‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 141 sur 509 · V. ci-après, chap. v, § I B · texte numérisé non relu

V. ci-après, chap. v, § I B

2. Bl , I, 148, note. Mais Belleau a commis là une erreur (el Bl. également, VIII, 25), en afîirmant que Ch. de Pisseleu n était pas encore évéque en 1556. \ . ci-dessus, p. 54, note 3. Trois odes de 1550 sont adressées à Ch. de Pisseleu « evesque de Condon u ; en 1555 l'épître Auant que l'homme soit en ce bas monde né, au même « evesque de Condon ». Il est probable que Ronsard connut Marie durant un séjour chez son ami. Mais l'ami, tout-puissant à Bourgueil, ne tarda pas à séduire la « petite pucelle angevine ». Ronsard ne pardonna pas à son rival et rompit toute relation avec lui. Pisseleu mourut le 4 septembre 1564. Une chronique de l'abbaye de Bourgueil dit qu il « dépouilla l'aumonier. le cellerier et le prévôt et qu il persécuta les religieux. » lArch dép. d'Indreet-Loire.)

3. Bl.. I, 198 : Ha! que je porte... et 404 : D'un sang froid...

4. La difierence caractéristique entre l'amour du poète pour Cassandre et son amour pour Marie, c'est que la première, qu'il n aimait que de tête, ne lui a inspiré aucune jalousie, tandis que la deuxième, qu'il aimait vraiment et qui lui accorda certainement beaucoup plus de faveurs que Cassandre, lui donna bien des motifs d'être jaloux. (Cf. Bl., I, 191, 195, 202. 206, 229, 403-404, 405 ; IV, 229 et 283.i

5. Cf. Bl., IV, 229. Ronsard n'a pas écrit, comme il le dit hyperboliquement, « cent mille chansons » pour Marie, mais une centaine de sonnets et environ vingt-cinq chansons proprement dites. ,Iusque-là il avait timidement donné ce dernier titre à quatre seulement de ses pièces lyriques.

diens. li'amour acheva ce que la raison avait commencé : le rappro- / chement, l'union, la fusion même des deux écoles opposées.

Les contemporains ont parfaitement remarqué le changement de ton de Ronsard, ses diverses causes et la principale d'entre elles. Quelques lecteurs le lui reprochèrent, comme en témoigne le sonnet à Tyard qui parut en looo :

Thiard, chacun disoit à mon commencement Que j'estoi trop obscur au simple populaire : Aujourd'hui, chacun dit que je suis au contraire. Et que je me déments parlant trop bassement '.

Mais les austères et les indépendants qui regrettaient, les uns son penchant irrésistible à célébrer les femmes et l'amour 2, les autres sa « servitude à demi-courtisane » à l'égard des « grands » ou de « la populace » 3^ furent une minorité, disons mieux, une exception ; au reste, ses Hymnes leur donnaient en partie satisfaction. L'opinion fut

-^ généralement favorable à l'évolution lyrique de Ronsard. Xous avons vu ce qu'en pensaient Saint-Gelais et Ch. Fontaine, c'est-à-dire les Marotiques. Les membres de la Brigade furent presque tous du même avis; parexemple J. Peletier, l'un de ses initiateurs, qui, dans un Art

^ poétique Tparu précisément en juin 1353, demandait que les poètes, loin de compliquer et d'obscurcir l'expression de leur pensée exclusivement en vue des lecteurs érudits, la rendissent compréhensible « aus moins savans » * ; par exemple aussi G. des Autels, qui, judicieusement, avait

1. lil. I, 147. — Tyard lui-même avait mis dons la bouche de sa Pasitliée un résumé des plaintes que les lecteurs articulaient contre robscurité des premières œuvres de Ronsard Solitaire premier, éd. Marly-Lavcanx, p. 228; ce dialogue avait paru à Lyon en 1552).

2. V. ci-dessus, pp. 104 et 105. — Cf. le sonnet de Denisol sur VHercuU Chrestien (Bl., V. 167i ; VElegie à Rob. de ta Haye Id , IV, 295^ ; la dédicace de la Nouvelle Contlnitalion des Amours ;Id., VI, 231;; VElegie à Louis des Masures (Id , VII, 50). On peut voir encore la fin des distiques latins de Dorât qui suivent la dédicace du premier livre des Hymnes :

Maleria cur ingeniuin premis usque minore ? Cœleslis ciclum est dicere vatis opus.

3. Kxpressions d'E- Pasquier dans une lettre à Ronsard, qui est datée précisément de 1555. Nous savons d'ailleurs que Pasquier ne faisait « presque nul triage » en Ronsard y trouvant « tout beau », même les Folastries, et qu'il n'admirait guère moins Cl. Marot Rech. de la Fr., livr. VII, ch. vi et vn).

4. Cf. H. Chamard, thèse lat., pp. 44 et 45. — Ses Œui'res portiques de 1547 contenaient déjà un dizain épigrammatique A un poète e^crivant obscurément, qui à cette date ne pouvait être que Maurice Scève. Cf. P. Laumonier, Rcii. de la Renaissance de mai 1901, p. 2.>6

Bien que Peletier ait quitté Paris dans le courant de 1548, pour la province où il resta près de dix ans consécutifs, Ronsard n a pas cessé de le considérer comme un membre de la Brigade. Preuves : 1" une ode parue en 1550 (BI., II, 456) ; 2" un sonnet paru en 1555 [Id., I, 153, ; 3" une lettre de Peletier qui est une réponse à ce sonnet là la fin des Demonstrationum libri se.r, parus à Lyon dans les premiers mois de 1557);

DE L'CEUVHE LYRIOl'E DE HONSARD 153

toujours représenté le parti de la conciliation entre les Maroliques et les Ronsardiens, imitant avec ceux-ci les poètes de l'Antiquité et du l'Italie, mais réclamant avec ceux-là en faveur des « bonnes intentions de nos anciens François » contre la sentence des Arislarques, qui rejetaient le style « propre » et n'estimaient chez un poète que « les tropes, voyre les ainigmes » ' ; par exemple encore .1. Taliureau, qui avait protesté à la fin de sou premier recueil contre l'obscurité prétentieuse de certains poètes de la nouvelle école, et publié vers la fin du second des vers malicieux sur les poètes savants,

qui tirent de si loin

Un tas de si hautes sentences Qu'eux- mesmes ilz auroient besoin D'interprète à leurs quintessences -.

J. du Bellay et 0. de Magny, qui alors luijjitaient Rome, ne tardèrent pas à connaître le nouvel amour de Ronsard et ses conséquences littéraires ; nous savons par le second ce qu'en pensa le premier :

Oui, le petit archer mieux que jamais l'entame. Et luy fait dire mieux encor qu'il ne faisoit '•'.

Belleau, en 1560, déclarait que Ronsard, « s'accommodant à l'esprit de sa seconde maistresse », avait suivi pour la chanter « un nouveau stille ..., du tout différent de la majesté et docte industrie de ses premiers sonets..., tant pour satisfaire à ceux qui se plaignoient de la grave obscurité de son stille premier, que pour montrer la gentillesse de son esprit, la douceur et la fertilité de sa veine K » Enfin

4" UQ passage de \ Hymne de Henry II paru en 1555 et reproduit en 1560 (cf. Hcv. d'Hist. Lia , 1905, p. 256 ; 5» uu sonnet de Fionsard paru en 1560 iBl . \'. 351). A défaut de ces textes, l'Art poëliqiie de Peletier, paru à Lyon vers juin 1555, sulBrait à le prouver.

1. V. ci dessus, Introd. pp. xxviii, xliv, xlix et l; 1"^ Partie, p. 110. — Dès 1550, dans la Réplique aux fur. def. de L. Meigrel, it reprochail aux nouveaux poètes d'être lombes dans l'affectalion et le mauvais goût /,ay.o^r,X!al, pour avoir voulu éviter le style propre (i<j/T,[jtiT'.aTOv), et it re|îrcnait à leur sujet le mot d'Horace : In viliuni dncit culpœ fuga. Ct*. ta dédicace curieuse de VAntoureux repos ^Lyon, juin 1553). — Des Autels est un des membres de la Brigade que Honsard estimait te plus : v. notamment te sonnet Sur un autel saeré... et VElegie à J. de la Peruse, parus en 1553.

2. Premières poésies (mai 1554', avanl-dernière page. — Sonnets, Odes et Mignardises amoureuses .1554), ode à.I. du Bellay.

3. V. le sonnet de Ronsard Cependant que tu vois .. (1555; Bt., I, 151), et le sonnet 84 des Souspirs de Magny (1557).

4. Commentaire du 2' livre des Amours, dédicace et note de la pièce initiale (cf. l'éd. de Ronsard par Marty-Laveaux, 1, pp. 405 et 407j. On voit combien tlandar a eu tort d écrire que ta Brigade entière protesta, et que Belleau en particulier n'approuvait pas Ronsard de céder à l'opinion (th. fr.. p. 116;. Il a été trompé par ce texte posthume, ajouté seulement en 1587, et faussement attribué à Belleau en note du sonnet Marie tout ainsi que rous m'ai'és tourné : " Toutefois quelques-uns des plus gaillards

Baif, en 157-2, écrivait que Ronsard, après avoir chanté Cassandre en des vers « hauts et bruyans », quitta « son stile audacieux » pour « soulager » un amour sincère

Et modérer eu phis cIducc chanson

Son brave cœur sous un moins grave son '.

Belleau et Baïf ne faisaient au reste que confirmer l'aveu du poète lui-même, qui, dès 1535, expliquait ainsi son changement :

Marie, tout ainsi que vous m'avés tourné Mon sens et ma raison, par vôtre voix subtile, Ainsi m'avés tourné mon grave premier stile Qui pour chanter si bas n'estoit point destiné -.

Les regrets ou les scrupules qu'il eut peut-être ne durèrent pas longtemps ; et ce ne fut pas seulement, comme le dit Gandar, l'ambition qui les fit taire 3, ce fut la conviction de l'artiste qui ne craint pas de se déjuger ; à preuve cette déclaration précise, énergique et décisive qu'il plaça l'année suivante dans l'élégie A son livre :

Or' si quelqu'un après me vient blâmer de quoy

Je ne suis plus si grave en mes vers que j'estoy

A mon commencement, quand l'humeur Pindarlquc

Enfloit empoulement ma bouche magnifique,

Dy luy que les amours ne se souspirent pas

D'un vers hautement grave, ains d'un beau stille bas

Populaire et plaisant, ainsi qu'a fait Tibulle,

L'ingénieux Ovide, et le docte Catulle ;

Le fils de Venus hait ces ostentations :

Il suffit qu'on luy chante au vray ses passions.

Sans enfleure ny fard, d'un mignard et doux stillc,

Coulant d'un petit bruit comme une eau qui distille.

Ceux qui font autrement, ils font un mauvais tour

A la simple Venus, et à son fils Amour '.

esprits de ce siècle, et des mieux appiis, ont estimé ces Amours de ilarie. pour leur navve simplicité, plus beaux et plus amoureux que ceux de Cassandre, et ceux d'Helene les plus beaux et les mieux polis de tous. Mais ils se Irompenl du tout. » — Les regrcls que Belleau et plus tard Ronsard ont exprimés (Commentaire du sonnet Si j'avois un haineux M.-L.. I, 418, note 321), et épitre A Simon Mcolas {B\., VI, 329) ne concernent que l'abandon des inventions verbales et non celui du style de 1550.

1. Œuvres de Baif, éd. Marty-Laveaux, t.I, dédicace des Amours au duc dWnjou. Cf. Becq de Fouquières. Poésies choisies de Baif, pp. 93-94. Voir encore Binel, Vie de Ronsard, et CoUetet qui le copie : ils parlent du " peu d'artifice et de la simplicité catullienne » qui recommandent beaucoup les Amours de Marie.

2. Dernier sonnet de la Continualion des Amours, texte primitif iBl., I, 208). Cf. la fin du Voyage de Tours {Ibid., 192\

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