H. Chamard. Ihésefr., pp. '204 à
2. Avertissement aux lecteur.s de Vfpbiiiene d'Euripide. La dédicace à Jean Brînoa est datée du l" septembre 1549 Bibl. N'ai., Rés., Yb, 832 .
Sibilet, au reste, n'était pas un intransigeant. Avec les plus intelligents et les plus avancés des poètes marotiques, il était partisan d'une renaissance, ou plutôt d'une régénération de la poésie parle moyen d'unejudicieuse et discrète imitation des œuvres antiques et italiennes ; il comprenait qu'elle avait besoin de fortifiants et de toniques, et qu'ils étaient là. .\ussi n'eut-il pas de peine à se réconcilier avec son adversaire et à seralliersincèrement à l'école nouvelle, d'autant plus que, dès 1551, Du Bellay et Ron-
INTRODUCTION XXIU
Du Bellay au contraire, qui maltraitait si fort les traducteurs dans sa Deffence,a.yaM « mot à mol traduit dés autres» ce qu'Use vantait d'avoir trouvé. Puis, raillant la conception aristocratique et érudite que se faisait de la poésie son « hardi repreneur », il louait derechef les grâces naturelles de Clément Marot.
Mais un événement littéraire très considérable allait pousser à bout la patience des llhétoriqueurs et des Marotiques, porter au comble leur indignation, précipiter leurrésistance, et partager nettement le ■ monde des poètes en trois camps : les représentants de la poétique ^ ancienne ou conservateurs, les champions d'une poétique nouvelle ou révolutionnaires, et les éclectiques ou modérés, dont la sage intervention devait assez vite rapprocher et réconcilierles deux partis extrêmes. Cet événement, c'est la publication des Quatre premiers livres des Odes de Ronsard dans les premiers mois de looO. Ils débutaient par un avis Au lecteur, plus hautain, plus provocant encore que le passage de la ZJe^ence relatif aux odes. Voici en quels termes l'auteur revendiquait ses droits de priorité comme poète lyrique de France : " Si les hommes, tant des siècles passez que du nostre, ont mérité quelque louange pour avoir piqué diligentement après les traces de ceus qui, courant par la carrière de leurs inventions, ont de bien loin franchi la borne, combien davantage doit on vanter le coureur qui, galopant librement par les campaignes .\ttiques et Romaines, osa tracer U7i sentier incorijiu pour aller à l'immortalité ? Non que je soi, lecteur, si gourmand de gloire, ou tant tormenté d'ambitieuse presumption, que je le veuille forcer de me bailler ce que le tens peut estre me donnera. . Mais quand tu m'appelleras le premier auteur Lirique François et celui qui a guidé les autres au chemin de si honnesie labeur, lors tu me rendras ce que tu me dois... Des mon enfance j'ai tousjours estimé l'estude des bonnes lettres l'heureuse félicité de la vie... Donques désirant par elle m'approprier quelque loiiange, encores non connue, ni atrapée par mes devanciers , et ne voianl en nos Poètes François chose qui fust sufTisante d'imiter, j'allai voir les étrangers ', et me rendi familier d'Horace, contrefaisant sa naive douceur, des le même tens que Clément Marot (seuUe lumière en ses ans de la vulgaire poésie '-) se travailloit à la poursuite de son Psautier, et osai le premier des nostres enrichir ma langue de ce
sard s'assagirent et abandonnèrent la moitié des déclarations de principes de la Deffence. Mais il conserva sou admiralion pour Marot et Saint Gelais, ainsi que le firent les autres éclectiques. V ci-après, pp. 83-84.
1. Cest-à-dire : « Je me mis à étudier les Grecs, les Latins et les Italiens », et uou pas : « Je voyageai dans les pays étrangers. »
2. C'est-à-dire : « le seul qui brillât à son époque parmi les poètes français écrivant en français. »