètes marotiques. Pou après la réédition du Cinquicsme livre des Odes, la mort de Rabelais inspirait à Ronsard une nouvelle « folastrie », digne de figurer au nombre des épitaphes humoristiques mises à la mode par Marot ; et pourtant, elle aussi était directement imitée de r.4(W/?o/()(;ie, des épigrammes funéraires consacrées au « po'éle biberon » par excellence, Ânacréon, dont le caractère et les «propos vineux » semblaient à Ronsard offrir quelque analogie avec ceux de Rabelais '. J'ai montré ailleurs que, contrairement à l'opinion généralement répandue, ces vers sont un témoignage de la sympathie que dut ressentir pour l'auteur de Pantagruel notre poète épicurien et gaulois '. Les années suivantes, c'est Anacréon lui-même que Ronsard célébrera et imitera, chantant de plus belle le vin et l'amour, qu'il ne sépara jamais, invitant ses amis à la jouissance, aux joyeuses beuveries,
au farniente
Entre les potz et les jonchées '.
Cependant la « docte obscurité « qu'il avait antérieurement affectée, et qu'il ne se décidait pas à condamner, fut cause que, même après s'être réconcilié avec Saint-Gelais, même après avoir fait à la masse des lecteurs les concessions que l'on sait, Ronsard trouva encore en 1553 de l'opposition à la Cour. Des courtisans inconnus continuèrent à railler un poète qui avait besoin d'un interprète pour être compris. Nous en avons les preuves 1° dans VEpilafe de fJiKjues Salet, qui n'a pu être
feint de ne pas comprendre, que pour Ronsard la poésie,érotique élalt surtout un jeu d'imagination. Celui-ci avait pourtant raillé en 1503 les prolestants naïfs qui prenaient au sérieux les badinages et les fantaisies de son esprit :
Ainsi tu penses vrais les vers dont je me joue...
(Responce aux injures... vers 903-908 ; éd. BI., VII, 124.)
1. Voir Bl., VII, 373. C est la 12'" pièce du llocayc de nov. l.'iSl. Pour les épitaphes correspondantes Ac\'.inlhoU>ijie, v. la traduction de l'éd. Jacobs (Hachette), t I, Ei>igr. fun.. nos 23 à 33.
2. Rev. des Études Rabelaisiennes, 1903, pp. 210 210. Sur cette pièce bachique plutôt que satirique, Sainte-Beuve me semble avoir dit la vérité : « C'est cette épitaphe que Bayle cite comme injurieuse à Rabelais ; mais je n'y puis voir qu'une plaisanterie, et le bon Rabelais, s'il était revenu à Mendon le jour quelle y fut composée entre les pots, n'aurait l'ait probablement qu'en rire. » (Œuvres choisies de P. de Ronsard, éd. I.i. Moland, format grand in-18, p. 339.)
3 Meslanges de uov. IS.")!, odelette .4 Corydnn iBl., II, 3.52).
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composée avant la deuxième moitié de 15o3, et où il parle de ces médisances, si nuisibles à son avenir, comme d'une calamité toujours présente ' ; 2° dans les Ïambes contre un mesdisant de Ronsjrd, qui parurent à la fin des Gayelez d'Olivier de Magny en juin 1554 ^ ; 3° dans un chaleureux remerciement de Ronsard à Magny, également imprimé à la fin de ce recueil ^. C'est seulement au printemps de 1554, dans une pièce de vers adressée à Fr. Charbonnier, que Ronsard put se dire" sauvé des flots de la tempeste » *.
Mais ce qu'il ne faut pas se lasser de redire, c'est qu'il n'attendit pas d'être unanimement reconnu le plus grand poète de France pour daigner descendre de son Olympe et écrire, comme ses prédécesseurs, des poésies lyriques de courte haleine, d'allures simples ou libres, parfois jusqu'à la licence, capables de plaire aux gens de Cour et de lui valoir des partisans dans toutes les classes de la société Ce changement d'attitude fut beaucoup moins une conséquence qu'une cause de son succès, et Ronsard savait parfaitement ce qu'il y gagnerait. Au reste, les Grecs ne lui avaient-ils pas donné Vexeimple^ L'Anthologie n'était-elle pas un recueil de fleurs très humbles, et cependant très parfumées ? Les plus doctes poètes, comme Catulle, n'avaient pas craint de s'abaisser et de dérider leur front grave. Ils avaient prouvé que le domaine de l'art n'a pas de limites, qu'il peut s'exercer et se manifester sur toutes sortes de matières, que les petits sujets enfin exigent souvent de l'artiste plus d'efforts que les grands et partant plus de mérite. Un sonnet sans défaut
1. BI., VII, 269-70. Le poète Salel mourut en 1553, à 49 ans et 6 mois ; on le sait d'une fa<;on certaine par l'épitaphe latine que lui consacra P. Paschal et qui se trouve à la fin du volume intitulé ; Les onzième et douzième Hures de l'Iliade d'Homère, traduicls du grec en frcinçois par feu Hugues Salel .. avec quelques vers mis sur son tombeau par divers poï'tes de ce tems. C'est dans ce tombeau que figure pour la 1""' fois la pièce que Ronsard a consacrée Aux mi'incs de Salel. Or ce vol. parut au début de 1554 en vertu d'un priv. octroyé le 25 juillet 1553 cf. Courbet, Xotice des Dernières Poésies de Magnj-, p. xxvri; Favre, tbèse sur 0. de Magny, pp. 45-50 . D'autre part, Salel vivait encore lors de 1 apparition des Amours de Magny, témoin la dédicace qui est datée du 27 mars 1553, et lorsque Magnj' composa son Hymne sur la naissance de Marguerite de France, qui eut lieu le 24 mai 1553. Conclusion : Salel mourut en juin, et c'est justement la date que fi.\e T. de L. (sans preuve d'ailleursj dans l'Intermédiaire des Chercheurs, î. VIII, p. 388, et qu'adopte H. Chardon dans son étude sur la Vie de Tahureau. p. 25.
2. Hl. a faussement attribué ces fambes à Honsard lui-même (\'1I1, 149i.
3. Bl., \'I, 269 Cette pièce fut réimprimée dans le Bocage de nov. 1554. Je te jure, disait Ronsard à son ami,
De n'endurer jamais qu'un sot te face injure Sans te vanger, ainsi que tu m'as revangé Du sot injurieus qui m'avoit outragé.
4. BI , VI, 239 à 245. Cette pièce parut, elle aussi, dans le Bocage de 1554. Une autre, écrite la même année, l'ode A Martial de Lomenie, où Ronsard remercie ce secrétaire du roi de sa « courtoisie » et de ses « honnestetés », pourrait bien se rattacher au même épisode, car d'après la fin des ïambes de Magny, l'insulteur de Ronsard aurait également insulté le dit Loménie.
DE l'œuvre L^KIQLE DE HO.NSAHD 119
ne valait-il pas un long poème ? Ces pensées, Ronsard les avait toujours eues, même au plus fort de ses accès d'enthousiasme homérique etpindarique. Mais le besoin de faire du bruit et d'impressionner fortement l'opinion dès l'abord par du nouveau, du sublime et du mystérieux, les avait en quelque sorte refoulées ou éclipsées de ITiio à 1531 environ. Vers loo2 elles devinrent pour lui des vérités de premier ordre, qui allèrent en s'alfirmanl et s'imposèrent de plus en plus à son esthétique durant la période de sa maturité, c'est-à-dire de 1552 à 1563.
Les conseils de ses protecteurs, les conversations échangées sans passion avec des amis compétents, les ripostes de l'ancienne école poétique aux attaques de la nouvelle, en particulier les raisonnements si judicieux du poète charoUais G. des Autels, qui ne croyait pas inconciliables les principes de l'une et ceux de l'autre ', enfin l'enseignement et l'exemple récents de Muret, auteur des Juvenilia, tout cela fit réfléchir Ronsard et lui ouvrit les yeux. Nous avons vu que son revirement se manifesta, pour commencer, de façon bruyante et immodérée par la publication des Folas(rie>i, dont une bonne partie venait de rAn//(o/o'jiît; et l'autre reprenait en l'exagérant la tradition nationale. Puis, presque aussitôt, avec une aisance remarquable, Ronsard rencontrait la note juste et réussissait la mise au point : il écrivait l'ode de dix-huit vers, Mignonne, allon voir. A partir de ce moment, sans toutefois pouvoir se flatter souvent d'un pareil bonheur, il laissa de côté les longues odes, au moins pour un temps. 11 ne crut pas déroger en écrivant des blueltes à la façon des chansonniers de la Grèce et de leurs imitateurs alexandrins et latins. 11 mit au contraire une sorte de coquetterie à composer de petites pièces, des diminutifs d'odes, des odelettes, comme il les appela lui-même -.
1. V. la Réplique aux fur. def. de L. Meigrel (1550), les préfaces de VAmoureux repos el des Façnns lyriques (15531.
2. Ce mot apparaît pour la première fois dans les deux recueils de novembre 1554, le Bocage et les Meslanges. On le trouve ensuite plusieurs fois dans les Ruisseaux de Charles Fontaine (1555).
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