Cf. BI., IV, 91. V. ci-dessus, p. 177, note
184 GE^'ÈSK ET ÉVOLLTION
naissance desbienfails le condamnaient à de perpétuelles llatteries, il n'en est pas moins vrai qu'en passant du Collège à la Cour notre poète quitta sa raideur première, et que son style gagna du naturel, de l'aisance, de la clarté, sans perdre rien des fortes qualités qu'il devait à l'enseignement de Dorât et à la culture gréco-latine. Comme d'autre part il a su mêler de nobles conseils aux louanges hyperboliques, dire parfois leurs vérités aux grands et garder vis-à-vis d'eux une liberté relative, j'estime, tout compte fait, que Ronsard a tiré le meilleur parti possible de l'inévitable situation, et qu'il en est résulté pour son œuvre beaucoup moins de dommage que de profit. Nous verrons que dans son rôle de poète de tradition, comme dans celui de poète de révolution qu'il avait d'abord soutenu, il brilla d'un singulier éclat et resta le chef du chœur.
Le règne de François II fut court et triste. Pendant ces dix-huit mois Ronsard n'eut pas l'occasion de collaborer à des fêtes royales. Marly- Laveaux l'a remarqué très justement : la mort inopinée de Henri II avait consterné la Cour ; le sacre de son fils fui célébré le 18 septembre 1559 sans pompe, et les troubles religieux de lofiO laissèrent peu de place aux divertissements et à la poésie '.
Mais Ronsard continue à « supplier les riches » 2. Que ne lui donnet-on une de ces abbayes qu'on accordait si facilement sous François V aux Salel et aux Saint-Gelais, et qui maintenant passent aux intrigants médiocres ou aux étrangers ? Son ardeur à poursuivre une récompense vraiment digne de lui n'a d'égale que sa colère contre les « corbeaux affamez «qui accaparent seuls «les vacquans bénéfices». A preuve la Suyte de rf/i/mne du Cardinal de Lorraine, publiée dans la deuxième moitié de 1539', et V Elégie au Sgr Lhui Hier écr\ie dans le courant de loCU*. On trouve un écho de ces deux passions jusque dans VEIegie ù G. des Antih, où notre poète, au lendemain du « lumulte »
1. Notice sur Ronsard, p XLvir. — Cf. les sonnets Depuis la mort du bon Prince et De Phœbuset des Roys (Bl., V, 313 et 359).