Texte de 1 édition princcps. Cf. 151., VI
2 Konsard reprit cette « tîctioii » et la développa dans une ode des Meslanges : Si tost que tu sens ariver-
3. Veux tu sçavoir quelle voye (v. ci-dessus, p, 94). C'est le n" 119 des Epigrammes morales ; il est anonyme d'après Fr. Jacobs (Cf. éd. Didot, t. Il, p. 292). H. Estienne et R. Belleau devaient être de cette opinion, car on ne le trouve pas dans leur recueil. Ronsard a pensé le contraire au moins jusqu'en 1560, car il signalait encore son quatrain comme une imitation d'Anacreon dans sa première édition collective [Poèmes, livre m, n» 24).
4. S. Macrin, Carmina, lib. IV, Ad Vulcanuni ex Anacreonte (éd. princeps, 1530, (' 63 V"). ^ J. Second, Epigrammata, dernière pièce, intitulée Ex Anacreonte (éd. princeps, 1541).
5 Dans les éditions courantes des Anacreonlea, qui ont pour point de départ celle de H. Estienne, ces deux odes sont numérotées XV et XVII. — Les derniers éditeurs de
DE l'oeuvre lyrique DE RONSARD 12,T
I>'or n'attire point ma vie :
Aux Roys je ne porte envie :
J'ay soucy tant seulement D'oindre mon poil d'oignemcnt :
.Tay soucy qu'une couronne De fleurs ma teste environne :
Le soin de ce jour me point :
Du demain, je n'eu ay point :
Et qui sçauroit bien cognoistre Si un lendemain doit estre ?
Vulcau fay moy d'un art gent Un creux gobelet d'argent Et de toute ta puissance Large creuse luy la panse :
Et me fay, non point autour Des estoilles le retour, Ni la charréte céleste, Ni cet Orion moleste.
Mais bien un vignoble verd, Mais un cep riant couvert D'une grappe toute pleine Avec Bacchus et Silène.
Telle est dans les Folasiries d'avril 1553 la première ébauche de l'ode On grand Turc je n'ai/ sourrj, qui parut dans les Meslanqes de novembre 1554, sensiblement différente et deux fois plus longue ^.
Tous ces documents nous prouvent que, bien avant la publication de H. Eslienne, Ronsard respirait avec plaisir une sorte d'atmosphère ^ anacréontique. A vrai dire, il respirait cette atmosphère depuis qu'il imitait les odes légères d'Horace, c'est-à-dire depuis plus de dix ans. Mais c'était indireclement et d'assez loin. Il s'était rapproché sensiblement d'Anacréon lui-même, en étudiant et imitant les épigrammes de l'Anthologie grecque , h l'instigation et à l'exemple de Muret, c'est-àdire dans les années 1552 et 53 '2. Il connaissait aussi probablement les
l'Anthologie ont placé les deux odelettes grecques l'une après l'nulre (Fr. Jacobs, trad. Hachette, Epigr. comiques, n"' 47 et 48 ; Didot, II, p. 293). Mais les premiers éditeurs les avaient soudées l'une à l'autre ; leur exemple fut suivi non seulement par Salmon Macrio, Jean Second et Ronsard, mais par Baïf IPasselems, éd. Marty- Lav., tome IV, p. 266) ; R. Belleau, au contraire, suivit dans sa trad. franc. VAnacréon de H. Estienne, qui les avait séparées. Voira ce sujet une excellente note de VAnacréon de J. Barnes (Cambridge. 1705), p. 54, vers 261.
1. V. ci-dessus, pp. 94 et 103, et ci-après, p. 136. — J'ai le premier réédité cette odelette, a\'ec l'indication de ses sources, dans la Revue de la Renaissance de Juillet 1902, art. sur Ronsard poète gaulois, pages 6 et 7.
2. UAnlhologie de Planude, éditée à Florence en 1494, avait été réimprimée plusieurs fois dans la première moitié du xvi"^ siècle, notamment à Paris en 1531 et 1546,
124 GENÈSE ET ÉVOLITION
A'uils d Aiilu-Gelle et le Banquet d'Athénée, qui contiennent des fragments d'Anacréon '. 11 possédait une édition de Théocrite, qui comprenait non seulement l'épigramme sur VAmow- voleur de miel, mais des pièces anacréontiques de Bion et de Moschus, attribuées alors au poète Syracusain^. U s'était procuré le Florilège de Stobée, dont une nouvelle édition avait vu le jour à Paris en 1352; il y avait trouvé également des extraits d'Anacréon, à côté d'une pièce bachique de Panyasis et d'un fragment erotique de Sophocle, qu'il a paraphrasés dans la seconde moitié de 1553 ou dans la première moitié de 1554 •''.
Si l'on ajoute qu'Adrien Turnèbe, dont Ronsard a été l'auditeur et l'admirateur, fit paraître en 1533 un recueil de pièces et fragments gnomiques de dix-sept poètes grecs, parmi lesquels Théognis, Phocylide, Solon, Tyrtée, Callimaque, Mimnerme, Panyasis et Simonide * ; que la même année Guill. Morel publia la traduction de ce recueil en vers latins ^ ; que Ronsard à celte époque collectionnait lui-même et traduisait avec ardeur tout ce qui lui tombait sous la main en fait d'élégies grecques ; qu'il transportait dans ses vers des passages de Tyrtée,
et, avec traduction latine, à Cologne 1528), à Bâte (1529), à Fribourg-en-Brisgau (1544\ En janvier 1546, Alamanni avait dédié à Marguerite de France un recueil d'ii/Jigranimes imitées de l'Anthologie gr., de Théocrite, Moschus, Lucien, Catulle, Ovide, Ausone. « Mais, soit qu'il en fût peu satisfait, soit que le genre ne lui parut pas digne des honneurs de l'impression », il ne les avait pas publiées. Cependant quelques-unes ayant circulé manuscrites à la Cour de France, il est possible, sans qu'on puisse l'affirmer, que Ronsard ait entrepris d'imiter l'Anthologie à l'exemple du poète italien VJ H. Hauvette, thèse fr., 1903, pp. 258 et 510). Uuoi qu'il en soit, Ronsard n'imita l'Anthologie gr. qu'une ou deux fois (par ex dans l'ode A Phebus lui vouant ses chcveus] avant d'avoir fait la connaissance de Muret.
1. Les Nuits Attiques avaient été souvent réimprimées dans la première moitié du xvf siècle, à Rome, Venise, Florence, Strasbourg, Lyon. — Le Banquet des Sages avait été publié à Venise en 1514 (Brunet, Manuel du Libraire)
2. Outre les éditions de Venise, de Home et de Bàle (1495-1541), Théocrite avait été publié avec Bion et Moschus. dont on lui attribuait les œuvres, à Paris en 1543, à Francfort en 1545. avec traduction latine. A noter d'ailleurs qu'aucune des pièces de Ronsard imitées de Bion ne parut avant novembre 1554.
3. Antérieurement le recueil de Stobée avait été édité à Venise en 1530, à Zurich en 1549. La pièce de Panyasis HtTv' «ye ot, /.■xl ttÎv; [Floril., XVIII, 22 a été imitée dans l'ode des Meslanges ; Boy, vilain, c'est trop mangé ... ; le fragment de Sophocle ' ii Txa:o£(;, ï) -coi [Id., LXIILG), a été imité daus l'ode des Meslanges : Venus est par cent mile noms.
4. Je cite ces noms dans l'ordre du titre. Les autres poètes dont Turnèbe éditait des fragments sont : Un Pythagoricien, Naumachius, Evenus, H.hianus, Eratosthènes, Linus, Menecrates. Posidippe et Métrodore.
5. V. la Thèse latine de Louis Clément sur A. Turnèbe, p. 132. Le texte grec et la Irad. latine parurent séparément i'chez deux éditeurs différents, l'un chez A. Turnèbe, l'autre chez G. Morel), avec le millésime 1553. Mais, vu l'absence de privilège daté et d'achevé d imprimer, il est difficile de dire s'ils parurent en même temps. C'est cependant probable et Ronsard a pu profiter tout de suite de la trad. latine, par ex. pour son Ode sur les misères des hommes parue en mai, et pour sa Harangue du Duc deGuisc parue en juillet 1553. On trouve les deux parties réunies dans l'exemplaire de la Bibl. Nationale : rvwjJ.o).OY'-ï' -aXatotiTcov 7tO'.r|t(ûv, Yb, 416.
rtE l'(*:uvhe lyrioik de Ronsard IS."}
de Tliéognis, de Mimnerme, de Simonide, du «doux » Simonide ' ; qu'il allait chercher des développements gnomiques jusque dans Aratus et Callimaque, jusque dans les fragments de Ménandre et de Philémon -, — alors on comprendra sans peine que Ronsard ait négligé Pindnre dès 1532, puis l'ait abandonné sans retour en looa, et l'on aura la clef d'une bonne partie des pièces lyriques du deuxième Docaije et des Meslanges qu'il fit imprimer au mois de novembre 1354^.
Le Bocage de novembre 1534 était « dédié à P. de Paschal du bas païs de Languedoc », l'un des membres de la Brigade, auquel Ronsard avait adressé déjà en 1350 l'ode 19 du livre I '^, et en 1332 le sonnet De loij J'asclial, il me plaixl que j'escrive ^. 11 débutait par celte pièce, pleine d'intérêt pour l'historien, et d'autant plus digne d'être reproduite ici, que, supprimée par Ronsard dès sa première édition collective, elle n'a reparu qu'à la tin du xix'^ siècle dans l'Appendice de l'édition Marty- La veaux (VI, 339) " :