XXX LES POESIES LYRIQUES DE PIERHK DE RONSARD
à la clarté, à la facilité, à la douceur, à la grâce de Clément Marot, dont ils se sont éloignés syslémaliquement.
C'était parler le langage de la raison, et préparer en critique impartial les voies delà conciliation. Peut être même eût on pu s'y engager dès lors à la suite de Des Autels, si Ronsard ne s'était pas attiré l'hostilité redoutable du vieux et célèbre Mellin de Saint-Gelais par les attaques insolentes qui gâtent la deuxième partie de sa préface. Le poète des Odes, exaltant là ses imilalions piiidariques, y traitait avec mépris les « petits sonnets petrarquizés et les mignardises d'amour » si admirés des « rimeurs » de la cour ; ce n'était pas, disait-il, « pour telle vermine de gens ignorantement envieuse » qu'il publiait ses vers ; la langue et la poésie françaises n'avaient rien à espérer de ces « petis lecteurs Poëtastres », de ces « sciamaclies ' », qui, « étants parvenus plus par opinion, peut estre, que par raison, ne font trouver bon aus princes sinon ce qu'il leur plaist, et ne pouvants souffrir que la clarté brusle leur- ignorance, en médisant des labeurs d'autrui, déçoivent le naturel jugement des hommes abusés par leurs mines » ; et il ajoutait : « Tel fut jadis Bacchylide à l'entour d'Hieron, [loi de Sicile, tant notté par les vers de Pindare : et telencores fut le sçavant envieus Challimaq, impatient d'endurer qu'un autre tlattast les oreilles de son Roi Ptolémée, médisant de cens qui tachoient comme lui de goûter les mannes de la roiale grandeur. Bien que telles gens foisonnent en honneurs, et qu'ordinerement on les bonnette, pour avoir quelque titre de faveur, si mourront ils sans renom et réputation... »
Saint-Gelais était en droit de prendre pour lui ces injures, adressées aux poètes de cour en général. Cependant quel grief précis Ronsard pouvait-il articuler alors contre Saint-Gelais ? Aucun, si ce n'est d'avoir à la Cour une situation et un prestige qu il aurait voulus pour lui-même. L'envie perce à travers ces dernières lignes ; le besoin de bruit ne sullit pas à excuser la violence de l'attaque ; de pareilles insultes ne doivent pas tenir lieu d'arguments, et Ronsard me semble bien avoir joué ici le rôle de ce « sçavant envieus Challimaq », ne pouvant endurer, lui non plus, qu'un autre « tlattast les oreilles de son Roi ». Cela est si vrai qu'il terminait une de ses odes pindariques en paraphrasant cette fin de ['Hymne à Apollon :
...'0 o'e MÙ)|j.o^, '!v' ô çBopoî, È'v6a vÉotxo ^.
1. Comme l'a très judicieusement montré M. Lucien Foulet, Ronsard a emprunté ce néologisme à Habelais ; il signifie le c combattant pour rire ">, tel que Saint-Gelais, qui a avec ses grâces superficielles et son mince vernis d'érudition... fait beaucoup de bruit et peu de besogne ■> [Heu. d'Ilisl. litl., 1907, p. 135).
2. Cf. Tode A J. dit Bellay, épode X ; en 1550, il y demandait aux « frères d'Helene »