‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 202 sur 509 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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une histoire abrégée de la poésie française depuis ses origines ', D'après Binet, Ronsard aurait « forcé sa Minerve » et pris parfois un médiocre plaisir fi « forger » des vers pour fêtes de Cour « sous le commandement des Grands ». Nous n'avons pas de peine à le croire 2. Pourtant on peut dire qu'il a recueilli brillamment cet héritage de Marot et de Saint-Gelais, le faisant valoir autrement et mieux qu'eux, chaque fois que l'occasion s'offrait de développer des idées morales, d'interpréter des sentiments politiques ou patriotiques, de décrire les beautés des spectacles naturels. Autant que le lui permettait ce genre ingrat de poésie, il s'y est montré non seulement ingénieux et galant, mais encore touchant, grave, attendri, passionné même, dans une langue colorée et claire, ce qui n'est pas un petit mérite. Au reste, si 1 on veut bien y réfléchir, ces fêtes où princes et seigneurs rivalisaient d'adresse, de force physique et de grâce plastique, et auxquelles s'employaient, intimement unies, la danse, la musique et la poésie, n'avaientelles pas quelque analogie avec les jeux de l'ancienne Grèce? N'y avaitil pas là de quoi encournger Ronsard dans sa part de collaboration ? Il a certainement fait lui-même le rapprochement ; il s'est rendu compte, plus ou moins exactement, que les « jousles, tournois, combalz, cartels et mascarades », qu'il vantait somme toute avec entrain dans sa dédicace à la reine d'Angleterre, correspondaient en quelque manière et pouvaient seuls correspondre de son temps aux luttes athlétiques de Delphes et d'Olympie. La preuve, c'est que, reprenant vers la fin de sa vie la définition qu'Horace nous a donnée de la poésie lyrique, il y substitua au pugilat, célébré parPindare mais disparu de nos mœurs, les sujets principaux du recueil de 1563, « danses, masques, escrime, joustes et tournois » 3. Ce qui ne l'empêcha pas, est-il besoin de l'ajouter, de mesurer la différence profonde qui les sépare des hymnes pindariques.

1. LeUre VII du livre II {Pasquier à Ronsard) ; « J'avois réservé le discours dont m'escrivez à un chapitre de mes Recherches, auquel je déduits 1 origine, progrez et accomplissement de noslrePoësie Françoise: toutesfoisje suis trés-aise que nos Princes en ayenl le premier advis par vos mains. Parquo}', puis que l'occasion s'\' présente, et que vous estes délibéré de discourir sur nostre Poésie Françoise, adjoustez à voslre œuvre par manière de remplissage (ainsi que font les Peintres à leurs tableaux] la recommandation en laquelle, quelques-uns de nos Roys eurent les lettres... Quant à la troisiesme lignée de nos Roys, dès et depuis le temps de Philippe Auguste, jusques bien avant dans le règne de Louys le neuviesme.. , llorirent assez heureusement les bonnes Lettres : et par spécial y eut une grande flotte de Poètes François c'est ce dont vous m'escrivezi... » lEd. d'Amsterdam, 1723. t. II, col. 37 à 39 . Cette lettre, d'un intérêt capital, a été reprise et résumée par Pasquier dans ses Recherches \'II chap. m). Elle n'est pas datée, mais tout porte à croire que le projet de Ronsard, qui ne fut jamais exécuté, date de l'époque où il rédigea son Abbregé de l'A. }'. Marly-Laveaux pense même que Pasquier écrivit cette lettre au sujet de l'Abbregé [Notice sur Ronsard, p. lxxix).

2. Vie de Ronsard (texte de 1597 . Nous avons à ce sujet le témoignage du poiie lui-même 'la Lyre, éd Bl , VI 55 .

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