Id.. 111, pp. 381 et suiv
^. V, le poèraede la Lyre (Bl., VI, 53 à 57), qui futêeritau début de mars 1569, mais qui dépeint létat d'esprit du poète de mai 1564 à avril 1565. V. ci-après, p. 224, note 2.
(i. L. Froger, Hansard t-cclés., p. 32. date cette prise de possession de mars 15G4 d'après 1 ancien slyle Cf. P. Bonnefou, Rev. d Ilist. lin.. 1895, p. 245.
224 RFNÈSK ET FVOI.ITIUN
trevue de Bayonne entre Charles IX et sa sœur Elisabeth, reine d'Espagne, eut été décidée. De Thou aftirme, après Binel, qu'on le fil venir aux fêtes de Bayonne pour en rehausser l'éclat '. Nous l'en croyons, malgré les raisons qui nous ont incliné longtemps au doute ; car non seulement son témoignage a du poids, mais il est confirmé par un passage du poème de la Lijre^ d'après lequel Ronsard vint tout au moins « aux bords de la Garonne » à cette époque -. Le grave historien ajoute : « On récita dans ces fêtes des vers de Ronsard, qui encore aujourd'hui font grandement admirer ses dons naturels et charment la foule de ses lecteurs 3. » Ce sont évidemment les Stances pour Uavanlvenue de la Royne d' Expagne qui sont ici désignées, car on cliercherait vainernent dans toute l'œuvre de notre poète une autre pièce qui contint le moindre écho des fêtes de Bayonne. Et l'éloge est mérité. Ronsard s'est-il inspiré pour la circonstance des poètes idylliques de l'Espagne, tels que Boscan et Monlemayor, comme le prétend Michelel -^ ? C'est possible, car trois ou quatre de ces stances ont bien une couleur espagnole ; mais les preuves directes et décisives de cette imitation font encore défaut s. — Chose curieuse, les diverses relations des fêtes de Bayonne ne font pas la moindre allusion à cette pièce célèbre ; en revanche, l'une d'elles contient des cartels et des mascarades que l'on a parfois attribués témérairement au poète des Stances. Nous avons cru devoir placer dans l'Appendice les raisons de notre doute à ce sujet,
1. Binet, Vie de Ronsard (les trois textes). De Thou, Histor , lib. XXXVII, éd. de Londres, 1733, t. Il, p. 435) ; l'ouvrage de De Thou ne parut que dans les premières années du xvn*' siècle.
2. Dans ce poème Honsard se félicite d'avoir connu Jean ISelot « aux bords de la Garonne » (Bl., \T, 57). Or il ne peut entendre par là que Bordeaux, où Belot était Conseiller au Parlement (v Bnif, éd Marty Lav , II. 33, et IV, 313; Blanchard. Généalog. des Maiiresdes Requêtes, ari. Belot); et cette rencontre n'a pu avoir lieu qu à l'époque où Honsard reçut l'ordre de rejoindre la Cour prête à partir pour Bayonne La Lyre fut composée plus tard, après la nomination de Belot au poste de Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roi (8 janv. 1569), et à la veille de la bataille de Jarnac 13 mars'.
3. Voici le passage intégral de De Thou : « lUuc eliam ultro accersitus fuerat P. Honsardus, audebo dicere, post .Augusti aetatem poeta praestanlissimus, qui versus in pompis illis recitatos fecit, qui et hodie summa cum ingenii illius admiratione et legentium oblectatione in manibus omnium teruntur. w EUani ultro accersitus signifie : « Et qui plus est, on alla jusqu'à faire venir Ronsard», et non pas comme on la traduit et répété : (i II fut invité et vint avec plaisir ». On a fait un autre contresens en traduisant recitatos fecit par ; « Il fit el il récita. »
4 Hist. de France, éd. Leraerre, t. XI. p. 320. — H. Martin l'a suivi 5. Le commentaire de Marcassus est muet sur les sources des Stances. — Je trouve bien dans la Diane de Montemayor, parue à Madrid vers 1558, quelques phrases sur le Soleil, la Luue, le Printemps, l'Aurore, dont Ronsard a pu s'inspirer, mais rien n'est moins certain. Quant aux œuvres de Boscan, parues avec celles de son ami Garcilaso en 1543. elles ne contiennent aucune pièce dont on puisse dire à coup sûr qu elle inspira Ronsard. Il est vrai que Boscan avait été précepteur du duc d'Albe ; mais ce n'est pas une raison sufiisante pour que Ronsard I ait imité dans ses Stances. V. Biblioteca de los mejores autores espanoles, t. XXXIl et XLII, el Fitzniaurice- Kelly, Hist de la lilt. espagnole, Irad, l'r., pp. 148 à 153.
ainsi que les pièces qui peuvent seules arrêter encore l'attention des historiens de Ronsard K
Quant aux derniers numéros du tableau précédent, aucune allusion ne nous permet de préciser la date de leur composition. La Paraphrase de Te Deum est un cantique médiocre, qui ne marque pas un progrès sur les Pseaumex de Marot ni même sur ceux de Théodore de Bèze -. Au contraire, l'ode horatienne .1 Monsieur de Verdun ^ nous rend le vrai Ronsard, épicurien et sceptique, celui qui compose avec grâce parce qu'il ne force pas son talent Voici des vers qui nous donnent la mesure de ses convictions religieuses :
Xe romps ton tranquille repos Pour Papaux uy pour Iluguenolz Des deux amy ny adversaire.
Que n"a-t-il donc le premier suivi les conseils de cette aimable sagesse? Encore une fois tout son passé, les souvenirs de sa jeunesse, les principes de sa morale, les sources de son inspiration, son propre tempérament, s'opposaient à ce qu'il prît parti dans les guerres de religion. S il défendit avec fougue le catholicisme, c'est qu'il crut l'autorité de son roi et l'existence même de sa patrie menacées par la Réforme, cela ne fait pas de doute. Mais c'est aussi qu'il n'avait pas la richesse et l'indépendance. C'est enfin parce qu'un viveur paganisant comme lui ne pouvait trouver une paix relative et pratiquer une vertu aisée que dans les rangs des catholiques. N'oublions pas qu'il passait pour un luxurieux athée dans l'autre carap, et qu'on n'y aurait toléré ni sa tiédeur religieuse ni son libertinage. Il n'en faudrait pas plus pour comprendre qu'il resta partisan passionné de 1' « ancien train contre les nouvelletés ».
Mais ce que nous devons surtout retenir du recueil de I060, c'est que Ronsard s'y montra le continuateur de Marot et des Marotiques, le succosseurdirect de Saint-delais '. Pourles Mascarades et les (Jartels, il lut
1. V. ci-après, Pièces justiiicatives, II. — Quant aux raisons qui m'ont fait douter de la présence même de Ronsard à liayonne, on les trouvera dans mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots « auprès de soj' ».
2. Les Psaumes traduits par De Bèze avaient paru en 1553, 56 et 60. A Lyon, .1. de Tournes en avait donné deux éditions en 1563 et 64.
3. Source, Horace, Carmina, IV, 8 : Donarein paieras... , pour les huit premières strophes ; I. 9. Vidfs ut alla, vers 13 et suiv., pour la dernière strophe. — Nicolas de A^erdun avait été reçu « Conseiller et .Maître de la Chambre aux deniers du Roy » en fév. 1556. En juin 1,Î57 il devenait « Conseiller Secrétaire du Ro}-, Trésorier, et Receveur général des Finances extraordin. et Parties casuelles ». En mars lôB'l, il était reçu en l'ollice de » Secrétaire du Roy ». En juillet 1566 il résigna sa fonction de Conseiller Secrétaire, mais il resta commis au Contrôle général des Finances Tessereau. Jlist. de la grande Chancellerie de France t. 1, pp. 141 et 147 .
4. J'ai nommé ici Marc! parce qu'il a écrit des cartels el îles mascarades, quo qu'on
PIERRE DE RONS.vRD. 15
220 GE.NF.SF. ET ÉVOLUTION
vraiment le Saint -Gelais du règne de Charles IX, s'inspirant comme lui (du moins dans ses Cartels) d'une littérature qui remontait, par le Holand furieux et les Amadis, jusqu'à nos romans de la Table Ronde ^. Lui-même avoua cette source médiévale et nationale dans les vers suivants, publiés par ses exécuteurs testamentaires :
Mascarade et Cartels ont prins leur nourriture. L'un des Italiens, l'autre des vieux François, Qui erroient tous armez par déserts et par bois, Accompagnez d'un Nain cerchans leur aventure.
L'honneur, des nobles cœurs généreuse poincture. Les faisoit par Cartels desËer aux tournois. Ou nuds en un duel, ou armez du pavois, Ceux qui forçoient les loix, le peuple et la droiclure -.
Mesurons encore une fois le chemin parcouru depuis 1550. En tête de son premier recueil, Ronsard avait déclaré qu'il ne voyait pas en nos poètes français « chose qui fust suffisante d'imiter », que leur imitation lui était « odieuse » et qu'il s'était éloigné d'eux par tous les moyens, « ne désirant avoir rien de commun avecq' une si monstrueuse erreur^ ». Dans une ode supprimée dès 1553, il avait prié sa Muse de doter la France de vers « industrieus »,
Foudroyant la vieille ignorance De nos pères peu curieus '.
Quinze ans plus tard il eût été mal venu de parler ainsi, et il s'en garda bien dans son Ahbregé de l'Art poi-lic/ue, qui date justement de 1565. Avec l'âge et le succès il avait tempéré son jugement. 11 savait mieux désormais à quoi s'en tenir sur le compte des anciens poètes français, et projetait même, nous le savons par une lettre d'E. Pasquier, d'écrire
en dise : le mot n'est pas dans ses œuvres, mais la ctiose y est. \'oir au tome lit de 1 éd. Jannet, deux huitains »« pour une mommerio de deux tiermites b (p. 42, ; une odelette « pour le j)erron de M^"" le Daulphin, au tournoy des Chevaliers errans (p. 65, ; un dizain « pour le perron de M'^' d'Orléans » (p. 66) : six épigrammes o pour une mommerie de quatre jeunes danioiselles faite de Mad. de lïohanà Alenvon » (pp. 77et 78) ; quatre épigr. « pour le perron de M' de Vendosme, de M'd Anghien, de M' de Nevers, de M' dAumale • pp. 106 et 107;. Cf. dans l'éd. Guiffrey, t III. p. 280, une .. Epître présentée à la royne de Navarre par Mad. Isabeau et deux autres damoyselles habillées en amazones en une mommerie •>. Boileau ne s'est donc pas trompé sur ce point-là. — Quant aux œuvres de Saint-Gelais, elles contiennent un assez grand nombre de cartels et de mascarades.
1. « C'est par l'intermédiaire de VAniadis, dit M. Clédat, que nos romaiïs du xvn' siècle se rattachent à ceux du moyen âge » • Ilist de lu Langue et de la Littér. franc., tome I, p. 340|. On peut le dire tout aussi justement des Cartels de Saint-Gelais et de Ronsard. Cf. H. Guv, Iten. d'IIist. litl. de 1902. pp 224 cl -,niv .