XXII LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE KONSARD
Et l'on sait que, pour joindre l'exemple au précepte, l'intraDsigeant novateur publiait en même temps que la Deffencp, et à la suite de VOlive, sous le nom de Vers lyriques, un recueil de treize odes, ni plus ni moins régulières que les pièces qu'il condamnait, mais en revanche si remplies de « vestiges d'antique érudition » que presque toutes ont paru « médiocres » à l'historien consciencieux de Du Bellay '.
C'était au mois d'avril Io49. Sibilet, qui traduisait alors V/pliigétiie d'Euripide et n'ambitionnait pas le renom de poète lyrique, se contenta d'insérer dans la préface de sa traduction, qui parut en novembre, une riposte sommaire, sans rien de précis sur la question de l'ode. Cependant il parlait, en ces termes malicieux et quelque peu vifs, des mètres et rythmes qu'il avait employés pour rendre les récits, dialogues et chœurs de son modèle : « Au demeurant l'ay suivy quasi à pié levé en la forme dés vers, rendant lésTrocaïques Grés en Alexandrins François, lés lambiques trimétres et quelques Anapéstiques en Héroïques (décasyllabes) : les autres méllés de divers genres plus petis, et usurpés par Euripide au Cœur (sic) introduit en cette Tragédie, en diverses sortes aussi de moindres vers : et aucunefois tant petis, et pour leur petitesse tant malaisés à vêtir de leur livrée, que j'ay bien grande peur que la rudesse par endrois ne vous en déplaise... Et à cela me suy-je quasi contreinct exprés, pour faire qu'en ce petitPoème toute sorte de ryme et tous genres devers fussent à peu prés compris... Car vous y lires dés vers depuis deus syllabes jusques à tréze, et la plus grande part dés assiétes de Ryme aujourd'huy usurpées en nostre langue Françoise, voire jusques au sonnet, lay, virelay, et ryme altérée, et n'y eusse omis le rondeau, s'il y fût autant bienvenue propos. Cette mienne mignardise à l'aventure déplaira à la délicatesse de quelques hardis repreneurs : mais si je say que la friandise vous en plaise, ce me sera plaisir de leur déplaire en vous plaisant. J'ay d'avantage tant ausé, que de me retirer en quelques choses de l'opinion et abus vulgaire, et du grand chemin dés vaches .. ^ » Autrement dit : je n'ai point imité le sot bétail des imitateurs serviles, — et plus loin il laissait entendre que
l'ordre qu'il a suivi, qu'en outre et surtout l'éditeur de la Deffence fut précisément Arnoul 1 Angelier, chez qui Du Bellay devait fréquenter en 1548.