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XXVIII LtS POESIES LYHfOUES DE PIERRE DE RONSARD
demment, les ridicules et les vices de la vieille poétique, l'admettant sans réserves ; mais il en connaissait bien les réels mérites II ne comprenait pas, ou feignait de ne pas comprendre Teffort utile, nécessaire, de la jeune école, lui refusant toute approbation ; mais il en distinguait bien les exagérations et les erreurs. Et il a prédit vrai : Du Bellay, on l'a montré, abandonna heureusement une partie des principes de la Delfcnrc, et s'améliora en lui substituant la partie la meilleure de l'héritage marotique'. Ronsard, nous le montrerons, rendit hommage à qui de droit, et devint par bonheur, avec le temps et la réflexion, un > Marot supérieur. Tous deux eurent « honte en leurs consciences- », et firent amende honorable par des actes, mieux encore que par des mots.
Ce fut pourtant un autre que B. Aneau qui les fit réfléchir et revenir en arrière ; ce fut un poète moins suspect de traditionalisme et de routine, plus modéré, plus conciliant, que le rhétoriqueur lyonnais ; ce fut le très jeune mais très judicieux Guillaume des Autels, de Montcenis en Charollais. Ami de Maurice Scève et cousin de Ponlus de Tyard, il reconnaissait sans peine que la poésie française, en particulier la poésie lyrique, avait des progrès à faire ; il avait l'esprit ouvert aux idées nouvelles, aux beautés de l'art gréco-latin et italien ; il avait les yeux tournés vers l'avenir, qu'il entrevoyait brillant. Mais il trouvait cependant du bon, beaucoup de bon, chez les poètes des écoles passées ; il admirait en particulier la manière d'écrire de l'inimitable Marot et louait fort l'œuvre des Marotiques survivants, dont quelquesuns étaient ses maîtres et ses amis. Pouvait-il garder le silence quand une cabale présomptueuse les dénigrait sans vergogne ? Dès la préface d'un premier recueil de vers, le Repos de plus grand travail, qui parut au printemps de 1,'JoO, il exprima franchement son opinion ; après avoir demandé l'indulgence aux lecteurs pour des œuvres composées « de quinze à vingt ans », il ajouta ces lignes à l'adresse de Du Bellay et de Ronsard : « Au demeurant, je n'ay seulement imité la façon d'écrire des Grecs, Latins et Italiens : ains je n'ay point rejette les
1. Cf. H. Cliamaid, thèse fr., pp. 195 à 199, 216, 224. 252 à 254, 264 à 266, S&S, 402, 404-405, 517. Mais là où M. Chaniard voit une « tendance à se contredire qui est un des traits les plus curieux de sa physionomie », je vois les étapes successives d'une conversion sincère et d'un perfectionnement qui aboutit à l'excellente théorie du naturel artistique.
Du Bellay n'a ianiais cessé en réalité d'être un disciple de Marot : il l'était avant le collège de Coqueret ; il le resta au plus fort de la révolution poétique, en 1549 et 1550 ; on retrouve dans son œuvre jusqu'à des traces du mauvais morotisme fChamard, pp. 29, 195, 197, 233 On peut en dire tout autant de Ronsard.
2. Expression du Quintil {éd. Person, p. 207). Cf. éd. de la Ucffence par Chamard, p. 226, note.