INTRODUCTION XXV
Noniimque prcmatiir in annwn.
Et mémement solicité par Joachim du Bellai, duquel le jugement, l'étude pareille, la longue fréquentation, et Tardant désir de reveiller la Poésie Françoise, avant nous foible et languissante (je excepte tousjours Heroët, Sceve, et Saint-Cielais), nous a rendus presque semblables d'esprit, d'inventions, et de labeur. »
On ne s'expliquerait pas ce ton orgueilleux de la part d'un débutant, ni cette âpre insistance à se proclamer l'inventeur de l'Ode, ou plutôt l'introducteur de lOde en France, si l'on ne savait pas que plusieurs des contemporains de Ronsard, et non des moindres, lui contestaient alors cette gloire, les uns la partageant entre lui et Du Bellay qui avait fait paraître en 1549, outre ses Vers lyriques, un Recueil de Poésie contenant seize odes, les autres 1 attribuant à J. Peletier qui avait inséré dans ses Œuv7-es poétiques de 1547 une ode traduite de Martial, trois odes traduites d'Horace et, sous le nom de Vers lyriques, quatorze autres odes de son invention, — ou bien à Clément Marot, auteur des Chansons, des Chants divers et des Pseaumes, ou bien encore à quelque poète marotique, Despériers ou Saint-Gelais.
Ronsard disait vrai en affirmant qu'il écrivait des odes depuis huit ou neuf ans ; qu'il avait obéi à des scrupules d'artiste en les gardant inédites jusqu'en 1550 ; que si certains amis l'avaient précédé dans la publication de vers lyriques analogues à ses odes horatiennes, il leur avait auparavant fait part de ses idées et montré ses manuscrits. Admettons même qu'il leur ait servi de « guide au chemin de si honneste labeur », et qu'ils aient suivi sinon ses conseils, du moins son exemple, bien que les témoignages des amis en question (Peletier et Du Bellay) nous laissent un doute à cet égard'. Incontestablement Ronsard ne doit ni à l'un ni à lautre l'idée de composer en français des odes à la manière d'Horace ; il ne leur doit pas non plus l'idée de ses
1. Du Bellay, qui avait alors des raisons de ménager la susceptibilité de Flonsard, l'a bien proclamé en 1549 le premier poète qui eut fait « Horace en France rechanter •> [Chant triumphal sur le uoyaije de Boidongne] . Mais Tannée suivante, après la lecture de la préface des Odes et comme pour y répondre, il dit simplement que Ronsard représentait 1 Ode en France " quant à son vrai et naturel style », et tout en reconnaissant la supériorité de Ronsard et les encouragements qu'il avaitreçusde lui, déclara par deux fois que son vrai initiateur, à lui Du tîellay, était Peletier i préface de la 2" édition de l'Olive et ode Contre les enuieiix^. Enfin le sonnet LX de l Olive, qui parut en même temps, me semble attester seulement la priorité de Ronsard comme imitateur de Pindare. — Peletier, cinq ans plus tard, dans son Art poétique, tout en reconnaissant que Ronsard très jeune lui avait montré des odes horatiennes de sa façon, ne se crut pas obligé de lui décerner pour cela un brevet d'invention et ne dit rien qui pût faire soupçonner que Ronsard lui avait révélé l'ode horatienne. — M. Chamard a le .premier mis en lumière les textes de Du Bellay et de Peletier relatifs à l'invention de l'Ode {Feu. d'Hist litl., art. cit. \ mais mon interprétation de ces textes diffère assez sensiblement de la sienne. V. ci-après, pp. XLvin, n. 1, et 25, n. 3.