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Adieu belle Cassandre et vous belle Marie... L'une vit, l'autre est morte, et ores de son œil Le ciel se resjouist, dont la terre est marrie. Ces vers sont de mai 1574, si nous en croyons l'épilogue des Sonets pour Hélène. 3 Ihid.. 23G, 238, 239, 244.
4- Cf. Parturier, Heo. de la Renaissance, janv. 1905. — Sur les Stances de la Giosira, V. Ph. Monnier, Quattrocento, 11, pp. 336 et suiv.
5. Binet, Vie de Ronsard. V. mon édition. Commentaire, aux mots <• des Grans » et <^ Callirée ».
256 GENÈSE ET ÉVOLLTION'
spontanéité, tant il aimait la beauté, tant il chantait avec plaisir, même chez autrui, les passions de l'amour '.
Le w 6 fut écrit en l'honneur de la princesse Marguerite de Valois. Si l'on en croyait le commentaire de Marcassus, reproduit dans l'édition Blanchemain, ce serait sous le règne de son frère Henri III. Mais il suffit de lire le texte avec attention pour se convaincre que ce fui sous Charles IX, entre le 6 avril lo72, jour où Charles IX signa le contrat de mariage de sa sœur avec Henri de Navarre, et le 18 août, jour où ce mariage eut lieu-. Au reste, Brantôme l'affirme en ces termes: « M. de Ronsard eut grande raison de composer ceste riche élégie, qu'on void parmy ses œuvres, à l'honneur de ceste belle princesse Marguerite de France, non encor mariée, où a introduict et faict la déesse Vénus demander à son fils, après s'eslre bien pourmené icy bas, et veu les dames de la court de France, s'il n'y avoit point apperceu quelque beauté qui surpassast la sienne. « Ouy, disl-il, ma mère, j'en ay veu une, en qui tout le bonheur du plus beau ciel se versa dès qu'elle vint en enfance. » Vénus en rougit, et ne l'en voulut croire, ains despescha l'une de ses Charités pour descendre en terre la recognoistre, et luy en faire après le rapport. Sur ce, vous voyez dans celte élégie une très-belle et riche description des beautez de cette accomplie princesse, soubsle nom et le corps de la belle charité Pasithée^. »
Les n"* 7, 8 et 9 étaient disséminés parmi les cent douze Soneis pour Hélène, Hélène de Fonsèque, fille du baron René de Surgères et d'Anne de Cossé-Brissac. Sur cette demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis, nous renvoyons à l'intéressante élude de P. de Nolhac * et à la notice que Marty-Laveaux a consacrée à Ronsard ^. Je crois avec eux à la sincérité de cet amour d'automne, bien qu'il ait eu seulement pour point de départ une fantaisie de la reine mère invitant le poète à immortaliser la jeune fille. Je crois que, la cliantant d'abord par ordre, il
1. D'après Binet, Ronsard aurait également écrit, en faveur de quelque prince ou seigneur, les Sonets et Madrigals pour Astrèe qui parurent aussi dans le premier vol. de 1578. Mais le premier de ces sonnets et certains vers des autres me font croire plutôt, avec Marcassus et Colletet, qu il les écrivit pour son propre compte, ayant (( servi trois mois d'un désir volontaire «^Bl., I, 271; la belle Françoise d'Estrées.
2. Cf. Bl., IV. p. 181. slro. 4, et p. 183. les deux dernières strophes.
3. .liém, éd. Lalanne, \'III, pp. 29 et 30. M. Lalanne a commis une erreur en écrivant en note que la pièce en question est l'Amour amoureux Cette dernière pièce a bien pour sujet également la reine de Navarre et parut aussi en 1578. immédiatement à la suite de la Charité. Mais c'est de la Charité seule qu il s'agit dans Brantôme, on ne peut s'y tromper après l'analyse qu'il en donne et le jugement qu'il en rapporte " d'une forte honneste et habille dame ■'.
4. Le dernier amour de Ronsard, dans la A'oiiu. Revue, du 15 sept. 1882.
5. V. pp. Lxv à Lxxiv, et tome 1 de 1 éd. M.-L., p. 425. — On trouve la généalogie d'Hélène de Fonsèque, damoiselle de Surgères, dans lllisloire gén. de la maison des Chasteigners. par André Du Chesne Paris, Cramoisy, 1034, pp. 421 à 432).
DE l'iKI VHE LVHIOIE DE BONSAIU) 257
la chanla bientôt par goût, car elle était, quoi qu'on en ait dit, d'une « rare beauté » '. Leur liaison, toute platonique du côté d'Hélène, mais sensuelle inévitablement du côté de Ronsard, dura au moins six ans "-. Le poète lui-même nous en a fait connaître la chronologie : il avait cinquante ans, dit-il, quand il cessa par raison de lui adresser ses guirlandes de vers avec ses soupirs, et la composition de ses derniers sonnet^ amoureux coïncide à peu près avec la mort de Charles IX ;
Maintenant que voicy lan septième venir
Xe pensez plus, Hélène, en vos laqs me tenir ..
Jà dix lustres passez et jà mon poil grisou M'appellent au logis et sonnent la retraite...
Jechantois ces Souets, amoureux d'une lleleine, En ce funeste mois que mon Prince mourut '.
Nous daterons donc cet épisode approximativement de 1568 à 74, mais en remarquant qu'Hélène et son poète ne durent avoir de relations suivies qu'après la paix de Saint-Germain (août 1370), le fiancé d'Hélène étant mort pendant la troisième guerre civile, ce dont elle resta longtemps inconsolable *, et Ronsard ayant résidé loin de la Cour, au prieuré de Saint-Cosme, en 1568 et 69. En tout cas, les vers « pour Hélène » sont bien, comme on l'a dit, une œuvre du règne de Charles IX. S'ils ne furent pas publiés avant l.j78, c'est sans doute à la prière d'Hélène, qui semble avoir vivement appréhendé l'opinion '•. D'autre part, leur fraîcheur est telle qu'on les croirait de la jeunesse de Ronsard et qu'ils ne le cèdent en rien aux meilleurs de ceux que lui inspira Cassandre ; écrits dans le même temps que la Franciade ^ ils suffisent à prouver que Ronsard est un maître inconleslable, non pas, comme on l'a prétendu, quand il imite Homère ou Pindare, mais bien quand, à Fenvi de Catulle
1. \'. Marty-Lav., yotice sur Rons., Lxxiv. Tous les poètes du temps l'ont chantée pour sa beauté autant que pour ses qualités morales v. notamment Passerat, éd de 1(506, p. 237;.
2. A mon sens il ne faut pas accepter à la lettre ce que Binet nous dit de la chasteté des sentiments de Ronsard à l'égard d'Hélène. Les images voluptueuses abondent dans les pièces qu'elle lui inspira, notamment dans la chanson Plus estroit que la Vigne, qui est imitée des Baisers 11 et XIIl de .1. Second. Au reste, c'est seulement en 1597, dans sa troisième rédaction de la Vie île Ronsard, que Binet a parlé de l'intervention de ïa reine mère au début de leurs relations, et cela probablement à la prière d'Hélène de Surgères elle-même. Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots « ce qui est de saint ».
3. Bl., I. 364 et 366. Charles IX est mort le 30 mai 1574, et Ronsard atteignit ses dix lustres le II sept, de la même année. 11 est d'autantplus probable que Ronsard cessa de chanter Hélène dans la seconde moitié de 1574, qu'à ce moment-là Hélène accompagna la Cour à Lyon, puis à Avignon, qu'elle revint à Pans seulement en février 1575. et que peu après Ronsard alla résider deux ou trois ans dans ses prieurés de Croixval et de Saint-Cosme.
i. Marty-Lav., Notice sur Rons.. lxvi.