V. ci-dessus, pp 120 et suivantes
3. H. Kstienne lui-même avait eu soin d'ajouter au texte grec la traduction en vers latins de 31 odelettes Quatre pièces ou fragments d'Alcée, une ode et un fragment de Sapho terminaient la série des textes grecs. La fajriense ode de Sapho *l*a'.VïTa'. jio*. X£'.vOs vint s'y ajouter seulenïent dans la deuxième édition. Cette 2'^ édition s'augmenta encore d'une traduction latine de toutes les odes d'Anacréon par Helias Andréas ; elle parut vers janv.-févr. 1556, d'après la lettre dédicace d'.Andreas qui est en tète de sa traduction latine, lettre datée du VIII des Calendes de janv. 155(), autrement dit du 23 déc 1555.
4. Les pièces correspondantes dans le recueil de H. Estienne sont les n"* 25, 4, 36, 2, 3, 1, 28 et 29. 40, 11, 33. 9, 45, 12, 15 et 17, 26 et 27,43, 30, 34, 19, 32, 20, 9 du Supplément (n(u),E Spr^v/.W,} et 23.
5. Cf. les n'» 4 du Supplément (lloî.'.oi [Ji'iv r,fx^v f.or,) et 40 du recueil de H. Estienne. Le sujet de la deuxième de ces odes a été également traité par Théocrile, Idylle xix.
DE L'iELVKt: LVHIUI'E DE HOiNSAKD Kil
vin ; L'un dit la prise des murailles ; Je suis liomme né pour mourir ; Pasteur, il ne faut qw>. <m yie/i/in's (épigrainme) ^. Ajoutons cinq odes imitées de Bion, tout à fait anacréonliques et inséparables des précédentes (Sainte-Beuve l'a bien vu ~): Escoule, du Bellai, ouïes Muses ont peur ; Si mes vers semblent doux ; La belle Venus un jour ; Chère Vesper, lumière dorée ; Un enfant dedans un bocage, parues les trois premières en 1534, la quatrième en 1335, la cinquième en 1536 ^ ; sans compter une dizaine d'autres pièces imprégnées du même parfum et enrichies d'un ou de plusieurs vers suggérés par le recueil de H. Estienne-^.
Ainsi Ronsard, plus actif et plus curieux que Rémi Beileau, s'ingéniait à faire passer en français tous les vers d'Ânacréon qui, d'une façon ou d'une autre, lui tombaient sous la main, et cela deux, trois et quatre ans avant que parût la traduction de son ami. Quand ÏAnacréon d'Estienne fut publié, ils entreprirent concurremment de le vulgariser. Mais tandis que Ronsard l'interprétait largement et apportait dans celte interprétation autant d'exubérance que de souplesse, Beileau suivait pas à pas les vers grecs, traduisait hémistiche par hémistiche, mot par mot, avec les lenteurset les scrupules d'un artisan qui regarde ;\ la loupe et polit à la lime. Ronsard faisait paraître ses odes anacréontiques en trois et quatre fois, au fur et à mesure de leur production, et avait soin de les mélanger i\ des pièces d'inspiration différente, sans signaler toujours au lecteur leur origine, trouvant dans la liberté même de sa traduction l'excuse et la justification de son procédé, quelque peu déloyal à première vue ^. Au contraire, Beileau faisait paraître le tout en une seule fois, en un groupement homogène, et déclarait franchement par le titre de son volume qu'il donnait une tra-
1. Cf. les n"s H, 53,5. 16, 24 du recueil de H. Eslienne, et le n" 18 du Supplément (Bfju<c6X = , TT,v à'ikXrv —r'ippo) ^léixt...]
•2. Op. cit., pp. 439 et 441.
3. On ne distinguait pas bien alors les Idylles de Bion et de Mosclius d'avec celles de Théocrile ; on les attribuait presque toutes à ce dernier, et il est très probable que Saint-Gelais, en imitant l'idylle de Bion « sur la mort du bel Adonis », a cru imiter Tliéocrite. La mention de « Bion, poêle grec », dans le titre d'une ode des Mcslanges et de la 4"= ode de la Coiiliiuialion des .iiiioiirs (v ci-dessus, pp. 137 et 158: montre que l'école de Dorât ne fit pas toujours ceUe confusion. Parmi les éditions de Théocrite que Honsard a pu consulter, citons celles de Bàle (1541), de Paris (Wechel, 1543), de Francfort texte grec et trad. latine, 1545). — Bion et Moschus ne furent édités à part t(U*en 1565, à Bruges.
4 V. ci-dessus, p. 130, n« 10 ; pp 134 à 136, n» 5. 6, 7. 10, 16, 29 ; p. 142, n» 18 ; plus la description des vendanges dans l'épilre ,1 .imhroise de la Parle (1554) et la fin du sonnet .4 pas mornes et lents 1555 .
5 Konsard n a pas seulement tu quelques-unes de ses sources anacréontiques ; il a III outre bouleversé dans ses divers recueils de 1554 55 l'ordre de ses imitations, si on lis compare ft Tordre adopté par H Estienne. Peut-èlre faut il voir là un essai de supercherie littéraire. C'est égalemint très visible dans la Nouv. C.onlin. des .inuiitrs, où il a complètement changé Tordre de ses imitations des Epiyraniinata de MaruUe. sans en mentionner une seule.
PIERKE DE RONSARD. 11
duction pure et simple de VAnucréon de H. Eslienne, et non pas, comme son ami, une imitation libre et originale.
Au reste, non seulement les deux concurrents observèrent entre eux une parfaite courtoisie, pendant ces années où l'un exerçait sa verve et l'autre sa patience sur les mêmes textes, mais encore ils échangèrent les témoignages de la plus sincère estime et de la plus vive affection. Jamais peut-être leur liaison ne fut plus intime, bien qu'elle ne remontât guère au delà de 1553 ^ C'est de 1534 à 1556 que Ronsard adresse à Belleau les petits poèmes de la Grenouille, du Freslon, du Fourmij, et que Belleau lui répond par les pièces comparables du Papillon, de ïlleure, de la Cerise, de V Escargot et de VHuilre ; c'est en iooo que Ronsard dédie à Belleau non seulement l'ode Belleau s'il est loisible, mais encore trois sonnets de la Conlinualion des Amours ^ ; à quoi Belleau répond en traduisant trois sonnets de Ronsard en hendécasyllabeslatins^. Et les deux amis ne se ménagent pas les compliments. Belleau parle en ces termes à son Papillon, qui parut (cela vaut la peine d'être remarqué) au /forage de 1534 :
Va-ten, mignon, à mon Ronsard Que j'aime mieus que la lumière De mes yeus, et dont se tient fiera Ma Muse, car il daigne bien Lire mes vers qui ne sont rien.
Tu le trouveras dessus Nicaudre, Sur Callimach, on sur la cendre D'Anacreon, qui reste encor Plus précieuse ifue n'est l'or '". .
De son côté, Ronsard écrit en lo5(Jla flatteuse elégie-préface .1 Chrelophle de Choiseul, où il délivre à « son cher Remy » le brevet officiel de septième poète de la Pléiade •'' ; en 1537, il loue derechef « tant de beaus vers que son Belleau receut de la bouche des Muses » '■, et en 15G0 c'est encore à lui qu'il dédie son élégie autobiographique, afin que la postérité sache bien
. . . que Belleau et Hunsaid nestoient qu'un
1 Je pense que c'est Uenisot qui piésenla Belleau à Honsaid vers la lin de Tannée 1052. V. mon édition de la I iV de Ronsard, Commentaire, aux mots « Kcmy Belleau ».
2. Je Deus me soiwenanl de ma yentille amie; D'une l>elle Marie en une autre Marie ; .Vc me sui point, Belleau, allant a lu maison.
'.i.QueldcIienienl vous metrumpés: Voianl les yens de toy, mmstresse; Amour^ iinitonqne ait dit. La traduction latine de Belleau parut à la suite de son Anacréon et à la fin de la S'unnelle Continuation des Amours.
4. Œuurcs poétiques de Remy lielleau, éd. Marly Laveaux, I, 52.