C'est le sonnet En vain pour vuits ce bouquet Je compose
5 C'est ce détail qui a fait croire à Blanchemain (VIH. 09) et à Marly-Laveaux (I. 372 qu'il existait deux éditions distinctes, l'une de 1572 et l'autre de 1573. La seule façon incohérente dont Blanchemain in parle aurait pu mettre Marly-Laveaux en garde contre celte erreur.
240 CKNKSF. F.r KVOLITION
Celle nouvelle édition, qui esl rarissime, n'existe à la Bibliothèque Nationale que depuis décembre 1902 ^ Alors seulement j'ai pu constater qu'elle ne contient aucune poésie lyrique de plus ni de moins que la précédente. Les tomes I et II, ceux des Chansons et des Odes, sont identiques en 1571 et en 1573 pour le nombre, la matière et l'ordre de leurs pièces : à ces deux dates chaque page commence et finit par le même vers; il n'y a pas jusqu'à une lacune assez importante des Odes de 1371, qui ne se retrouve en 1572 -. Je dois donc une fois de plus relever deux erreurs de Blanchemain, qui jusqu'ici ont passé inaperçues : l'ode Au Roy Charles, Je vous donne four vos esireincs, et l'ode J'osie Grrvin de mes escris, n'ont point paru dans l'édition de 1373 ^. A cela rien d'étonnant. L'ode Au Roij Charles non seulement peut être postérieure à cette édition, mais encore, si elle est antérieure, a pu ne pas y être recueillie. Nous avons vu déjà, et nous verrons encore plus d'une fois, que Ronsard ne se souciait pas de faire connaître au public à chaque réimpression tout ce qu'il avait produit depuis la précédente édition : ou bien il différait le publication de telle pièce et la conservait provisoirement en manuscrit, ou bien il était résolu à ne jamais la livrer à l'impression.
Ce dernier cas est précisément celui de l'ode sur Grévin. Puisque Ronsard voulait « oster de ses escris » jusqu'au nom de ce disciple révolté et ingrat, il se serait bien gardé d'y insérer une nouvelle pièce où il l'eût nommé, même brève et flétrissante comme celle-là *. Il se contenta d'adresser ces vers à quelque ami, et soit que cet ami, ou lui, en eût gardé une copie dans ses papiers, soit que l'original eût élé retrouvé beaucoup plustard, après avoir circulé de main en main, ils ne virent le jour qu'en 1017, dans la troisième édition des pièces inexactement dites « retranchées » '\ Quant à la date de leur composition,
1. Hés. pYe, 351 à 355 (3) : six tomes qui forment cinq vol. in-lG. 11 est très dilHcile de la trouver ailleurs à l'état complet. Le British Muséum possède seulement les tomes 111 et IV, la ville de Vendôme les tomes V et VI. Cf. le Catalogue de la Bibl. Villard, 1" partie (Paul et Guillemin, 1905).
2. Le n" 31 du troisième livre des Odes, Donc. Bellean, lu parles enuic, ne se trouve pas dans la table mais il existe bien dans le texte (v ci-dessus, p. 239. note 1). En 1578 il commence par: Belleau qui as quitté Thalie, et en 1581 par ; Tu as doncques quitté Thalie. Il ne fut supprimé qu en 1587.
3. Cf. Bl., Il, 331 et 436 Sur la première de ces odes, v. ci-après, pp. 250 et "253.
4. Aussi G. Colletet a-t il eu tort de faire cette vaine critique dans sa Vie de Jacques Grevin, à propos des vers de Honsard : « Cela s'appelle cacher et découvrir un homme en mesme temps puisqu'il n'oste le nom de Grevin de ses œuvres que pour l'y mettre plus avant. » (Bibl. Nat.. .Wanuscrùs, fonds franc., nouv. acquis , n* 3074, ff. 336 346).
5. Pour certaines de ces pièces, pour celle-ci par exemple c'était le mot inédiles qui convenait, pour d'autres le mol omises. Il peut se faire qu'on ait " tiré ■> ces vers » des mains de M. Gallandius », comme le dit P de l'Estoile de huit sonnets à Hélène " non imprimés •> (./our/ia/, 19 févr. 1607),
DE l'oeuvre lyrique DE RONSARD 241
elle est facile à déterminer. RousarJ s'adresse à des vivanis, (iiuuui il apostrophe Grévin aussi bien que Florent Chrestien :
Vous n'avez les testes bien faites, Vous estes deux nouveaux poètes.
La pièce est donc antérieure au o novembre 1570, date de la mort de Grévin K En outre, le nom de Grévin n'a pas paru dans les œuvres de Ronsard avant 1560, et l'hostilité de Grévin à l'égard de son maître s'est manifestée à partir de do63. On pouvait donc penser a priori que Ronsard se vengea de cette trahison aussitôt qu'il fit réimprimer ses œuvres complètes, c'est-à-dire dès l'édition de la67 ; vérification faite, c'est bien à ce moment-là qii'il remplaça le nom de Grévin par ceux de l'aloillet, de Gruget et de Turrin, et délibérément omit de recueillir le /Hscours si llatteuroù il avait exalté ce jeune poète lyrique et dramatique 2. Il eût été surprenant que Ronsard eût attendu jusqu'à 1372 pour procéder à l'exécution dont il parle ; écrits à celte date, les vers qui nous occupent n'auraient pas eu la moindre opportunité, tandis qu'ils étaient encore pleins d'à-propos dans les premiers mois de lot>7. A part l'addition de l&Franciade, les autres tomes de 1573 sont à peu près identiques à ceux de 1571, du moins pour le nombre, la matière et l'ordre des pièces qui les composent. Les légères différences qu'on y peut observer n'intéressent pas notre élude, ou s'expliquent simplement par une erreur d'impression ^.
Ronsard devait être quelque temps encore sans rival comme poète de cour. Encouragé par Charles l\ qui lui donnait les témoignages d'amitié les plus tlatteurs, il produisit avec une certaine abondance jusque vers le milieu de 1574, mais le plus souvent des poésies de commande. Charles IX, ne pouvant plus guère se passer de lui, le retint à Paris en
1. M. Pierre Peidrizet a pensé au contraire que celle ode u ne fut pas écrite du vivant de Grévin » {lioitsard et la Réfoniic, pp. 31 et 32i ; mais ses arguments me semblent sans valeur; il a d'ailleurs cité inexactement le texte du 20' vers, qui lui donne tort.
2. Bl., 1, 208 : A Phebiis, mon Grerin. . devint : A Fhebiis, Patoillet; II, 418, VUde ci Grévin devint une Ode à Gruget ; VI, 173, les Isles fortunées mentionnèrent Turrin, au lieu de Grévin. — Quant au Discours à Grévin |V1, 311), on ne peut pas dire qu'il ait été « retranché », car il n'avait pas encore été recueilli dans les Œuvres de Ronsard ; il avait seulement paru eu tète du Théâtre de ./. Grévin, publié par V. Sertenas en 1561.
3. C'est ainsi que le Chant Iriomphul pour Jouer sur la /yre ayant été omis à la fin du 3' vol. fut rejeté à la (in du 4'', .à la suite des Mascarades, et que trois odelettes ayant été oubliées à la tin des Mascarades furent imprimées à la lin du 5' vol. à la suite des fliscours, avec le titre et la pagination qu'elles auraient eus ù leur vraie place.
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242 GENÈSE ET ÉVOLUTIOX
1573, et c'est de cette année-là qu'il faut dater, à mon avis, leurs plus intimes relations ; c'est alors que le roi traita vraiment le poète d'égal à égal et daigna échanger quelques vers avec lui ; c'est peut-être alors qu'au lieu de continuer la Franciade, comme le roi lui en avait d'abord exprimé le désir S Ronsard chanta les Amours d'Eurymedon et de Callirée, pseudonymes transparents qui désignaient Charles IX et M"' d'AIri d'Aquaviva '- ; c'est aussi à cette époque-là que, sur l'invitation de Catherine de Médicis, il écrivit une bonne partie des Sonets pour Hélène. C'est enfin en 1373 qu'il collabora au dernier des grands galas de Cour qui ont excité chez Brantôme une si vive admiration pour l'ingéniosité de la reine mère 3.
Rappelons le souvenir de cette brillante fête. Elle eut lieu au mois d'août dans les jardins des Tuileries, en l'honneur de Henri d'Anjou, récemment élu au trône de Pologne. Entre autres divertissements, la reine mère donna, à la suite du festin offert à son fils etaiix ambassadeurs polonais, un spectacle allégorique, où l'on vit évoluer, au son de la musique d'Orlande, un chœur d'une vingtaine de Nymphes, sorties des flancs d'un rocher artificiel et mobile, élevé probablement sur les plans de Jean Cousin. Ces Nymphes personnifiaient la France, la Paix, la Prospérité, et toutes les provinces françaises. Deux d'entre elles, celle de France et celle d'Anjou, jouèrent un rôle prépondérant, étant chargées de réciter, la première une ode de Ronsard immédiatement avant le ballet, la seconde une ode d'Amadis Jamin après le ballet et en manière de conclusion.
Dans l'opuscule très luxueux où Dorât a relaté cette mascaradeballet * , les odes en question sont précédées de deux pièces de
1. V. une lettre de Ronsard au Chapitre de Saint-Martin de Tours, auquel il demande d'être remplacé comme semainier pour pouvoir résider à Paris; l'autorisation lui en fut accordée le 29 novembre 1572 « jusques à un an » (Bl.. VIII, 172 et suiv )
2. Nous n'avons pu préciser le moment des amours de Charles IX et d'Anne d'Aquaviva. D'après un vers de Ronsard, Charles IX n'aurait eu que 20 ans quand il l'aima (Bl , I. 251, vers llj. Ce serait donc en 1570, s'il fallait comprendre ce vers à la lettre. D'après Brantôme, il l'aima avant son mariage avec Elisabeth d'Autriche et continua à l'aimer après. V. ci-après, p. 255, et mon édition de la Vie de Ronsard par Binet, Commentaire, au mot " Callirée ».
3. .l/é;iioires, éd. Lalanne, t. \U, Vie de Cath. de Méd., pp. 371-72, et VIII, Vie de Marguerite de Valois, pp. 25-26 et 34.
4. Cet opuscule est intitulé : Magnificenlissinii spectaculi a Regina Reguni maire in hortis suburhanis editi, in Henrici Régis Poloniae inuictissimi niiper renunciali gralulationem, descriptio. lo. Aurato PoetaHegio Autore sic). II parut chez Federic Morel, imprimeur du roi, en 1573. Il a '26 feuillets, et est orné de vingt estampes très remarquables, attribuées à Jean Cousin (Bibl. Nat., Vc, 1205). — Brantôme donne de son côté une idée très exacte et pittoresque des diverses parties de ce spectacle : parade, ballet de seize Nymphes, distribution, faite par elles, de médailles d'or, où étaient gravés lesattributs de chacune des seize provinces françaises. Mais il ne parle pas des poésies débitées avant et après le ballet [op. cit., tome VII). Nous savons seulement par lui que Rou-
DE l'iïUVRE lyrique de RONSARD 243
Dorât en hexainèLres latins et d'une ode alcaïque du même Ad Galliam ; ou plutôt l'éditeur, Federic Morel, imprimeur du roi, a inséré les deux odes françaises dans cet opuscule rédigé tout en latin, à la suite des traductions que Dorât en avait faites, et comme documents venant à l'appui de son compte rendu *. A première vue, on est porté à croire que ce furent Ronsard et Jamin qui traduisirent le latin de Dorât, par ce seul fait que leurs odes sont insérées à la suite et non en tête des pièces correspondantes de Dorât. Mais après réflexion il parait tout aussi probable que l'inverse est la vérité. En effet : 1° Si Ronsard a traduit Dorât, ce fut au début de sa carrière -; mais dès 1555 ce fut Dorât, qui traduisit Ronsard ■'. 2° L'opuscule de Dorât n'est qu'un compte rendu de la fête, écrit en latin pour qu'il puisse être compris au delà des frontières, surtout en Pologne. 3° Il parut l'année suivante une plaquette sur le départ et l'arrivée du roi de Pologne en son royaume, composée de deux pièces, dont l'une est une ode originale de Baïf, et l'autre un poème de Dorât « ex Gallico Joannis Antonii Baïfii » * ; ici le maître n'était que le traducteur du disciple ; pourquoi n'en eùt-il pas été de même en 1573 ?
Au reste, il est vraisemblable qu'en la circonstance Dorât, « poeta et interpres regius » ^, servit d'interprète auprès des députés polonais, qui écrivaient et parlaient un latin très élégant, mais ne connaissaient pas le français'^, et l'on doit croire que les deux Nymphes
sard assistait à la fête et partagea l'enthousiasme général causé par la vue de la belle Marguerite de Navarre id., Vlll, pp. 25-26). Cependant il est certain, pour qui compare les deux descriptions, que les vers mis dans la bouche de la Nymphe de France furent récités du haut du rocher, « mons Nynipharum », où elle était assise, et cela à la fin de la parade, ou promenade de ce rocher, tandis que les vers mis dans ta bouche de la Nymphe d'Anjou furent récités après le ballet et la distribution des seize médailles commémoratives. « ut claudat chorum ». iV'. ci-après. Appendice, Pièce justificative 111.
1. J'en trouve la preuve dans ce fait que les quatre feuillets qui contiennent les deux odes françaises sont marqués comme les quatre qui les suivent, C, Cij, D, Oiji.
2. V. par ex. l'ode de 1551 : Ainsi que le ravi Prophète ; l'odelette de 1554 : Jane, en le baisant tu me dis ; l'odelette de 1535 : Celui qui veut sçauoir.
3. \'. par ex. \ Hymnus in Bacchuni expressus ex Gallico Honsardi (1555; ; la traduction du sonnet Le sang fut bien maudit en vers « Choriambici Alcaici » dans la Contin. des Ani. ,1555); l'Exhortatio ad milites il558'. la Irad. de l'Hydre desfaict ^1569).
4. De profectione et adventu Henrici Régis Polonorum augusti in Regnum suum. Ode J. Aurati Poetae Regii. ex Gallico J. A. Raïfii. — Sur le voeiaje é l'arivée du Roê de Polone, an son Roeiame, Ode de J. A. de Baïf, Sekrelere de la Cambre du Roê, (1574:. Ribl. Nat., Rés.. Ye, 907 et Ye, 4873. L'ordre des deux pièces à l'intérieur est l'inverse de celui qu'indique le titre,
5. C'est le titre complet qu il prend parfois. V. notamment l'éd. collective de ses Poematia (1586 .
6. La preuve que les Polonais, même les plus instruits, n'entendaient pas le français c'est que Jean de Monluc et Pibrac leur font à Cracovie des harangues eu latin, et que les ambassadeurs polonais venus à Paris en 1573 font des discours en latin au roi et aux princes ; c'est le chancelier René de Rirague et le chancelier de Henri d'.^njou.
qui prirent la parole exprimèrent les idées de Ronsard et de Jamin sous la foroie latine que leur avait donnée Dorât. C'est ainsi, à mon sens, qu'il faut entendre cette note insérée par J. du Breul dans son Thédlre des Anliquilez de Paris à la suite du nom de Dorât : « Iceluy fit les vers latins qui furent recitez au ballet qui fut représenté aux Thuilleries Tan lo73 quand Monsieur le duc d'Anjou (depuis Roy de France et nommé Henri III) fut déclaré Roy de Pologne ' ». Il est vrai que la Nationale possède à part les deux odes françaises, inscrites au catalogue de la « Bibliothèque du Roy » sous le titre suivant : « Traduction du latin en vers françois du discours de la Nymphe de France faite par Ronsard, et de celui delà Nymphe Angevine par Am. Jamin, extraits du spectacle donné parla Reine Mère... » 2. Mais l'objection n'a pas de valeur à mes yeux, car ce titre, qui ne figure que là et dont rien ne garantit l'authenticité, semble être une invention de l'auteur du dit catalogue, qui a pu faire la confusion dont nous parlions plus haut ^.
Quoi qu'il en soit, l'ode de Jamin, mise dans la bouche de la Nymphe Anijevitic, reparut dans la première édition collective de ses Œuvres (1573) * et dans la réimpression partielle de 1878 ^. Mais celle de Ronsard, la plus longue, mise dans la bouche de la Nymphe de France :
Je suis des Dieux la fille aisnée De cent lauriers envirounée...
Hurault de Cheverny, qui leur répondent en latin, servant d'interprètes à Charles IX et à son frère. (V. Méritoires de Cheverny, coll. Michaud, X, 471-72. (]f Mémoires de Choisnin ; Corresp. de Cath. de Méd., t. IV ; Honsard, préf. posthume de la Fnineiade, Bl., 111.35 : «... la langue latine ne sert pljs de rien que pour nous truchenienter en Alle-
niaigne, Pologne »'.
l.Ed. de 1G12, p 757. — Bayle, ignorai, l'existence de l'ode écrite par Ronsard pour cette fête, eut tort de rejeter '< l'autorité de M. le Thou, qui dit Lib. LVll), que Ronsard et Daurat avoient fait les Vers qui furent chantez par les filles de la Reine au fameux IJallet dont on régala les Ambassadeurs de Pologne l'an 1573 ». Mais il eut raison d'ajouter en s'appuyant lui aussi sur le passage de Du Breul : " Il est fort possible en cette rencontre que des Vers chantez par des Dames aient été Latins. » [Dictionnaire. art. Daurat, note N.)
2. Catal. Belles-Lettres, t. I, p 351, n° 19G5. Cette mention vient immédiatement après celle de l'opuscule latin de Dorât. Quant à la pièce elle-même (cote M 9999). elle ne porte aucun eu-tête manuscrit, mais simplement un bandeau et ce titre imprimé : La Nymphe de France parle Ou ne lit nulle part : Traduit du lalin de Dorât.
3. P. de Beauchamps, dans ses Recherches sur les thétiires en France, a fait la même confusion : ■• Ronsard, dit-il, a traduit en vers françois le discours latin de la Nymphe de France, et Am. Jamyn celui de la Nymphe Angevine. D (Cilé par P. Lacroix dans sou ouvrage sur les Ballets et Mascarades de (Jour, Introd., p xxn.)
4 Livre l,f" 30 r" Bibl. Nat., Rés., Ve. 484,. Une nouvelle preuve que l'ode de Ronsard et l'ode de Jamin sont bien originales et non traduites du lalin de Dorât, c'est que .laniin, qui a soin de mentionner dans le titre de certaines pièces de cette édition collective : « Pris du latin de Dorât, ou de Pimpont », a intitulé simplement son ode: a Pour un festin faict aux fuilleries aux ambassadeurs polonais : La Nymphe Angevine».
5. Edition Ch Brunet et Blanchemain (Paris, L. Willem), tome 1, p. 138.
nE LIIEIVHE LYHlQLt; ME KOiNSARD 245
n'a été recueillie, je ne sais ni comment ni pourquoi, dans aucune des éditions de notre poète parues de son vivant ou après sa mort K J'ai donc cru devoir publier son texte intégral, qui a conservé jusqu'à un certain point la saveur de l'inédit -.
C'est encore de ITiTa que nous devons dater la composition, tout au moins la divulgation, d'une ode adressée Au Roi/ Cliarles neufiesme :
Roy, le meilleur des Roys,
sorte de remontrance, qui résume fortement l'opinion de Ronsard sur la situation politique et financière de la France et sur les folles dépenses de la Cour ; peut-être même lui fut-elle inspirée par les fêtes que nous venons de rappeler. Elle n'était pas destinée à la publicité, non plus qu'une épitre Au Trésorier de V Espargne, Moreau, qui contient des critiques analogues 3. Mais elle circula sous le manteau, si c'est, comme je crois, à cette pièce que Pierre de L'Estoile fait allusion dans une note de ses Mémoires : « En cest an 1373, on divulgua des vers du poëte Ronsard sur Charles IX » *. L'Estoile n'insérait pas toujours les pièces de vers à l'endroit même de ses Mémoires où il en parle, mais il les copiait sur un autre a registre de mélanges » ; or c'est précisément d'un de ces manuscrits de réserve que Blanchemain a extrait l'ode qui nous occupe, en la publiant pour la première fois *. Marty-Laveaux, l'ayant vainement cherchée et la jugeant « assez plate», a cru devoir mettre en doute son authenticité et la rejeter des Œuvres de Ronsard •>. Nous pensons qu'il n'en avait pas le droit, étant donnée surtout cette affirmation de Claude Binet : « Il se trouve aussi une autre Satyre oii il touche vivement le mesme Roy et l'admoneste de son devoir, qui comiSence:
1. La Bibl. de l'Arsenal possède, sous la cote B. L., 8532, un vol. où l'on trouve les deux odes de Ronsard et de Jamin reliées à la suite de poésies que Ronsard publia en 1575, chez G. Buon. Mais ce sont toujours les quatre feuillets C, Cij, D,fDij), détachés de l'opuscule de Dorât paru en 1573, chez F Morel. Ce n'est pas une réimpression. V. ci-après, p. 250 et noie 5.
2. y. ci-après, Appendice. Pièce justificative III. — On dirait que Ronsard a tenu à effacer le souvenir de cette ode, car dès l'année suivante, au moment de la rentrée de Henri III en France (sept. 1574). il lui déclara n'avoir jamais chanté son départ pour la Pologne (Bl., III, 279' Cependant deux strophes de l'ode en question peuvent jusqu'à un certain point justifier cette déclaration.
3 Cf. Bl , YUl. 105 ; VI, 265. L'épître à Moreau n'a été publiée qu'en 1604, dix-huit ans après la mort de Ronsard.
4 Coll. Michaud, t. XIV, 29. et éd. des Mémoires-Journaux. parBrunet-ChampolIion, t. XII, 387.
5. Il l'a d'abord publiée dans un vol. intitulé : Œuures inédites de P. de Ronsard (Paris, Aubry, 18551, à la p. 127, au bas de laquelle on lit cette note : •■ Ces stances, extraites des manuscrits de L'Estoile (Bibl. Imp., S. F., 1425-6, p. 356), mont été communiquées par M. Aimé ChampoUion-Figeac. » A vrai dire, on ne les trouve pas dans l'édition de L'Estoile publiée par Brunet-Champollion.