XXIV LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD
nom. Ode. comme l'on peut veoir par le titre d'une imprimée sous mon nom dedans le livre de Jaques Peletier du Mans l'un des plus excelens Poètes de nostre âge, af/in que nul ne s'atribue ce que la verilé commande extre à moi. Il est certain que telle Ode ' est imparfaite, pour n'estre mesurée, ne propre à la lire, ainsi que l'Ode le requiert, comme sont encores douze, ou treze, que j'ai mises en mon Bocage, sous autre nom que d'Odes, pour cette même raison, servans de tesmoignage par ce vice à leur antiquité. Depuis - aiant fait quelques uns de mes amis participans de telles nouvelles inventions, approuvants mon entreprise, se sont diligentes faire apparoistre combien nostre France est hardie et pleine de tout vertueus labeur, laquelle chose m'est aggreable pour \bo\v, par mon moien, les vicus Liriqnes si heureusement resuscités. Tu jugeras incontinant. Lecteur, que je suis un vanteur et glouton de louange : mais si tu veus entendre le vrai, je m'asseure tant de ton accoustumée honnesteté, que non seulement tu me favoriseras, mais aussi quand lu liras quelques trais de mes vers, qui se pourroient trouver dans les œuvres d'autrui, inconsidérément tu ne me diras ^ imitateur de leurs écris : car l'imitation des nostres m'est tant odieuse (d'autant que la langue est encores en son enfance) çue jiour ceste raison je me suis esloingné d'eus, prenant stile apart, sens apart, euvre apnrt, ne désirant avoir rien de commun avecq' une si monstrueuse erreur. Donques m' acheminant par un sentier inconnu, et monstranl le moien de suivre Pindare, et Horace, je puis bien dire {et certes sans vanlerie) ce que lui-même modestement témoigne de lui,
Libéra per vacuum posui vestigia princeps. Non aliéna meo pressi pede.
Je fa maintesfois avecques prières admonesté de mes amis faire imprimer ce mien petit labeur, et maintesfois j'ai refusé, apreuvant la sentence de mon sententieus Auteur,
1. C'est-à dire : >< cette ode ", comme quelques lignes plus bas : « ces nouvelles inventions ».
2. C'est-à-dire » depuis l'époque où je commençai à composer des odes horatiennes », et non pas « depuis l'apparition de cette ode •>. Ces amis, auxquels il fit part de son invention, et qui grâce à tui ont également imité Horace, mais ont publié avant lui leurs imitations, sont évidemment Peletier [Œiiures poél-. \hVl et Du Bellay Vers lyriques et Recueil de l'oesie, 1549). Ce sont eux qu'il a « guidés au chemin de si honneste labeur ». M. Chamard a parfaitement interprété tout ce passage Heu. d'Hist litt., art cit., pp. 47-48) ; les vers suivants, de 1550, corroborent son interprétation :
Puis afiFectant un œuvre plus divin,
Je t'envoj'ai sous le pouce angevin
Qui depuis moi t'a si bien fredonnée
Qu'à nous deus seuls la gloire eu soit donnée. (131. ,11, 128.)
3. C'est-à-dire : " ,re suis silr que tu ne seras pas assez inconsidéré pour me dire imitateur de leiu-s écrits, a