‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 186 sur 509 · V. ci-après, pp. 20a et · texte numérisé non relu

V. ci-après, pp. 20a et

ce que je veux de ce qui est mien.,. Quand j'ay voulu escrire de Dieu, encore que langue d'homme ne soit suffisante ny capable de parler de sa majesté, je l'ay fait toutesfois le mieux qu'il m'a esté possible... Quand j'ay voulu parler des choses plus humaines et plus basses, de l'amour, de la victoire des Roys, des honneurs des princes, de la vertu de nos seigneurs, je me persuade aisément que je m'en suis acquité de telle sorte qu'ilz (les poètes huguenots) frapperont la table plus de cent fois, et se gratteront autant la teste, avant que pouvoir imiter la moindre gentillesse de mes vers. Or si tu veux sçavoir pourquoy j'ay traitlé maintenant un argument et maintenant un autre, tu n'auras autre responce de moy sinon qu'il me plaisoit le faire ainsi, d'autant qu'il m'est permis d'employer mon papier comme un potier fait son argille, non selon leur fantaisie, mais bien selon ma volonté. »

Rien de mieux, et en vérité un écrivain n'a pas à rendre compte à qui que ce soit de ses changements d' « argument » et des métamorphoses de son « stille ». Alors, à quoi bon ces lignes ? C'est que Ronsard était accusé d'avoir « gagé » sa Muse par ambition et cupidité ' ; c'est, en outre, que la diversité de son inspiration était pour les huguenots une preuve de sa versatilité courtisanesque, autant que de son impudeur de poète libertin 2. Griefs dont il se défend très mal 3, dont il ne pouvait se défendre que très mal, étant donné que toutes les apparences étaient contre lui, que plusieurs milliers de ses vers antérieurs leur donnaient raison, qu'enfin le nouveau recueil, où éclatent les passions du poète avide et sensuel, venait amplement confirmer leuropinion.il n'avait qu'une réponse à faire: Nécessité fait loi ; je suis pauvre, étant puîné ; j'ai donc servi la Cour et je la sers encore autant par intérêt que par loyalisme. Ce n'est pas vous qui me donnerez de quoi « m'entretenir » ; et quant à me passer des femmes, je ne puis « forcer ma complexion ». 11 faut vivre, et bien vivre. — 11 a bien

1. y. la liesponce aux injures : Tu dis que j'ay gagé ma Muse pour flatter... (var. de l')(î3 : Tu dis que j'ay loité ma Muse pour flater...) Cf Th. de Bèze. Hist. ecclésiastique (Baum et Cunitz, \'1I, il. 033) ; « Pierre Ronsard, gentilhomme doué de grandes grâces en la poésie françoise entre tous ceux de nostre temps, mais au reste ayant loné sa langue pour non seulement souiller sa veine de toutes ordures, mais aussi médire de la Religion et de tous ceux qui en font profession... » — Cf. la Hentonstrance à Ronsard : Tu veulx griguenotter la grand'messe, pourveu | Qu'elle dore tes doigts.

Ce reproche de s'être fait papiste pour arriver à la fortune était en partie fondé, et les huguenots ont vu, semhle-t-il, assez clair dans la conduite de Ronsard. Mais il n'y avait pas lieu de lui en faire un crime.

2. Ils insistent sur sa coni>ersion. comme sur une trahison, sinon une prostitution de sa Muse. Les titres de certains de leurs pamphlets relatifs à Ronsard sufîisent à le prouver. Notre poète a protesté non seulement dans les « respouces » que l'on connaît, mais encore dans ce vers à Charles IX ;

Moy qui l'honneur plus que les biens estime (Bl., III, 310 .

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