Elegiae, I, vu et viii, sur le mariage de Julia
2. -Je date cette pièce d'après ce fait qu'on trouve dans la 2'' édition des Œuvres de Jamin (1577 un sonnet que la Barbiche de Madame de \'ilIeroj' adresse des Enfers à sa maîtresse ; or cette pièce n'existe pas encore dans la l'*^ édition, dont le privil. est du 15 avril 1575.
3. Du Bellay éd Marty-Laveaux, II. 303, 350-58) : Baif /d., IV, 259, ; Belleau (W. , II. 112'i ; Magny Odes, éd. Courbet, II, 79). Passerai, outre \' Epitaphe du Harhichon de Mad. de Villeroy, a écrit une Elégie sur la mort d'un moineau, une Ode fun. sur la mort d'un petit ehien et une Elégie sur la mort d'une linote éd. de 1606, pp. 63, 383, 384 et 398).
4. V. l'éd. Jannel, III, 87, épigr. imitée de Martial : De catella Publii.
5 V. l'éd. Blanchemain. I. 53. Le rhétoriqueur .1. Bouchot lui-même a écrit V Epitaphe d'un petit chien i Epitaphes, éd. de 1545, (" 83 r»; en petits vers lyriques, mais sans aucune lascivité. — Le trait commun ici entre les poètes marotiques et les poètes ronsardiens, c'est que presque tous envient le sort de ces animaux, qui recevaient les caresses de leur maîtresse, reposaient sur son sein et i)artageaient sa couche. L'idée vient de Catulle Le poète italien Seraphino avait envié le sort du chien de sa mai tresse ; Mellin de Saint-Gelais en fit autant I, 97; ; Ronsard répéta : Ha! petit chien, que tu serois heureux (I, 45) ; et Jean Bonnefon résuma fortement ce thème dans son 3« Baiser: •■ Ad catellam su;e Pancharidis, cui fortunam invidet. »
6. Méléagre, Anihol., Irad. de l'éd. Jacobs, I, Epigr. fun., n" 207. Environ vingt épigr. de VAnthol. célèbrent ainsi des animaux. Cf. Catulle, Ad passerem Leshiœ ; Luctus in mortem passeris : Ovide, Amor,, II, 6, et Stace, Silu., II, 4, ont chanté la mort d'un perroquet. Stace a en outre pleuré la mort du lion apprivoisé de Domitien {Ibid.. 5;.
7. Calcagnini Carmina, lib. III, Rocchae canis eucomion : Ariosti Carm. ,Vih. II, De catella puetlac : Cottae Carm , Epitaphium canis ; Bembi Carm., Catelli epitaphium ; Xaugerii Lusus, In obitum Borgeti lepidi catelli ; Secundi Epigram., In passerew Glyceres. — J. C. Scaliger a écrit tout un livre de ses poésies latines sur la mort du petitchien Adamas, et déjà au siècle précédent Politien avait chanté le chien espagnol et le cheval barbe de Laurent de Médicis (Ph. Meunier, Quattrocento, II. p. 58).
De ces nouvelles pièces lyriques la Magie était seule rangée parmi les Odes, à la fin du cinquième livre, où prenaient place aussi, définitivement, les deux odes de rythme pseudo-saphique parues en 1578 <. Par contre, ce même livre perdait trois odes : Quand au temple nous serons, qui passait aux Amours avec le titre de Stances ; 0 des Muses la plus faconde, qui passait aux Hijnnes (sic) avec le titre d'IJi/nne des Estoiles; Boivon, le jour n'est si long que le dog, qui disparaissait complètement -, Plus de vingt sonnets avaient le même sort que cette dernière odelette ■*. Ronsard supprimait en outre la chanson Helus ! je n'ag pour mon objet, et vingt-deux odes : Les trois Parques à ta naissance ; Ma Guiterre, je te chante ; 0 pucelle plus tendre ; Corgdon, verse sans fin ; Hé mon Dieu que je te Itag, Somme ; Laisse moi/ sommeiller. Amour ; Maclou, amg des Muses ; Quand je serog si heiireii.v de choisir ; Lict, que le fer industrieux ; Tableau que l'éternelle gloire; 0 belle et plus que belle et agréable Aurore ; Quand je voudrog célébrer ton renom ; Dieu, perruquier qui autrefois ; Baiser, fils de deux lèvres closes; Oit alUz vous, filles du Ciel ; Gentil Rossignol passager; Facond neveu d'Atlas, Mercure; 0 Loir, dont le beau cours distille ; Chanson, voicg le jour ; Source d'argent toute pleine \ Si tu me peux conter les fleurs ; Pour avoir trop aimé vostre bande inégale. L'ode Dedans ce grand monde oii nous sommes était raccourcie des six dernières strophes, en attendant sa disparition totale.
Chacune des sections intitulées Poèmes, Elégies, Mascarades, était diminuée de plusieurs pièces. Celle des Poèmes, dont les deux livres étaient intervertis, en perdait à elle seule plus de trente, les unes allant former ou grossir des sections nouvelles (les Gai/etez, la Charité, le Bocage rogal *), les autres étant simplement supprimées. Nous devons citer parmi ces dernières les stances de 1369, Autant qu'au Ciel on voit
1 V. ci-dessus, pp. 259 et 260.
2. L' « epitaphe » de iiarbiche était rangée parmi les Epitaplies, et !e « discours » Banques voici le jour... parmi les /C/egiVs.
3. Exactement 21, provenant des Amours ai des Sonnets à diverses personnes. D'autre part 35 sonnets des Amours diverses passaient dans la section des Sonnets pour Ilelene et 5 autres dans la section des Sonnets pour Astrée
4. La section des Gayetez était entiérenieut composée de pièces prises parmi les l'oèmes (v. éd. Marly-Lav., II, 35-GU). — Celle de la Cliurite compreuait quatre pièces adressées à la reine de Navarre : un sonnet par lequel débutait en 1578 le premier livi-e des Poentes, les stances qui en 1578 portaient seules le titre de la Cliarite. l'élégie de 1578 Ce Dieu qui se repaist, laquelle s'intitulait .4mour amoureu.i:, enfin l'odelette Pallus est souvent d'Humere, qui jusque-là avait figuré parmi les Etefjies, puis parmi les Poèmes, et ne sera rangée définitivement parmi les Odes que dans la première édition posthume (v. éd. Marty-Lav., II, (>l-72 — Celle du llocage royal élail composée de pièces prises non seulement parmi les Poèmes (trois), mais surtout parmi les Elégies (seize). Honsard achevait de la constituer avec VAinour logé, pris ou vol. des Amours. et avec quelques œuvres postérieures à 1578 (v. ci-dessus, pp. 258et262\ Le Bocage rogal ne comprenait aucune des pièces qui figuraient aux Bocages de 1550 et 54 (v. ci-dessus/-
DE L CEUVRE LYKIQI E VtE HONSAKD 26"
de /lames, ei cinq pièces semi-lyriques: la Greti ouille, le Founiu/,les « gayetez » J'cuj vescudeux mois ou trois, Au vieil temps que l'enfant de Rliée, Jdijuet ai/me autant sa Robine ; enfin le Voijage d' Hercueil restait dans les Poèmes, mais raccourci de trente et une strophes '.
Ces transpositions et ces suppressions très importantes, venant après celles de 1578, qui ne l'étaient pas moins, auraient dû calmer les inquiétudes du trop scrupuleux poète. Pourtant elles n'y sutlirent point. A peine le bel in-folio de 1.584 était-il publié, que les regrets et les appréhensions revenaient en foule assiéger Ronsard. Aussi, dans les intervalles de répit que lui laissèrent les soufTrances physiques de ses deux dernières années, n'eut-il pas de plus vive préoccupation que d'enrichir, de polir, de grouper autrement, d'émonder encore ses œuvres. On peut dire qu'il consacra tout ce qui lui restait de forces à ce travail de perfectionnement.
Sa fin est bien connue. Après un dernier séjour de quatre mois à Paris et de très pénibles voyages à ses prieurés du Vendûmois, il s'éteignit en son prieuré de Touraine le 27 décembre 1583. Mais le goût de la poésie et le souci de sa gloire ne le quittèrent qu'avec la vie-. Kn novembre et décembre, quelques semaines, ifuelques jours avant sa murl, il dicta encore des vers, que son ami J. Galland recueillit et son autre ami Cl. Binel publia peu après 3, sous le simple titre Les Derniers vers de P. de Ronsard : six sonnets, sa propre épilaphe, et deux pièces lyriques, dont l'une, J'aij varié ma vie en dévidant la trame, intitulée simplement Stances, mais adressée, d'après Duperron, « à un sien
1. Deux de ces strophes avaienl déjà disparu en 1578. Les Poèmes claieiit encore allégés des épitres Quand un prince en grandeur, Avant que l'honuiie soit, L'absenee ny l'obly, et du Clianl de liesse, radicalement supprimés. — La section des Elégies, qui s enrichissait de plusieurs pièces dont la fameuse élégie sur la forêt de Gastine, encore inédite', perdait en revaiiche seize pièces qui allaient former le Bocage royal, el celle qui commence par Pour uous montrer que..., radicalement supprimée. — Les Mascarades perdaient entre autres pièces l'odelette Tout autant clieualeureux et les Inscriptions de 1559, radicalement supprimées. — Eniîu VFlyutne des Astres disparaissait en entier.
'2. Cf. liinet, Vie de Ituns.ird ; Duperron, Oraison fun, sur la mort de M. de Konsard.
3. Chez G. liuon, le 24 février lôSli, le jour même des obsèques célébrées en 1 honneur de Ronsard au collège de lioncourt. Cf Marly-Laveaux, \otice sur lionsard, pp. cii-ciii, et tome VI de son édition, pp. '2U7-304. - Bibl Mazarine, n" 1(1849. La Bibl. Nat. possède l'éd. de Lyon (J. Pillehottc, lôSG;, liés. Ye, 4759 Les Derniers vers parurent encore en 15S6, à la suite de la Vie de lionsard par Cl Binet, sauf Tépitaphe et répigranime imitée d'Hadrien, qui sont insérées dans le texte même de la biographie Bibl. Nat., Lu" 17842,, et dans 1 opuscule intitulé : Gcorg. Crittonii laudatio funehris, habita in exequiis P. lionsardi, eui pra'ponuutur ejusdem lionsardi carmina, partiin a moriente. partiin a languente dictata (Bibl. Nat., Ln^" 17841 .
2f)8 r.E.NÈSE ET ÉVOLUTION
neveu ' », auquel il recommandait de fuir le vin et l'amour, pour ne pas « gouspiller » comme lui «la fleur de sa jeunesse », — et l'autre, d'une délicatesse étrange, AmelcKp Ronsai-delette, imitée de l'épigramme d'Hadrien, Animula, vagula, blandula -. Ce n'est pas tout. Il choisit Galland et Binet comme exécuteurs testamentaires ^ et les chargea de publier une édition collective ne varirtur, pour laquelle il laissait : 1° plus de vingt pièces nouvelles, 2° de nombreuses variantes, 3° des instructions sur le classement nouveau qu'il entendait faire subir à ses œuvres, i° l'ordre d'en retrancher encore un certain nombre.
Quoi que l'on puisse penser de l'exactitude et de l'intelligence avec lesquelles l'un et l'autre s'acquittèrent de leur mission dans le détail, nous n'avons pas le droit de récuser en bloc les témoignages suivants. Un privilège royal, daté du l't mars loSfi, permet à Galland de réimprimer les Œuvres de Ronsard « reveues, corrigées et augmentées par l'Autheur peu avant son trespas, et mises en leur ordre suyvant ses mémoires et copies, le tout rédigé en dix Tomes * ». Binet, d'autre part, affirme dans la biographie du poète, écrite la même année, que « cette dernière main de ses OEuvres, comme un testament, porte sa volonté gravée ainsi qu'il le lui avoit recommandé, inviolable •'' ». Nous ne courons donc pas grand risque d'erreur à signaler ici, comme étant de Ronsard lui-même, l'addition, les transpositions et les suppressions que subirent les poésies lyriques dans la première édition posthume.
Les Hymnes, ou plutôt les Hi/nnes, s'augmentaient de trois pièces : l'une toute païenne, l'H>/nne de Mercure, composé au printemps de l.'SS.j t', les deux autres toutes chrétiennes, VHynne des pères de famille,
1. Or. ftin. (texte de toutes les éditions^ Je n'ai trouvé cette dédicace " à un sien neveu » dans aucune édition des Derniers uers, ni dans les éd. collectives de I^onsard. Mais I^onsard semble bien s'adresser directement à un jeune homme dans le 4*^ quatrain.
2. Cf. mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots •< je dors » et suivants ; V. encore aux mots « jusqu'à la mort ».
3. V. dans la l""' édition posthume, les dédicaces en prose cl en vers à Henri 111 et ces vers de Dorât :
Fidos elegitTuccam et Varum inter aniicos, Te, Galandi, et te, Binete, poemata, quorum Coran^isit curiv, ne corrumpenda périrent.
4. Ce privilège se trouve en tète de la prem. éd. posthume, qui porte le millésime de 1587, mais fut achevée d'imprimer le 24 déc 86. (Bibl. Nat . Rés. pYe, 168 à 172.)
5. Vie de Ronsard, placée en appendice de la prem éd. posthume. Binet écrilencore en un autre passage ; ".. m'ayant recommandé et laissé ses œuvres corrigées de sa dernière main pour y tenir l'ordre en Vimpression suivant ses mémoires et aduis, et desquels il s'est fié à nioy, il me dit, quant aux Satyres, que Ion n'en verroit jamais que ce qu'on en avoit veu... >> (texte primitif, à peine modifié dans les deux rédactions suivantes..
6. Ibid. 11 est en partie imité de Marulle. Hymni, lib. II, fin.
DE l'oeuvre lyrique DE RONSARD 269
A Monsieur S. Biaise, sur k vluint Te rorjamus audi 7ios, et ÏHynne de Monsieur Sainct Roch, inachevé. Le second seul est lyrique. C'est un chant processionnel, mis dans la bouche de bons villageois, qui prient saint Biaise, leur patron, en chômant le jour de sa fête, d'avoir soin d'eux, de leur famille, de leurs récoltes, de leurs troupeaux '. Rien de plus simple et de plus vrai. Aucun vestige d'inopportune mythologie, mais une série de prières naïves, d'un excellent réalisme et d'un style « propre », comme disaient les Marotiques. Nul doute pourtant que ce ne soit du Ronsard : saint Biaise est le patron de la petite paroisse de Montrouveau, qui touche au prieuré de Croixval, et il est presque certain que notre poète écrivit cet hymne pour être chanté par ses voisins le jour de leur fête patronale, le 'i février 1584 ou I080 -, N'avait-il pas du reste composé avant lo.oO, pour une circonstance analogue, XHynne à Saint Gervaise rt Protaise, patrons de la paroisse de Couture, et vers 1565 la Paraphrase de Te Deum «pour estre chantée en l'église » de M. de Valence? Enfin, si Ronsard eût vécu, on peut affirmer qu'il aurait écrit d'autres hymnes du même genre, d'après un passage de sa biographie ■' et le souhait qu'il a lui-même exprimé à la fin de sa vie dans une brillante préface en vers :
Les Hj'nnes sont des Grecs invention première '■.. Ah! les chrestiens devroient les gentils imiter A couvrir de beaux liz et de roses leurs testes. Et chomraer tous les ans à certains jours de festes La mémoire et les faits de nos saincts immortels...
Les transpositions étaient heureuses pour la plupart. Six pièces quittaient le livre II des Odes pour la section des /'cemw et celle des hlegies : Qu'on me dresse un autel ; Lors que la mère esloit : Nature ftst présent; Si mes vers semblent doux; Nous vivons, mou liellean ; Quand
1. L'expression de père de famille, qui est au titre, doit élre prise au sens latin. Cf. Caton, De Agriciiltura, GXLI. Les Carniina de Henibo débutent par une prière de pâtres au dieu Faune, Pastoruiit chorus, qui a très bien pu donner à Ronsard l'idée de son h\-nine à saint Biaise, .le le crois d'autant plus que dans les deux pièces les strophes sont de six petits vers et se terminent par un refrain : «( Pastores tua turba te rogamus, I Nos et res tueare Dive nostras •' : " .le te prie, escoute nous. »
2. La paroisse de Montrouveau portait même primili\ement le nom de Saint-Biaise, et a l'assemblée » de celte commune a encore lieu le dimanche qui suit la Saint-Biaise (communication de P, Clément, instituteur d'.Xrtins .
3 « Il avoit envie, si la santé et la Parque l'eussent permis, d'escrire plusieurs œuvres Chrestiennes... D (Cl. Biuet, op. cit., texte de 1587 et 97,]
4. Bl,, V, 11, Ce morceau est un de ceux que H, composa en 1584 ou 85 pour être placés en tête des divers genres de poésies dans la preni éd. posthume. Cette édition contenait exactement 23 pièces nouvelles et 4 fragments inédits, plus une longue préface de la Franciade, la courte préface en prose des Odea : Tu dois sçauoir... et l'entrelilet qui précède les deux odes pseudo-saphiques : Les l'ers Sappliiques ne sont, ny ne furent... Bl., II, 7 et 37G ; 111, 15,)
Vhomme ingrat ferait. Ce n'étaient pas de vraies odes, puisqu'elles se déroulaient toutes en vers alexandrins à rimes plates, comme des fragments de tragédie, de satire ou d'épopée; leur départ donna donc plus d'Iiomogénéité au volume des OcIps. En revanche, l'odelette de 1564 Pa//os est souvent d'Homère, qui avait figuré successivement dans les Poèmes, les Elégies et la Cliarile, venait compléter au troisième livre des Odes, sous le titre A la Rogne de Navarre, la série des pièces adressées aux enfants de Henri II et de Catherine de Médicis. D'autres changements se comprennent moins ou ne s'expliquent pas : c'est ainsi que deux pièces sirophiques. Cinq jours sont jà passez et liienheureuse et cliasle Cendre, passaient des Odes, où elles avaient toujours figuré, dans les Elégies et les Eclogues ; les stances de la Charité, les stances Pour la fin d'une Comédie étaient rangées définitivement parmi les Mascarades, et le Vogage d'Hercueil parmi les Gagclez '.
Simplement, mais la mort dans l'âme, j'imagine, Galland et Binet exécutèrent aussi les dernières volontés de Ronsard concernant les pièces à retrancher : outre une douzaine de sonnets et quatre ou cinq élégies, quinze odes disparaissaient : Maintenant une fin, Deng^e ; Les fictions dont lu derorrx ; Desjù les grands chaleurs s'esmeuvoil ; Je ne suis jamais paresseux ; Tu as donques quitté llialir ; Dedans ce grand monde où 71011S sommes; Ngmphe aux beaux geux, qui souffles de ta bouche; Je naxj pas les mains apprises • Lors qxie Bacchus entre chez moy ; Venus est par cent mille noms; T'oseroil bien quelque Porte ; Je suis homme nag (sic) pour mourir ; Certes, par effet je seag ; Ma Maistress", qui' j'aime mieux ; Ah ! fiévreuse maladie. — Deux mascarades lyriques avaient le même sort : /.as ! pour avoir aimé trop haut, elj'ay par actes laborieux. Ce qui portait à plus de 220 le nombre des pièces considérées par Ronsard comme indignes de figurer dans le recueil de ses Œuvres, — dont 78 odes, 7 chansons, et une vingtaine d'autres pièces lyriques ou semi-lyriques, sans compter les retranchements partiels, pour la plupart très importants 2.
Cette sévérité du poète envers lui-même a été très sévèrement jugée. Elle fut excessive, on ne peut le nier ; mais ceux qui, mus par un zèle indiscret, l'ont condamnée sans chercher à la comprendre, ont commis une véritable injustice; ces idolâtres de Ronsard ne pouvaient pas servir plus mal la cause de leur dieu.
1. Une ode. D'où vient cela, Pisseleii, que tes Iwiiunes, figure à la fois au livre III des <)des[p 208' et parmi les Elégies iii" xxiil. CeUe erreur d'impression a été reproduite en 1597.
2. V. notamment ci-dessus, p 200, note 1 ; pp. 260, 266 et 267.
llE l'(IKLVRK LVIilOL'E HK HO.NSAHU 271
« Ronsard fut grand Poëte entre les Poètes, dit son admirateur Estienne Pasquier, mais très-mauvais juge et Aristarque de ses œuvres : car deux ou trois ans avant son decés, estant afToibly d'un long aage, affligé des gouttes et agité d'un chagrin et maladie continuelle, cette, verve poétique, qui luy avoit auparavant fait bonne compagnie, l'ayant presque abandonné, il fit reimprimer toutes ses Poésies en un grand et gros volume, dont il reforma l'œconomie générale, chaslra son livre de plusieurs belles et gaillardes inventions, qu'il condamna^à une perpétuelle prison, changea des vers tous entiers, dans quelques-uns y mit d'autres paroles, qui n'estoienl de telle pointe que les prernieres : ayant par ce moyen osté le garbe qui s'y trouvoit en plusieurs endroicts, ne considérant que, combien qu'il fût le père, et par conséquent estimast avoir toute authorité sur ses compositions, si est-ce qu'il devoit penser qu'il n'appartient à une fascheuse vieillesse de juger des coups d'une gaillarde jeunesse. Un autre peut-estre reviendra après luy qui censurera sa censure, et redonnera la vie ;"i tout ce qu'il a voulu supprimer 1 .» Ou je me trompe fort, ou ce jugement n'est pas tout à fait désintéressé. On y sent un certain dépit, causé par ce fait que Pasquier n'était pas au nombre des amis que le poète consulta pour la rédaction de sa dernière édition. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est l'épigramme que Pasquier dirige immédiatement après contre Jean Galland, celui des deux e.vécuteurs testamentaires de Ronsard chez lequel notre poète élabora son in-folio de 1584 -.
G. Collelet, quelque quarante ans plus tard, se contenta de reproduire à peu près textuellement les lignes que je viens de citer, ce qui sulïît à nous inspirer de la défiance à l'endroit de son contrôle, qui ne fut sans doute pas très rigoureux, bien qu'il se vantât de posséder presque toutes les différentes éditions du poète 3. Même remarque pour Ménage, qui reproduisit simplement le jugement de Pasquier
1. liech. delà France, liv. \'II chap. vi, in jine (éd. de 1723). D'après Léon l'eugère, ce ctiap. faisait déjà pailie de l'éd. de 159(), qui pourtant ne contenait que 6 livres. Voir son éd. des Œuvres choisies de Pasi/iiiVr, I, p. r.c.xri, et II. j). 36. note 1.
2. « J'entens qu'il y a quelqu un (que je ne veux nommer) qui veut regralter sur ses œuvres, quand on les réimprimera : s'il est ainsi, ô misérable condition de nosirc Poète, d'estre maintenant exposé sous la jurisdiclion de celuyqui s'estimoit bien bonoré de se frotter à sa robbe quand il vivoit I » Il est possible que ces lignes visent plutôt Claude Garnier, un poète ronsardisant qui collabora aux édit. de 1609, 1617 et IG'23.
3. Vie de Ronsard, éditée par Blanchemain iParis, Aubry. 1855), pp. 84-85. Celte biographie fui écrite vers 1(540.
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jusqu'à : «...dune gaillarde jeunesse », en le confirmant par l'exemple du Tasse <. "■^^— — — '
A son tour, Sainte-Beuve écrivit en 18-43 : « Ronsard avait beaucoup changé, corrigé, quelquefois gâté dans leséditions dernières faites sous ses yeux », mais sans donner la moindre preuve des erreurs que le poète avait pu commettre dans sa revision. Ces lignes faisaient partie d'une simple note, qui montre jusqu'à l'évidence que, « n'ayant pas recueilli les éléments » d'un travail de comparaison entre les difTérentes éditions contemporaines de Ronsard, il s'en fiait sur la question des variantes et des suppressions à la parole des biographes précédents. Il souhaitait d'ailleurs que ce travail fùl fait, d'où « il pourrait ressortir des vuesnouvelles », et n'insistait pas^. Mais il y revenait ainsi en 1855, après avoir déclaré que Ronsard avait eu une vieillesse précoce, « une fin lente, inégale et incertaine » : « Cela est si vrai que lorsqu'il veut se corriger lui-même il n'a pas la main sûre, ni le tact heureux ; il lui arrive de retrancher, on ne .sait pourquoi, de ses dernières éditions des vers qui sont charmants et du petit nombre de ceux qui paraîtront tels à tous les yeux. Ses admirateurs, dans le temps, ne s'expliquaient pas cette sévérité, et ils ont rétabli après lui ces pièces, qu'on dirait plutôt de choix que de rebut » ^
Or, en 1867, Blanchemain, prenant pour un oracle cette double critique adressée au Ronsard des dernières années, se crut obligé de renchérir ainsi : « Lin-folio de 1584 est un chef-d'œuvre de typographie, mais, hélas ! /e.v vers du pacte i-essassés dans un cerveau vieilli, raturés d'une main dé l'aillante, ij perdent toute leur saveur, toute leur jeune effervescence ; ils n'ij sont plus que leur propre fantôme, comme le poète luimême n'est plus que le squelette du brillant adorateur de Cassandre et de Marie » ''.Ailleurs : « L'édition de 1584 est belle et bien imprimée, mais toutefois beaucoup moins complète que les précédentes, ayant subi les retouches malheureuses et les mutilations du poète, affaibli par l'ârje et les pratiques d'une dévotion outrée » s. Et ailleurs : « Il est évident pour moi que vers la fin de sa vie Ronsard a gâté ses ouvrages. Dans son ampleur, son style a de l'enllure et de l'exagération. Ces admirateurs
1. Obsert'atîons sur les Poi'sies de Malherbe, IfiliG. p. 385.
2. Note ajoutée en 1843 à la Notice sur Ronsard écrite en 1828. Voir la réédition du Tableau de la p. au A'VV' s. publiée chez Charpentier, p 294, note 1, et la réédition des Œuvres choisies de Ronsard, par L. Moland i(jarnier, grand in-18), p. xxix.
3. Caus. du Lundi, XII, pp. 74 et 75. Il cite comme exemple le sonnet retranché : Je vous envoie un bouquet, qui est en eftet charmant, mais qui faisait double emploi avec dix pièces analogues. (V. à ce sujet la juste remarque de H. Guy, Réflexions sur un lieu commun, Bordeaux, tjounouilhou, 1902, p. (j.)