INTRODUCTION XXXI
Ainsi, en reproduisant contre le poêle de cour Saint-Gelais les allusions « impatientes » faites par Cailimaque au poète de cour Apollonius, Ronsard laissait retomber sur sa propre tète la condamnation qu'il avait portée contre son modèle dans sa préface.
On sait de quelle façon mordante le principal représentant de l'ancienne école, exaspéré par la morgue agressive des nouveaux venus, chercha, vers le même temps que paraissait l'opuscule de Des Autels, à neutraliser leurs efTorts et à ruiner l'œuvre de Ronsard par le ridicule, dans le monde de la Cour qui faisait chorus, en présence du roi luimême qui l'écoutait avec faveur '. Son nom, son autorité, la tactique et les circonstances particulièrement désobligeantes qu'il choisit pour défendre sa cause et celle des Marotiques donnèrent à sa protestation un tel caractère de gravité irritante, que tout rapprochement devint alors impossible, et qu'il fallut attendre plus de deux années la fin de la querelle Saint-Gelais-Ronsard. Mais nous ne serons pas étonnés de retrouver Des Autels parmi les arbitres les plus modérés de celle querelle, et de le voir, fidèle à son programme éclectique, intervenir en pacificateur el chanter la réconciliation. Ne traitons pour l'inslant que la question de la priorité dans l'invention de l'Ode.
Le poète des Odes n'a inventé, à proprement parler, ni le mol ni la chose.
Quoi qu'il en ait dit dans sa préface, el quoi qu'en aient dit après lui, et d'après lui, G. des Autels, .1. Peletier, G. Colletet, Ménage, P. Rlanchemain et d'aulres, le mot ode a été introduit dans la langue — française pour désigner un chant lyrique bien avant qu'apparaisse ainsi dénommée la première pièce de Ronsard dans le recueil des Œuvres Poëliques de Peletier, à la fin de 1547.
On le trouve dans Rabelais, au chapitre xxxi de son livre III, publié en 1346 et probablement rédigé quelques années plus tôt (le privilège est du 19 septembre 1343] : « Puis Cupido ostoil le bandeau de ses yeulx pour plus apertement les voir en face (les Muses), et ouïr leurs plaisants chants et odes poétiques. »
de mettre fin «... au malheureus langage, I De la reprehension, | Laquelle en vain se travaille | De me mordre, affin qu'elle aille | Où est la perdition »
1. Cet épisode de la vie de Saint-Gelais a été raconté plusieurs fois déjà. V. ci-après, pp. 72-73, 80 82.