DE L OEUVRE LYRIQUE DE RONSARD
pour pleurer la mort de Marie, il emprunta à Pétrarque lui-même les accents, d'ailleurs admirables, dont celui-ciavait pleuré Laure morte '.
Ronsard fut très vivement épris de Marie ; à preuve la véritable jalousie, que lui fit concevoir dès l'année suivante un rival plus beau, plus riche, partant plus heureux que lui, son ami et parent Charles de Pisseleu, évêque de Condom et abbé de Bourgueil -. Il était jaloux de tous ceux qui approchaient Marie, même du médecin qui la soignait-', et Binetnous dit en propres termes: « Il Ta fort aimée et icelle quittée pour quelque jalousie conçue *. » En faut-il davantage pour expliquer le style relativement simple, attendri et pénétrant des œuvres qu'elle lui inspira ? Le poète avait à cœur de se faire comprendre de cette belle paysanne. Les sonnets se débarrassèrent donc de leur mythologie, et les odes devinrent des chansons sans prétention, du moins sans emphase ni obscurité, des chansons qu'apprirent les gens de Bourgueil et qui coururent le pays 5.
Personne n'en sera surpris après ce que nous avons déjà dit des Folastries, du Bocage et des MesJancjes. Depuis trois ans Ronsard s était familiarisé avec l'idée que la poésie existe partout, même dans les plus humbles sujets, et qu'il sulTit de l'y découvrir ou de l'y mettre. Il avait même écrit à l'usage de tous, et non plus seulement pour quelques initiés, des milliers de vers simples et clairs. Mais il n'osait trop l'avouer, ou plutôt il n'avait pas encore eu l'occasion de proclamer ses vues nouvelles. En 1553 et 56 il s'y décida ; et l'on vit ce fougueux « pindarrseur » de 13.^0 réhabiliter au grand jour, non seulement par la pratique, mais dans plusieurs déclarations de principes, le genre de la chanson, si cher aux Marotiques, si dédaigné d'abord des Ronsar-