V. ci-dessus, p
4. Même remarque pour le sonnet Ils ont menti, d'Aurat, le sizain Je nayme point ces vers, et le Caprice à Simon Nicolas. Par contre, onze Sonnets pour Hélène et le fragment de la traduction du Pluttis étaient bien présentés eu 16t)9 et en 1617 comme des vers M non encor imprimez ".
5. Recueil des pièces relr., p. 100. — Elle figure dans l'éd. de 1623 à la p. 1003 du tome II, et, comme en 1617, à la fin des Sonnets retranctiés. l^lanchemain (I, 436) et Marly-Lav. (VL 267; \'y ayant trouvée l'ont reproduite sans hésiter comme une œuvre de Ronsard
6. On trouve deux chansons d'un rythme identique dans le Chansonnier huguenot do Bordier (1871. t. I, pp. 109 et 113 et d'autres dans le Sommaire de tous les recueils des Chansons tant amoureuses, rustiques que musicales, publié en 1579, à 1^3'on, chez Benoist Higaud D'après ce dernier vol. on les chantait sur l'air de la danse appelée gaillarde
7. \^oir cependant quelques remarques judicieuses, mais insuilisantes, de Froger Prcm. poés. de R., pp 91, 102, 104 et de Marty-Lnvcaus (.Yo/icc sur R., loc. cit.).
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guère fait altenlion qu'àlasiippression des pièces grivoises ou lascives, en l'attribuant à des scrupules religieux, sans remarquer que ces pièces-là figurent au nombre des œuvres sacrifiées pour une part relativement minime (25 environ sur 220) ; que plusieurs d'entre elles disparurent dès 1560 ; que, si Ronsard eût craint de compromettre le repos de son <âme, il n'aurait pas conservé un nombre double ou triple de pièces du même genre. Au demeurant, njétait-il pas naturel qu'il écartât de son recueil définitif les productions trop libres de sa jeunesse etjiBla p6»4r41— pa+sonnablement passer pour une preuve d'affaiblissement cérébral ?
Mais la vérité, c'est que Ronsard a beaucoup plus obéi à des considérations d'ordre historique ou d'ordre esthétique qu'à des,, raisons — d'ordre moral. Nous avons déjà, chemin faisant, expliqué ainsi la suppression totale de certaines œuvres lyriques ; complétons ici nos observations et résumons-les.
Dans l'espace de trente-cinq ans, nombre de pièces avaient perdu leur intérêt d'actualité ou même s'étaient trouvées en contradiction avec les faits. Ainsi, la polémique littéraire de 1550 une fois passée, la réconciliation des Marotiques et des Ronsardiens ayanteu lieu, Ronsard entin ayant conquis de haute lutte une gloire désormais incontestée, à quoi bon conserver des odes provocantes ou hautaines, telles que Grossi Ini, ma Muse française et Puissai-je entonner un vers? Elles disparurent donc, avec les préfaces primitives, dès la seconde et la troisième édition des Odes. — Ronsard ayant abordé successivement tous les genres de poésie, y compris l'ode pindarique, l'hymne héroïque et l'épopée, quelle raison d'être pouvaient garder les odes Cependant que lu nous dépeins et Vous faisant de mon eseriture, où, se sentant petit devant des poètes historiographes tels que René Macé et Maclou de la Haye, ij déclarail humblement n'avoir d'aptitude que pour le lyrisme horatien et les sonnets amoureux ? Elles disparurent donc en 1578. — Ronsard ayant "ïbué jusqu'à l'hyperbole des amis de jeunesse qui lui semblaient devoir — s'illustrer dans les lettres, mais qui déçurent son attente, notamment Jean Bouju dans l'ode Cetui-ci en vers les gloires, et Pierre de Maul(>on dans l'ode Je ne suis jamais paresseus, pourquoi aurait-il bénévolement paru mauvais prophète ou naïf admirateur d'esprits inféconds ? Ces pièces disparurent donc, la première dès 1553, la seconde en 1585. — Ronsard ayanteu de sérieux motifs de rompre avec quelques per- sonnages peu délicats, on comprend non seulement qu'il ait changé l'adresse de certaines dédicaces, mais encore qu'il ait supprimé l'expression de ses premiers sentiments ; c'est ainsi que disparurent en ir>60 l'ode Toutes Ips fleurs espanoinjes, où il encensait Pierre de Pas-
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clial, ce (( pur abuseiir du mondr », et en 1M67 l'ode Que nul papier clorennavant, où il avail d'abord chanté Charles de Pisseleu, son rival heureux de Bourgueil, puis le seigneur de Lanques, lequel probablement méritait encore moins les éloges adressés au destinataire primitif •. Deux odelettes eurent le même sort, simplement parce qu'elles n'avaient guère eu de raison d'être qu'au moment do leur apparition, et l'avaient tout à fait perdue après la mort des vrais amis auxquels Ronsard les adressait: Aiiparavnni j'avoy, Brinon, et Donc, /icilcaii, tu portes envie -. — Ronsard ayant dû malgré lui faire sa cour aux grands, dont il sollicitait des faveurs, puis composer pour eux des vers de circonstance et de commande, crut pouvoir, quand l'âge et la fortune lui eurent donné l'indépendance, non seulement abréger, mais éliminer de ses œuvres certaines pièces auxquelles la flatterie et la complaisance avaient eu plus de part que l'inspiration. Alors disparut l'ode à Diane de Poitiers, Quand je voudrais célébrer ton renom •*, avec des sonnetsrequêtes à tous les membres de la famille royale, aux secrétaires et conseillers d'Etat, avec des poèmes aux cardinaux de Lorraine et de Chàtillon, avec des élégies pour princes ou dames d'honneur, des cartels, mascarades et inscriptions pour fêtes de Cour. Qui oserait aujourd'hui faire un crime à Ronsard d avoir proscrit ces pièces ? On serait plutôt tenté, dit avec raison Marty-Laveaux, de lui reprocher de les avoir écrites que d'en avoir diminué le nombre ou l'étendue *.
Mais, quelque importance qu'aient eue les raisons d'opportunité, Ronsard a condamné un plus grand nombre de pièces pour des considérations artistiques, surtout parmi les odes, dont le rythme, plus complexe, exigeait plus de soin. Quelques-unes ayant été refondues et coulées dans un nouveau moule, qui faisait valoir davantage la pensée ou le sentiment, le poète rejeta leur première forme, témoignage d'un efTort moins heureux. Nous avons vu que le dithyrambe de lo53 Tout ravy d'esprit je forcené avait été absorbé l'année suivante par l'Hymne de Bacchus, et que dans le même intervalle une épigramme des f'olastrics était devenue une ode des Meslanyes ^. De même l'ode de 1550 0 pucelle
1. On pourrait croire que cette dernière ode fut supprimée pour une raison de versification, la première strophe étant irrégulière par rentrelacement des rimes mfmf. Mais Ronsard aurait pu très facilement corriger celte faute en mettant le \*^ vers le l^"", ce qui aurait donné des rimes finfni, comme dans les strophes suivantes. L'épîtrc à Charles de Pisseleu, Auant que riioinme soit ..-, fut supprimée en 1584.
2. Cette dernière commençait en 1578 par : Bflleau. qui as quitte Tlialie. et en 1584 par ; Tu as doiicques quitté Tludif,
.3. C'est là que Ronsard vantail la chasteté, la vertu cl la foi de Diane autant que sa beauté.
4 Xotice sur Iionsard,p. Lxxxvtii.
5, V. ci-dessus, pp. 102 et 103, 122 et 123.
UE L'fKUVllE I.YRIOLK HE HONSAHD 281
plus li'.ndrc, écrite pour Cassandre en slroplies isomélriques, céda la place à la chanson de 1378 Plus eslroil que la Vigne à VOrmeau se marie, écrite pour Hélène en strophes hétérométriques, et l'Hymne des Aslres de looo, en alexandrins a rimes suivies, s'effaça devant l'ode des Estoilles de 1573, en petits vers à rimes croisées. D'après ce principe éliminatoire du double emploi, Ronsard supprima de 1578 à 1585 l'un des deux épilogues de son volume d'odes, Hien quen loi, mon livre, on n'oie, l'une des deux Palinodies à l)eni/se ', l'une des deux pièces lyriques consacrées à VAlouetle, quatre chansons bachiques et deux « baisers », dont il conserva les analogues 2. Une autre ode, Je nai pas les mains apprises, eut le même sort, parce qu'au lieu de traiter le sujet annoncé, l'éloge d'un inconnu, René d'Urvoi, elle développait un lieu commun horalien qui revient à satiété chez Ronsard.
Trente-cinq pièces environ disparurent pour vice de versUication^, et cela depuis 1553. Les unes n'observaient pas la règle de l'alternancfijégulière des rimes de genre ditVérent : ce sont toutes celles du premier Bocage, plus les odes Se les Die.us.el Où allez vous, filles du ciel, la. Fantasie à sa Dame, YfJ)/mne de France et l'odelette Un enfant dedans un bocnçje^. — D'autres violaient ce très judicieux précepte de l'Art poétique de Peletier, d'après lequel les strophes hétérométriques doivent commencer par les plus longs vers: ce sont les odes ^'i les âmes vagabondes; Uct, que le fer industrieus ; Tableau, que l'éternelle gloire ; Chanson, voicy le jour, toutes antérieures à 1550*.— D'autres étaient en vers de sept etde huit syllabes mêlés, ce qui, suivant une juste remarque de M. Faguet i', ne permet pas à l'oreille de saisir la cadence et ne fait que la déconcerter : ce sont les odes Dedans ce grand monde où nous sommes et Maintenant une fin, Dengsc^', qui donnent en effet au lecteur et sur-
1 V. cî-dcssoiis, même page, noie (i
2.11 est certain que les odelettes bachiques ; // est maintenant lens de boire; Ruiuon, le jour n'est si long que le doy ; Lors que liuechus entre ehez ntoy ; Cori/dun, uerse sans fin, ont beaucoup de ressemblance avec leurs sœurs privilégiées ; lùiy refreschtr le tnn ; Aico/«s faison bonne chère ; Boy, uilain, c'est trop ntanyë, et avec la lin de la « gayelé » .Issez vrayment on ne révère. — D'autre part les « baisers » supprimés : Baiser, fils de deux leures closes, Syniphe aux beuu.v yeux qui souffles de la bouche, rappellent de très près les pièces conservées : Quaiul de ta leure à denty close. Quand au temple nous serons, et même .Uiy;io/ine, a//ojj voir si la rose.
o y . ci dessus, pj). 92 23U, 2G0. - L'ode S/ les Dieus a trois slropbes de mesures ditlcreutes sur quatre ; dans l'ode (h'i allez-uous. les strophes 1 et 4 durèrent des strophes 2 et 3
4. Du Bellay avait également l'ait paraître dans les Vers lyriques de 1549 deux odes hétérométriques commençant par de petits vers. Dans la suite les poètes de la Pléiade évitèrent toujours ce rythme défectueux ^cf. Chamard, th lat., p. 66). — L'ode Si les anics uagaboudes avaii perdu sou à propos et. en outre, contenait une erreur relative aux lectures que du Bella\' avait faites avant de publier VOliue.