INTRODUCTION XXIX
bonnes inventions de nos anciens François : et retix qui le font me semblent mal illustrer nostrc lamjue. »
Peu de temps après, comme s'il craignait que cette allusion, brusque et trop brève, eût été mal comprise ou inf^uflisamment, il développa sa pensée en une quinzaine de pages, tout à fait nettes quant au fond et pondérées dans la forme '. Les novateurs, dit-il en substance, ontcerles porté la poésie aussi haut que les Etrangers ; ils ont plus osé que leurs ancêtres ; ils ont montré une érudile hardiesse, que ceux-ci n'avaient pas ' eue au même degré. Mais ils ont manqué à leur devoir en ne se reconnaissant pHS de précurseurs ; ils ont fait preuve d'ingratitude en proclamant qu'ils ne devaient rien aux précédentes générations. Les Odes sans douteméritentle meilleur accueil(Des Autels lui-mêmevenait de publier un Chant d'amour qu'il avait appelé de ce nom -);mais ce n'est pas une raison pour que leurs auteurs s'arrogent le droit de traiter d' « espisseries » les genres lyriques cultivés jusque-là. Non seulement le rondeau, la ballade, le chant royal et le lai « que nos prédécesseurs prenaient pour l'ode » lui semblent capables de porter toute pensée et tout ornement, mais des chansons telles que Laissez la verde couleur, Amour avecqiies Psijches « sont vrayment œuvres poétiques, bien ornées de figures convenantes à leur sujet », d'autant plus, ajoute-t-il, qu' « en l'une je voy une prosopopée mouvant jusques à tout l'afl'ection de miséricorde, en l'autre une cadence et vive représentation des choses y narrées : qui n'est point encore sans l'imitation de Théocrite, combien qu'il y soit surmonté ^ ». Au reste, c'est un de ses compatriotes, le Bourguignon Despériers, qui, selon lui, a le premier « commencé de bien user de l'Ode » comme en témoigne son Voyage de ilsle '. A Ronsard incontestablement revient l'honneur d'avoir avant tout autre publié sous ce nom d'Odes un recueil entier de « doctes vers », digne «d'être immortellement leu et loué» ; mais l'ode n'en existait pas, moins avant lui, « la chose estoil jà usitée et receue d'autres, sinon tant bien, au moins à mesme fin ». Les novateurs ont eu tort de l'oublier, et surtout de ne pas rendre pleinementjustice aux dons naturels,
1. Dans la Réplique aux furieuses défenses de Louis Meigret, dont la dédicace est datée 20 aont 1550 (pp. 58 à 74).
2. Repos de plus grand travail. C'est une pièce en sixains hétérométriques, d'un ton très littéraire, comme les odes de Ronsard. On lit au 32'' sixain :
Vous qui prenez en mon ode plaisir, Avez vous point quelque envie et désir
De savoir qui est celle Pour qui cent fois le jour je vais mourant ?
3. De ces deux pièces la première est imitée de liion, la deuxième de Théocrite. On attribuait alors à Théocrite les œuvres de Bion et de Moschus.
4. Cf. Œuvres de Despériers, éd. Louis Lacour, t. 1, pp. 54 et suiv. Voici le titre complet : Du Voyage de Lyon à Notre-Dame-de-l'Isle, 1539.